Cap ou pas cap ? Où est votre Cap de Bonne Espérance ?

Le nom trompeur de ce Cap mythique que je cherche et trouve sans fin Chacun cherche à retrouver son cap de Bonne Espérance, entre deux méandres et tempêtes de l’existence. Le navire d’un petit destin individuel (le mien, le sien, le vôtre y met du tien) va de l’avant, tant bien que mal, entre tourments, calme plat et tempêtes… en tête.

Ce Cap sud-africain fut souvent rugissant, il coula 2000 navires, il doucha bien des espoirs de bonne Espérance. Savoir remonter à la surface

Avant que le canal de Suez ne soit finalement débloqué (en avril 2021), un certain nombre de navires en attente s’étaient déjà tournés vers le plan B. Au lieu de risquer un retard supplémentaire coûteux, certains cargos ont opté pour le long trajet en contournant l’Afrique du Sud.

Cette alternative ajoute au moins 10 jours de voyage et des milliers de kilomètres selon la destination. En outre, l’itinéraire est nettement plus dangereux : les vents violents, les affleurements rocheux et la densité du trafic maritime ont contribué à faire du cap de Bonne-Espérance l’une des voies maritimes les plus tourmentées au monde.

« Pendant des siècles, le cap a été le théâtre de nombreux naufrages, » indique Bruno Werz, archéologue maritime et directeur de l’African Institute for Marine and Underwater Research de Cape Town. « Cet itinéraire est indéniablement plus dangereux, c’est donc un risque à calculer. »

Werz et d’autres chercheurs ont étudié en profondeur les accidents maritimes survenus au large de l’Afrique australe et estiment que les eaux sud-africaines dissimuleraient au moins 2 000 épaves, soit en moyenne une épave par kilomètre de littoral. Pour la plupart, ce sont les vestiges des grandes explorations européennes ou des expéditions au destin tragique à destination de l’Inde et de l’Asie.

L’actuelle Réserve naturelle du Cap de BE

L’un des plus anciens incidents portés à notre connaissance, le naufrage de Soares, fut le premier des centaines de navires portugais du 16e siècle à se heurter aux rochers de l’Afrique du Sud alors qu’il reliait l’Atlantique aux colonies plus à l’est. Un autre naufrage toujours à l’étude, celui du Nieuwe Haarlem, est survenu en Afrique du Sud dans la baie de la Table en 1647 ; l’avant-poste établi par les survivants a été le précurseur de l’actuelle ville du Cap.

Le cap des tempêtes

Son surnom, la région l’a bien entendu hérité des conditions extrêmes qui la caractérisent. En 1488, l’explorateur portugais Bartolomeu Dias se lance dans un voyage qui doit l’emmener jusqu’en Inde après avoir contourné la pointe sud de l’Afrique. D’après une histoire dans laquelle le mythe et la réalité sont devenus inséparables, lorsque Dias regagne le Portugal pour rendre compte au roi Jean II, il l’informe que les conditions autour du cap sont si capricieuses qu’il lui a donné le nom de Cabo das Tormentas, ou cap des Tempêtes.

Le Hollandais volant, le plus célèbre des vaisseaux fantômes, se serait échoué au large du cap de Bonne-Espérance. La légende a fait l’objet de nombreuses illustrations publiées par des magazines tels que Harpers’s Monthly.

Reserve naturelle du Cap de BE

Le roi Jean, qui n’était pas à bord du navire de Dias ballotté par les vents, était si réjoui par la découverte du navigateur qu’il lui préféra l’appellation cap de Bonne-Espérance car il ouvrait une voie prometteuse vers de nouveaux marchés en Inde.

Ils seraient probablement des milliers de capitaines à se ranger du côté de Dias. À l’époque moderne, les statistiques montrent que les navires ont coulé plus fréquemment autour du cap que dans de nombreuses autres zones en haute mer. En 1911, un an avant le naufrage du Titanic dans l’Atlantique, le paquebot SS Lusitania, à ne pas confondre avec le RMS Lusitania torpillé au large de l’Irlande, a percuté la terre après avoir confondu le phare du Cap avec le point le plus au sud du continent, ce qui l’a poussé à tourner trop tôt. Dans les années qui ont précédé l’incident, des dizaines d’autres navires ont également mal interprété la côte, c’est pourquoi le phare a été déplacé plus au sud.

