Au Familistère de Guise, Godin, fabricant de poêles, chauffait l’idéal d’une utopie réaliste pour ses ouvriers

Des gens de Guise, petite ville joliment perdue dans l’Aisne (près de Laon), qualifieront Godin de « fou de la brique« . Plus tard, d’autres braves gens à Marseille traiteront Le Corbusier de fada ( fou) pour l’une de ses Cité Radieuse, celle de Pessac, celle de Marseille aussi, évidemment. Les grands démiurges, les utopistes de l’habitat social dérangeront toujours celui qui carbure à l’ordinaire !

Un million de briques

C’est que Godin en fabriqua un bon million pour créer son Familistère de vie communautaire avant l’heure. Il a inventé au passage ce mot car il n’aimait pas trop le mot phalanstère  du philosophe Charles Fourier, désignant pourtant la même chose.

C’est d’une belle envergure, n’est-ce-pas ? Un genre de Versailles en version prolo : c’en était l’esprit.

Il fabriquait des calorifères, des poêles en fonte à Guise, la ville d’un duc de Guise (assassiné par un roi qui le trouvait gênant). De son château subsiste une tour dominant le bourg, quelques galeries souterraines en-dessous…

Godin, notre industriel, dessinait et fabriquait des modèles de poêles à sa guise dans le Nord de l’Aisne, à une heure de Laon.  C’est dans la Thiérache, pays du Maroilles (produit dans l’Aisne plus que près de Lille, ce qu’on sait peu), du cidre de Thiérache, de la ficelle picarde. Et d’un poireau local first bon en quiche, revenu aux petits oignons.

Jean-Baptiste était l’homme des poêles Godin. Il ne mettait pas de Maroilles à fondre dessus. Quoiqu’il aurait pu, puisqu’il fabriquait aussi des marmites en fonte. Ces objets sont toujours fabriqués et vendues à la boutique du Familistère par un repreneur, les cheminées Philippe. Il fabrique Le Creusot, référence de qualité française du genre marmite. Du solide, de la fonte. Mais qui a fondu. Comme l’idéal de Godin, 3 générations après lui…

Ce Godin, c’était un type bien ?

Il a augmenté les ouvriers de 20 %, fait passer leur journée de travail de 14 à 10 heures, les a invité à vivre dans les logements de la grande ruche sociale construite pour eux. Comme dit Jérôme guide de visite, ils se sont d’abord méfié car c’était sans équivalent. Et puis ils sont venus avec leur famille, à 1700 a peu près. Créant une grande communauté.

Il avait des intuitions, un engagement, certes patriarcal, ce Jean-Baptiste Antoine Godin. Des valeurs, un engagement dans l’action, les outils associatifs. Il a dessiné bien des choses, dont les lits de la pouponnière de ses ouvriers.  Et une incroyable buanderie- piscine dont le fond en lames métalliques remonte pour s’adapter à la taille et tranche d’âge des jeunes nageurs écoliers. Génial, non ?

C’est une référence pour une figure du design d’aujourd’hui : Matali Crasset, elle dit que le design, c’est ça avant tout. De l’engagement et du fonctionnalisme.

Elle raconte son intérêt pour le projet fondateur du Familistère de Guise..

« Cette photographie anonyme de l’intérieur de l’aile gauche du Palais social m’a fait penser à la scène célèbre du film des frères Lumière L’arroseur arrosé de 1895. On sait que le Palais social irrita en arrosant les conventions bourgeoises de la ville d’en bas. Car, entre autres, les conditions de vie confortable des sociétaires, surnommés les « Fiers » étaient très souvent supérieures à celles des Guisards, les gens d’en bas qui ne possédaient ni l’eau courante, le chauffage…

On notera avec malice que le développement de la cité radieuse de  Frugès à Pessac, réalisé par Le Corbusier et surnommé le «rigolarium», connaîtra la même méfiance des habitants qui se traduira par toutes sortes de tracasseries administratives ; même avec un commanditaire exigeant et passionné, Henry Frugès, qui adoucira les plans du “fada”. La bourgeoisie de Pessac voyait d’un mauvais œil ce confort (eau courante, chauffage…) offert aux nouveaux occupants, dont elle ne bénéficiait pas, et bloquera pendant plusieurs années l’installation du réseau d’eau.

Godin annonce l’eau et le gaz à tous les étages. Ce qui m’a toujours fasciné dans Godin, c’est la pensée globale où les détails et le tout ne forment qu’un.

Godin n’était pas architecte, néanmoins il pense l’habitat, les lieux de vie et de partage (école, théâtre, piscine…). Il n’était pas designer mais il dessine des mobiliers divers, notamment les poêles, se soucie de pédagogie et d’éducation, en relation avec la question du travail. » Matali Crasset

https://www.familistere.com/fr/actualites/a-lire-a-voir-a-ecouter/recits-du-familistere-au-temps-du-coronavirus-5-matali-crasset

Pour elle, le tout premier designer était ce Jean-Baptiste Godin du 19ème siècle. Un industriel qui pensait à tous les aspects de la vie des habitants et qui a conçu lui-même les berceaux, pour ne plus que les bébés réveillent leur parents

A partir de 1859, il entreprit de créer un univers autour de son usine de Guise, le « familistère », dont le mode de fonctionnement était comparable à celui des coopératives ouvrières de production. L’idée maîtresse de Godin était l’association du capital et du travail… Il reste de cet idéal un miel fabriqué sur place, peut-être sur les toits de l’humaine ruche…

La maquette est une jolie mise en abîme du lieu…
Un poêle au style art Nouveau, de toute beauté
L’association travail+talent+ capital, c’est du miel ! Modernes produits dérivés d’un idéal à la boutique !
C’est du Godin ! Je veux la même !

Pour un tour horizon de plus, une vidéo bien faite. Par un enfant du pays devenu rappeur, natif de Nouvion-en-Thiérache : https://youtu.be/w-dI68tDZDo

Bilan en 2022

une vingtaine de familles logent toujours au Familistère. Un projet en prévoit d’autres, ainsi que la création bienvenue de chambres d’hôtes. C’est vrai qu’on y passerait bien une nuit…

Le fabricant encore actif au Familistère, sous enseigne des cheminées Philippe, va devoir fermer bientôt, apprend-on au passage : il ne peut faire face au coût de la transition énergétique des locaux de l’entreprise pour la mise aux normes RT 2023.

www.jaimelaisne.com www.familistere.com/fr/visiter

Où manger : la Taverne du château (de Guise) cuisine de qualité, carte changeant, joli déco moderne pierre-brique…

Ou poursuivre ? Si vous êtes motorisé, profitez-en pour partir à une heure de là en Pays Thiérache faire un bout de l’incroyable Route des églises fortifiées.

Cette fois-ci, l’idéal consistait à protéger les habitants des incessantes invasions depuis le Moyen-Âge. Les habitants de 63 villages montaient en haut de leur église, protégée par des donjons (sans dragons). Voilà qui témoignait d’un bon idéal concret, avec ou sans foi : « La Route des églises fortifiées de Thiérache est un circuit de 150 km consacré aux églises fortfiées en Thiérache ardennaise, à l’Ouest du département, entre la limite avec le département de l’Aisne et Charleville-Mézières.

Le responsable d’une église fortifiée montre ici la belle taille de la clef d’entrée.

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