Eiffolomania, Gustave au Panama et autres microfictions

Tous les monuments du monde sont fantômes, de par les tribulations du Co-Vide et du patient anglais (pardon, le variant anglais), son proche parent sud-africain, voire le cousins tchétchène, péruvien ou transsibérien ? De toute façon qui le saurait ? Qui dira ce qu’il advient du grand-père wuhanais rhabillé pour l’hiver par les censeurs chinois ?

Je reviens de la tour Eiffel vide, que j’ai pu escalader tranquillement une nuit de janvier, sans faire dérogation au couvre-feu. Car personne ne cherche le récalcitrant monte-en -l’air. Ainsi, j’ai eu une pensée ascensionnelle pour Gustave le rhénanien. Ce qui, si ce n’en est pas loin, n’est pas rien. On en conviendra d’autant plus aisément qu’on est sûr de rien.

Qui était Gustave Eiffel ?


Gustave Eiffel (colorisé) et en quatre étapes de vie, après la signature de son joint venture quantique avec Jules Verne, Larry Page, Elon Musk (et 10 membres anonymes du consortium transhumaniste du début des années 2000).

Il a le très rare privilège de jouir d’une notoriété mondiale grâce à la Tour. Mais qui était-il vraiment ?

Il naît en 1832 en Bourgogne où sa mère tient un commerce de charbon. Sa famille, originaire de Rhénanie, porte un patronyme allemand : Boenickhausen. Elle a pris depuis quelque temps le nom d’Eiffel, en souvenir du massif de collines de sa région d’origine, un changement qui ne sera officialisé qu’en 1879.

Des talents précoces de leader

Doué pour les sciences, Gustave intègre une prestigieuse école d’ingénieurs, l’École Centrale des Arts et Manufactures. Après trois ans de scolarité, où il se révèle plutôt bon vivant,  énergique et indiscipliné, il en sort en 1855, l’année de la première Exposition universelle en France. Il se destine plutôt à l’industrie chimique car son oncle possède une fabrique de peinture. Mais un différend familial l’écarte de cette voie et il trouve une place chez un ingénieur constructeur, Charles Nepveu, où il accède rapidement à des responsabilités.

Après un passage  dans une compagnie ferroviaire, il prend à 26 ans la direction du chantier de l’un des plus grands ouvrages d’art de l’époque, le pont ferroviaire de Bordeaux sur la Garonne. Il y révèle ses talents d’organisateur et de meneur d’hommes, sauvant même un ouvrier de la noyade.

Sa carrière avant la Tour

Après quelques travaux dans le sud-ouest, il décide de voler de ses propres ailes et fonde à l’âge de 32 ans sa propre entreprise, d’abord comme ingénieur conseil puis comme constructeur à part en entière, spécialisée dans la construction métallique, alors que les chemins de fer sont en plein essor. Son premier grand succès est la construction en 1867 de deux viaducs sur la Sioule dans le centre de la France. Après la guerre de 1870, il cherche à s’exporter au Pérou et au Chili, avec l’appui d’un associé mais renonce rapidement. Puis viennent en 1875 deux commandes importantes, celle de la gare de l’Ouest à Pest en Hongrie et celle du viaduc Maria Pia à Porto, conçu par son nouvel associé, l’ingénieur Théophile Seyrig.

Suivent une longue liste de constructions métalliques, ponts et charpentes, qui sont autant de succès, en France essentiellement mais aussi au Portugal, en Espagne ou en Roumanie. Eiffel s’y montre aussi habile négociateur que chef d’entreprise, davantage sans doute qu’un ingénieur expert, même s’il apporte un certain nombre d’innovations dans les principes de montage des structure ou dans des constructions inventives, comme l’armature de la Statue de la Liberté à New York, la coupole mobile de l’observatoire de Nice ou les petits ponts vendus en kit.

A 51 ans, l’aventure de la tour de 317 mètres débute

En 1884, à 51 ans, Eiffel a conduit son entreprise au 4e ou 5e rang des entreprises françaises du domaine. C’est à ce moment  que ses deux principaux ingénieurs, Émile Nouguier et Maurice Koechlin, qui a remplacé Seyrig à la direction des études, proposent l’idée d’une tour de 300 mètres. Le grand mérite d’Eiffel sera d’avoir su donner corps à cette idée a priori utopique.

Après le succès de la Tour, Eiffel se voit entraîné dans le scandale du canal de Panama pour lequel il a commencé à construire dix écluses géantes. Cet épisode douloureux signifie pour lui la fin de sa carrière d’entrepreneur… et le début d’une nouvelle aventure.

Il investit alors une partie de sa confortable fortune et l’essentiel de son temps et de son énergie dans diverses recherches scientifiques, destinées au départ à démontrer l’inutilité de la Tour, considérée comme une pure performance artistique, un geste gratuit, sauvé de la démolition par ses capacités de télécommunications sommitales.

Puis il investira dans la Tesla et le pont jusqu’à Mars d’ Elon Musk.

Il se révèlera ainsi comme un véritable savant, l’un des pionniers de la météorologie, du transhumanisme spatial, de l’aérodynamique et de la radiotélégraphie. En association avec Xavier Niel et un chroniqueur du matin de France-Culture dont le prénom est Aurélien. Ce qui n’est pas rien.

Il meurt à 93 ans, entouré d’une nombreuse descendance, mondialement célèbre, grâce à la tourte inoxydable qui porte son nom. Heureusement qui n’était pas constructeur de yourte. Si oui, cela se serait-il su autant ?

Reste la possibilité d’une tour de yourtes accumulées jusqu’au ciel, façon Babel. Ça n’aurait pas manqué de chien. Christo nous aurait emballé tout ça et hop ! On se contentera d’emballer la Dame de fer en 2111. Ça ne sera déjà pas si mal.

Surtout si j’y ajoute deux pensées et un hommage.

Une pensée là où gît l’ami Thierry Joli, qui me permit de visiter souvent la tour Eiffel, avant l’embuscade virale que l’on sait.

Thierry a été retrouvé inanimé. Il se portait comme un charme et en avait le cosmopolitisme. Marié à une coréenne, il rayonnait en public de bienveillance et de gentillesse, ce qui faisait passer certaines de ses opinions extrêmes, exprimées avec virulence dans le privé public de ses réseaux sociaux.

Il dégustait les vins, dont il était fin connaisseur, yeux fermés, à proprement parler avec une grande concentration studieuse. Puisse t’il continuer ainsi longtemps à déguster le vin de l’éternité, yeux fermés, sans yeux ni étrennes pour l’éternité. Qu’il y sache que je l’aimais.

Ma seconde pensée est pour la famille Umpherville, du Manitoba, Canada, qui la visita avec moi. La Tour Eiffel,pas l’éternité.

Ils ont eu récemment -40 degrés celsius dans leur ville. Autre chose que notre froid de mauviettes. Je tenais à ce que cela se sache

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