En 1942, le SS Thomas Tucker, un navire américain de transport de troupes, a fait naufrage au large de Cape Point lors de son voyage inaugural avant d’être rejeté par la mer dans une zone baptisée le sentier des épaves.

En 1965, lors du naufrage d’un cargo hollandais transportant du whisky, le capitaine a pris une décision restée dans les annales : se rapprocher du rivage afin de sauver la cargaison. Plus récemment, en 1994, une immense barge française transportant une grue s’est échouée sur les rochers après avoir brisé l’amarre qui la reliait à son remorqueur. Bien trop grande pour être récupérée, elle a été abandonnée sur place.

Les Quarantièmes rugissants

La météo féroce autour de la péninsule du Cap provient d’un courant d’air austral qui souffle tout autour de la Terre à partir de la latitude 40°Sud. Sans aucune masse de terre pour les freiner à une latitude aussi basse, les vents donnent à la région son surnom vieux de plusieurs siècles, les « Quarantièmes rugissants. » 

Plus au sud, la situation se dégrade encore pour les navires avec les « Cinquantièmes hurlants » puis les « Soixantièmes déferlants ».

Les cargos modernes résistent…


De nos jours, le nombre de naufrages autour du cap de Bonne-Espérance est bien inférieur à celui des siècles passés. Lors de l’achèvement des travaux en 1869, le canal de Suez a offert une route alternative plus sûre, plus courte et moins onéreuse pour les grands navires transportant de précieuses cargaisons.

De manière générale, il est moins risqué de s’aventurer sur les eaux agitées grâce à différents facteurs : la navigation par GPS, les prévisions météo, l’ancrage automatique et sur certains navires un système connu sous le nom de positionnement dynamique qui utilise des moteurs synchronisés pour éviter la dérive.

Néanmoins, il se produit encore des naufrages, parfois à cause d’une erreur humaine ou d’une météo capricieuse. En 2003, un cargo nommé Sealand Express transportait 33 conteneurs, un volume modeste comparé aux géants des mers capables d’en embarquer plus de 10 000.

Le cargo a heurté une bande de sable au large de la ville du Cap après avoir affronté des vents violents, un incident imputé au manque de réactivité de l’équipage, a conclu l’assureur. La faute au facteur humain, qui sonne toujours 3 fois…

Bartolomeu Dias

A l’époque de Bartolomeu Dias, dans la seconde partie du XVème siècle, les Européens croient que la terre est plate et que l’univers tourne autour d’elle. Naviguer en haute mer est insensé et ils ne conçoivent pas encore qu’il existe une quelconque route maritime menant aux Indes.


Contourner le Cap de Bonne-Espérance, la pointe sud de l’Afrique, est donc un véritable exploit intellectuel, technique, et humain, qu’ont relevés les aventuriers du Portugal, petite nation d’un million d’habitants. Etapes par étapes, et pendant quatre générations, les Portugais longent les côtes africaines pour atteindre l’Océan Indien, loin d’imaginer la longue navigation qui les mènera jusqu’aux Indes.

Traverser l’Equateur noircirait la couleur de la peau

L’expansion lusitanienne a été initiée par l’Infant Henri le Navigateur, fils du roi Jean Ier de Portugal. Le prince a pour ambition d’explorer d’autres territoires pour des motifs religieux et économiques, tels que le négoce des épices, tout en se désengageant de l’emprise des Turcs ottomans sur le commerce européen. Même si Henri le Navigateur est décédé avant la première mission de Bartolomeu Dias, ce dernier a bénéficié directement de l’élan donné par l’Infant pour découvrir le globe.
En 1415, Henri le Navigateur mène sa première campagne. Il traverse le détroit de Gibraltar et conquiert Ceuta, enclave espagnole au Maroc. A partir de cette date, il fallut 73 ans pour franchir le Cap de Bonne-Espérance, au prix d’un effort collectif et continu des savants du pays. Autre prouesse, le franchissement du Cap Bojador en 1434. Situé à 300 km au sud des Canaries, ce lieu était la limite du monde connu. Les Portugais le considèrent comme le lieu de légendes terrifiantes, dans lesquelles des monstres tapis dans les profondeurs marines font surface.L

Une réplique de la caravelle de Bartolomeu Dias est construite en 1987 pour commémorer l’exploit du navigateur. Longueur : 23.5 m
Largeur : 6.52 m

La caravelle est adaptée des navires côtiers de l’Algarve. Elle comporte plusieurs mâts et cinq voiles, au maximum, et est manœuvrée par 25 hommes d’équipage. Surtout, elle peut naviguer contre le vent, avantage indéniable pour parcourir de longues distances.

