La courbe de tes yeux fait le tour de mon pont

Repassons le bac français avec les nouveaux amoureux du Pont Neuf, la veille d’une Saint-Valentin gentiment inondée. Et un Paul, plutôt malheureux, après que Gala l’ait plaqué pour un autre lit, celui de Dali.

Ils se mouillerent les pieds avec les frissons d’une micro aventure.

Paul Eluard, poète de la première moitié du XXème siècle, fut l’un des piliers du surréalisme qui s’intéresse à l’imaginaire, au rêve et à l’inconscient, à partir des années 1920. On va pas vous embêter avec André Breton, qui vira un peu ayatollah (comme Guy Debord avec les situationnistes). Et vira Dali, comme tant d’autres…

Après une crise personnelle existentielle qui a entraîné un voyage-fuite en 1924, Eluard publie son premier recueil en 1926 : Capitale de la douleur. Ce recueil est dédié à sa muse : Gala.

Le poème La courbe de tes yeux est l’avant dernier du recueil. Il est placé sous le signe de la joie d’aimer et du partage amoureux. Il est, on ne vous apprends rien, particulièrement sublime.

Mixer ça avec du Baudelaire et t’es bon pour l’oral. Si tu n’oublies pas d’évoquer la fuite des sentiments, ajouta Fred Caro. Et la dérive des continents qui nous amène en Amérique, ajoutais- je, inopportunément.

La Courbe de tes yeux

La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu
C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

Parfums éclos d’une couvée d’aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l’innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.

Paul ELUARD, Capitale de la douleur, (1926)

Nous allons étudier l’éloge de la femme fait à partir de la courbe de tes yeux, puis le bonheur de ton couple, heureux jusqu’à preuve du contraire. Enfin, l’ouverture sur le monde. Nous ferons l’impasse du passage Denfert sur la rupture, qui ne nous regarde pas. Une rupture, ça ne vous regarde jamais.

Commentaire littéraire

I. L’éloge des yeux

1. Un blason (= poème qui fait l’éloge d’une femme par un détail physique)

C’est un éloge insolite > courbe des yeux mais aussi courbe du regard On trouve un champ lexical très riche.
– Dénotation claire de la courbe : « tour », « courbe », « rond », de la figure géométrique du cercle, de l’ondoiement de la courbe.
– Connotation poétique : « feuilles », « gouttes de rosées », « les roseaux », « les ailes », « les ¦ufs », « astres », « bateau », « berceau », « danse ».
Ce sont les yeux qui sont au centre mais on retrouve aussi les lèvres.

2. Structure circulaire du poème

Tout dans ce poème est ondoyant.


– Le vers 15 revient au vers 1 >> il ferme le poème par un retour au vers 1. On remarque un chiasme entre ces 2 vers.
– Beaucoup d’assonances en [ou] >> courbe (cf. vers 1, 2, 4, 5, 6, 7, 8, 10, 11, 12, 13, 15). Ce ne sont pas les seuls jeux mélodieux ([r]…..)
– Cette cadence circulaire est aussi marquée par la fantaisie des rimes, qui sont souples comme une courbe.
Toute cette structure formelle du poème suggère l’ondoiement heureux du regard.

3. Pouvons-nous discerner dans ce texte des éléments descriptifs de l’œil ?

– Jaillissement d’images opposées les unes à la courbe des yeux, les autres aux yeux purs.
– Peut-être que nous pouvons les déchiffrer :
couleur : « feuille » et « mousse » >> vert ?
« ciel » et « mer » >> bleu/gris ?
« feuille de jour » > quand les paupières se lèvent Gala voit le jour.
« ailes » > paupières ?
« rosée » > regard humide ?
« roseau » > les cils ?


Les yeux de Gala ne sont pas simplement des yeux physiques, mais des « yeux purs »>> monde moral, intérieur
Il n’y a pas vraiment de description. Ce serait pesant.

II. Le couple

1. Bonheur d’un amour partagé

On a ici tout un jeu des pronoms personnels et possessifs (vers 1 : « tes »; « mon »)
vers 1 : Gala enveloppe d’amour
vers 15 : Eluard lui répond en lui rendant ce qu’il a de plus précieux : son « sang », c’est-à-dire sa vie.

On observe un parallélisme potentiel entre les sonorités des vers 1 et 15 :


« La courbe de tes yeux…. »
« Et tout mon sang coule dans… »
Cela peut évoquer un couple enlacé. Tout au long du poème, des éléments évoquent la sensorialité et la sensualité (parfums, couleurs, bruits)

2. L’homme dépend de la femme

« dépend de » vers 14
Elle agit, il subit, l’homme est passif.
Les vers 4 et 5 contrastent avec le reste du poème, ils sont plus prosaïques, les mots sont plus courts. Ils marquent la fragilité de cette dépendance -> Eluard ne vit que par son amour.

