« Le feu sacré « d’une aciérie du Nord : un constat à la désamiable

On avait effectué un reportage* sur une usine de tubes métalliques du groupe Vallourec, près de Valenciennes. Ce site, c’était les forges de Vulcain (dieu grec des forgerons, du feu, du fer, et par extension de la métallurgie). Une puissance de feu fascinante des opérateurs…

Le « dragon » du site de Saint-Saulve

Le reportage était sous l’angle des moyens de levage installés par un fournisseur, Kone « Cranes » : des grues et autres systèmes de levage industriels ou portuaires à la puissance titanesque.

Durant le reportage, j’avais compris au fil des entretiens, par intuition et déduction, que le groupe se debarasserait de cette unité de production, pourtant rentable. Mes interlocuteurs avaient une telle façon de dire que ça ne se produirait jamais qu’il était facile de conclure que c’était proche…

C’est bien ce qui se produisit. Six ans plus tard, un documentariste a consacré un film bien intéressant à la saga mouvementée de l’entreprise dont les flammes me fascinaient.

Documentariste politique et social, Eric Guéret nous plonge, avec Le Feu sacré, dans le combat des salariés de l’aciérie d’Ascoval, menacée de fermeture. Un film à l’actualité brûlante, qui s’est vu attribuer le Grand Prix du FIGRA (Festival International du Grand Reportage d’Actualité et du Documentaire de Société) cette année.

La lutte contre la fermeture de l’usine

Après les attentats, Vivre avec, en 2016), le nucléaire (Sécurité nucléaire : le grand mensonge, en 2017) ou les luttes trans (Trans, c’est mon genre, en 2016), Eric Guéret se tourne vers les fermetures d’usines et leurs conséquences sur la vie des ouvriers.

Dans Le Feu sacré, il s’est attaché à suivre les salariés de l’aciérie Ascoval, située à Saint-Saulve, près de Valenciennes, qui appartient au groupe Vallourec. Or, pour rester compétitif sur le marché de l’acier, le groupe décide de fermer Ascoval. Mais, soutenus pas le directeur de l’usine Cédric Orban, les ouvriers s’organisent pour assurer la pérennité du site. Une mobilisation victorieuse dont Eric Guéret a filmé les principales étapes.

L’incompréhension

Le premier sentiment que filme le documentariste, plus encore que la colère ou la crainte, c’est l’incompréhension. L’usine fonctionne bien, elle est neuve et relativement « verte » : elle semble faite pour aborder sans difficultés les grands enjeux de demain. C’est ce constat qui explique en grande partie l’attitude de son directeur, Cédric Orban, qui croit à son avenir et soutient, à son niveau, la lutte des ouvriers. 

Une incompréhension liée aussi aux multiples retournements que connait une telle mobilisation sur la durée. Les engagements non tenus malgré les concessions des ouvriers, les repreneurs qui se retirent au dernier moment… Des rebondissements scandés par le film grâce à un chapitrage qui donne au combat des salariés les allures d’un film d’action.

« Un avant-goût de l’enfer »

Outre la précision et l’empathie avec lesquelles Eric Guéret filme les salariés de l’usine, le documentaire vaut aussi par sa dimension esthétique : le réalisateur accorde une large place aux machines et aux flammes grâce à de longs plans fixes sur l’acier fondu. Comme des volcans en éruption, les machines crachent des milliers d’étincelles qui contrastent avec l’obscurité des pièces.

Le feu, c’est décidément l’univers de ces ouvriers : quand ils ne travaillent pas l’acier, c’est avec des pneus en flammes qu’ils manifestent. Aussi leurs propos empruntent-ils volontiers aux métaphores qui lui sont liées :

« j’y crois dur comme fer », « un avant-goût de l’enfer »…

Filmer le collectif et l’individu

L’une des réussites du film est également de parvenir à articuler collectif et individu. Les scènes d’AG, dans les salles de machines, alternent avec des scènes plus intimes où les ouvriers confient leurs émotions : « Le chef de famille a pris un coup » ; « on n’a pas le droit de fléchir ».

Ainsi, quatre personnages ressortent : les délégués syndicaux, Nacim et Olivier, la secrétaire de direction et le directeur de l’usine, aux faux airs d’Hippolyte Girardot. Si sa chemise grise tranche avec les vestes oranges des ouvriers, on sent entre les uns et les autres une vraie confiance, née des heures passées à chercher ensemble des solutions.

« Le feu sacré« . Un film à voir au cinéma à partir du 21 octobre. 1H33Hélas, son exploitation à eu la nuque brisée par le reconfit. Comme tant d’autres films d’auteurs. Snif… Remerciements : Julie Wahl, toutelaculture.com, Éric Guéret

* Voici le lien vers mon reportage : https://parallelespotentiels.blog/2014/10/06/usine-valenciennes-vulcain-bien-rode/

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