Bartolomeu Dias
Statue de Bartolomeu Dias

Afin d’améliorer la navigation, l’Infant Henrique fonde une académie qui réunit des astrologues, des cartographes et des navigateurs, venus de toute l’Europe. Ensemble, ils inventent la navigation astronomique, les cartes océaniques et une nef plus légère : la caravelle. L’importance de leurs travaux permet la conquête des océans. Pour financer ces innovations, l’Infant, nommé gouverneur de l’Ordre des Chevaliers du Christ, reçoit du pape Calixte III les droits spirituels sur le littoral africain. L’Ordre commandite ainsi les voyages des caravelles, dont les voiles portent leur croix rouge. En 1454, le prince obtient aussi l’approbation du pape pour traiter en esclaves les Africains.


Dernier obstacle avant le Cap de Bonne-Espérance, l’Equateur, qui inspire des mythes effrayants. Les navigateurs craignent que leurs navires s’y calcinent, qu’ils soient ébouillantés, ou encore que leur peau devienne noire. En 1474, il est franchi et l’exploration se poursuit.

Bartolomeu Dias de Novaes, rival de Christophe Colomb

Bartolomeu Dias est le premier explorateur à relier l’Océan Atlantique et l’Océan Indien par la voie des eaux, et ceci quatre ans avant la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb, révélation qui a terni le succès des navigateurs portugais.

Né en Algrave en 1450, Bartolomeu Dias apprend la navigation au contact du géographe et cosmographe allemand Martin Benhaim. Il participe à sa première expédition à l’âge de 16 ans, mais ce n’est qu’à 37 ans que ses efforts sont couronnés d’une formidable réussite : la découverte du Cap de Bonne-Espérance, la pointe sud du continent africain. C’est lors d’un naufrage au cours d’une expédition suivante, en mai 1500, qu’il s’y noie…



L’expédition au Cap de Bonne-Espérance en 1488


Cette découverte est capitale pour les prochains voyages des explorateurs portugais et espagnols. En effet, elle apporte la preuve qu’il existe une route maritime vers les Indes et que le continent africain a bien une fin. Pour la première fois, les cartographes conçoivent les océans comme des espaces reliés. L’horizon du monde s’agrandit.
Conduite par Bartolomeu Dias, cette exploration le long des côtes africaines est assurée par deux caravelles et une nef dédiée au transport du ravitaillement, afin de prolonger la durée des traversées au large.

L’équipage est confronté à la bascule des vents dominants entre l’hémisphère nord et l’hémisphère sud. La nef, peu rapide, gêne leur progression. Elle est laissée en arrière avec neuf hommes de garde.
Aux alentours du sud du continent africain, les caravelles sont prises dans une tempête qui les amène à la côte, à hauteur de la baie Saint-Blaise (appelé aujourd’hui baie Mossel), à 370 km à l’est de la pointe de l’Afrique du Sud. Ils y font escale le 3 février 1488, et s’aperçoivent qu’ils sont parvenus dans l’Océan Indien et ont doublé, sans le voir, le Cap de Bonne-Espérance.

Bartolomeu Dias veut poursuivre l’exploration, mais son équipage, épuisé, se rebelle. En faisant demi-tour, il reconnaît la pointe et la nomme Cap des tempêtes. Le roi la rebaptisera Cap de Bonne-Espérance, car il y voit la preuve que cette route maritime mènera les explorateurs portugais aux Indes. Neuf mois après l’avoir quittée, il retrouve la nef avec à son bord 3 survivants. L’un d’eux, malade, meurt « de joie » en les voyant revenir.

Fin 1488, après 16 mois de voyage, le Portugais fait un retour triomphal à Lisbonne. Dans la foule qui les accueille se trouve un Gênois alors inconnu, Christophe Colomb, venu proposer ses services au roi du Portugal. Devant le succès de Bartolomeu Dias, le roi souhaite alors exploiter cette route qui évite les terres musulmanes. Il refuse l’équipée de Christophe Colomb, qui voulait trouver un passage vers les Indes, par l’Ouest…


Les expéditions de Bartolomeo

Sud du Congo en 1466 Pédrarias Davila, accompagné de Bartolomeu Dias, qui a seulement 16 ans.