3. A la femme amante, on a la mère

« berceau » (vers 3) >> le cœur d’Eluard est le nouveau-né dans le berceau.
« ailes » (vers 8) >> évoquent la mère protectrice. On note que le vers 8 se trouve exactement au milieu du poème.
« couvée d’aurore » (vers 11)
Gala est pour Eluard une nouvelle mère : elle l’a fait renaître. A ces images de maternité correspondent des images de naissance. Elle est la mère de leur enfant mais aussi celle de l’homme qu’elle aime.

III. La femme offre le monde au poète

On n’assiste ici nulle part à un repliement à 2, mais au contraire à une ouverture généreuse. La femme est plus proche physiquement de la terre : elle donne sens à tout.

1. Le poème est fondé sur une envolée de plus en plus large des oiseaux au-dessus du Pont-Neuf

La 2ème et la 3ème strophes ne forment plus qu’une seule phrase.
Elles font entrer le monde à travers la nature. Ces 10 vers ont tous le même nombre de syllabes, contrairement à ceux de la première strophe. Dans cette longue phrase, il y a beaucoup de virgules : au début, juxtaposition d’idées fugitives.
Au contraire, à la fin, nous n’en relevons plus qu’une : la voix ne s’arrête presque plus (= enthousiasme) et il y a moins de rimes. >> tout cela connote l’envolée

2. Cette envolée va du tout petit au très grand

Vers 6 >> humble nature (« feuille », « mousse », « rosée »)
vers 7 >> les roseaux sont déjà plus grands et le vent symbolise l’infini de l’air.
vers 8 >> centre du poème : le mot « monde » est prononcé
vers 9 >> l’image se précise
vers 11 et 12 >> splendeur du ciel
vers 14 >> nous retrouvons le monde entier du vers 8
Le monde est sous le signe de la lumière du matin, soit de la naissance. On la retrouve au vers 8 une fois de plus, et aux vers 11 (« aurores ») et 12 (« astres »).
On note une correspondance entre le physique (la lumière) et le moral (l’innocence) : Gala lui donne le monde avec des yeux d’enfant.

3. La femme devient une sorte de déesse

Elle donne naissance à tout : mère du monde; source de toutes choses
« Auréole du temps » >> connotation religieuse : elle sacralise le temps
« Paille des astres » >> On pense à la Vierge Marie, et à ses variations par un Bunuel ou un Pasolini. Accessoirement, c’est la seule rime que j’ai été fichu de trouver avec le lit de Dali.

Conclusion

    Le poème La courbe de tes yeux chante les yeux d’une femme qui ne se limite pas au sens physique. Ici Eluard renoue avec le poème de la tradition de l’amour courtois.

Mais il y a une faille, comme toujours

l’homme dépend trop de la femme. Il reste malgré tout une distance entre l’art et la biographie. Car pour oublier sa Gala, Paul Eluard dût manger pleins de raviolis. Au sang d’encre, son restaurant préféré. Avant d’en recontrer une autre…

Un Eluard potentiel, par l’artiste portugais Alexandre Farto, Aka #vhils. Mon école primaire est après l’angle, passage Ricaut. On s’en fout mais…
Mais il y a une faille, comme toujours

Ce cygne s’était coincé une patte dans la glace. Alexis et moi voulûmes appeler le gardien du Parc. Mais quelq’un venait de le faire, ce que j’appris juste à temps.

Le cygne fut à coup sûr sauvé par un coup de gaffe qui brisa la glace. Il était la réincarnation de Paul.

Une semaine plus tard

C’est la fête au printemps rue de Buci ! Le variant nouveau est arrivé (sur un air de Beaujolais) !

« Je le reconnais, c’est Covid Man !  » ajoute François.

Rue de Buci…

Cette petite rue piétonne si germanopratine, bourrée de terrasses et pâtisseries jusqu’à la gueule, aimée depuis 40 balais par vôtre scribe.

OOn y a dans les 150 jeunes, pinte a la main, joyeusement démasqués, dehors. Tant mieux pour eux ! Plus ce joyeux dandy naviguant là-dedans. OOn adore son trench à leds de surfer d’argent…

On s’échange deux recettes de cocktails de vaccins sur listes d’attente interminables. Et bien sûr les derniers variants, l’inattendu mosellien, le brésilien de carnaval annulé, le berrichon authentique, l’auvergnat de Paris au Balajo, le transfuge lisboète, le patient anglais. Dernier en date ? Le Petit Nice.

http://www.myowndocumenta.art/il-y-a-un-an-et-un-jour-sur-leur-gouttelette-presque-impalpable/

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