Ghana en 1481

Cap de Bonne Espérance en août 1487 Bartolomeu Dias a 37 ans

Calicut, en Inde le 8 juillet 1497, Vasco de Gama, accompagné de Bartolomeu, puis Calicut, en Inde le 9 mars 1500

La réserve naturelle du cap de Bonne-Espérance

Cap mythique parmi les caps mythiques, la pointe de Bonne-Espérance est à la hauteur de sa terrible réputation : spectaculaire, venteuse, rocheuse, tourmentée… Au fil des siècles, le bien-nommé cap des Tempêtes a vu sombrer quantité de navires, tous pris au piège des courants marins générés par l’entrecroisement des océans Indien et Atlantique au large. Les très impressionnantes vagues qui viennent s’écraser sur les falaises de Cape Point, à quelques encablures du rivage, donnent une idée du combat que se livrent les deux géants. Les plages ont beau être immenses et particulièrement belles depuis Le Cap, les eaux glacées venues du pôle Sud dissuadent les baigneurs. La visite du cap de Bonne-Espérance est donc avant tout une balade dans un décor de bout du monde.

La réserve naturelle du parc national de Bonne-Espérance, qui s’étend le long de la péninsule, est l’occasion – une nouvelle fois – d’admirer une faune et une flore particulièrement généreuses. Oiseaux, zèbres, tortues, antilopes sont au rendez-vous ainsi que les babouins.

Ces derniers, habitués à la présence humaine, n’hésitent pas à venir à la rencontre des voyageurs pour quémander – et parfois chaparder – un peu de nourriture. Sur les côtes, il est possible d’observer des phoques, des manchots, des dauphins et même des baleines.

Pour les botanistes et les amoureux des fleurs, le cap de Bonne-Espérance est un terrain d’exploration exceptionnel en Afrique du Sud. Près de 70 % des 9 000 plantes recensées sont endémiques à la région, voire au promontoire lui-même. Les botanistes considèrent cette zone comme la plus petite division végétale du monde. La réserve est un écosystème à part entière, un royaume floral unique qui abrite une végétation introuvable ailleurs. L’Unesco a d’ailleurs inscrit le site sur la liste du patrimoine naturel mondial…

3 réflexions sur “Cap ou pas cap ? Où est votre Cap de Bonne Espérance ?

    1. Merci !

      J’aimerais vous offrir à jamais
      de longs voyages dans le temps d’une planète. Et de tant d’autres planètes.
      Jean Audouze, astrophysicien hors pair, me répondait il y a peu, qu’on estime de 1 à 10 le nombre d’autres intelligences potentielles dans l’Univers. Mais hélas, il est peu probable de les croiser… Eu égard au leur fabuleuse distance de notre planète en années-lumière…

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    2. [14/04 à 23:43] Chris Air: Consultation scientifique du théâtre de la Ville avec Jean Audouze sur les passerelles astrophysique/ arts.
      Thème peu abordé, a la fin. Après une belle présentation de sa part entrecoupée de poèmes.
      Un chouette questions réponses ou j’ai pu lui demander par rebond à combien il -et les études- estimait la possibilité d’autres intelligences.
      Après un long développement passionnant sur de faibles probabilités d’interconnexion avec la nôtre, dues à une distance en AL très/ trop considérable et au temps de détection, il a précisé que le nombre des intelligences potentielles est estimé de un à dix.
      [14/04 à 23:50] Chris Air: Etc.
      Il a évoqué les progrès des G+n télescopiques,cute le telescope JohnWebb, j’ai surenchéri avec Alma et l’autre de l’Atacama,il m’a dit,ah oui,vous avez raison. J’ai dit , Merci, mais je n’ai ni tort ni raison. Je ne sais rien.

      Notre question réponse s’est conclu, après que j’ai précisé que je ne sais rien, sur l’idée  » que nous partageons nos ignorances.  » Un bien bel homme que ce monsieur.

      C’était le 🍰 pour l’âme du jour.
      4000 milliards de Galaxies.

      Le soleil en a pour cinq milliards d’années, la Terre s’y fondra en fin de cycle de vie. Me voila réconforté.

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