Un Sud profond : La Route Giono, la Provence de Jean

Carnet de bord

L’écrivain provençal Jean Giono vécut au paradis. En tout cas, c’est ainsi qu’il baptisa sa maison à Manosque, Lou Paraïs, Montée des Vraies richesses, puis Impasse du paradis, achetée avec les droits d’auteur de son premier roman à succès, « Colline« .

Une partie de la bibliothèque de la maison de Jean Giono, le Paraïs, comprenant 8500 ouvrages (dont un Enfer de Dante du seizième siècle). Une Maison d’écrivain visitable sur inscription.
On n’est jamais trop couvert pour randonner l’hiver… ou se confiner ! Quelques vêtements de Jean en témoignent…

Il allait rituellement faire sa promenade en haut de la colline du dessus, celle du Mont d’or. C’était son Mont aux oliviers. Un belvédère dominant joliment la région, donnant à voir au loin le massif de l’Estrau.


Cinquante ans après sa disparition, le Centre Giono, tout beau tout neuf depuis 2019 (dans le bel hôtel particulier Raffet), rend hommage à son image rayonnante. Avec des expositions très intéressantes.

C’était son Mont aux oliviers, ce beau sein rond, vers lequel il montait depuis sa maison en 20 minutes. Excellente vue au loin depuis le Belvédère de la tour des Templiers en ruines.

On peut profiter du festival littéraire  » Les Correspondances de Manosque », qui a lieu fin septembre, pour connaître le pays et faire sa montée au Mont d’or…

Toute l’année, des ballades et randonnées, littéraires… ou non.

J’en ai suivi une autour de Manosque, dans la forêt d’un haut collinaire, avec le très inspiré Arnaud, de l’association  » Les artisans de la randonnée ». Il vit à Banon, l’un de ces villages qui a su se renouveller après l’exode rural. Ce thème nourrit précisément une partie de l’idéal gionien. Des villages renés après leur abandon. Hélas, c’est l’exception plutôt que la règle…

On peut suivre toute l’année ces ballades- lectures de textes organisées par le Centre Jean Giono. Et depuis peu, marcher sur ses pas, en suivant sa Route, un livre à la main… ou pas !

Une route de hameaux et fermes jadis abandonnés, souvent joliment restaurés

Après le confinement contre le virus de service (un drôle de pendant de l’épidémie de choléra relayée par le héros de la trilogie romanesque  » Le hussard sur le toit« ), la donne pourrait-elle changer ?

Vers un « Monde d’après » reconvoquant ses petites villes et villages, l’âme de ses campagnes ? L’avenir dira à quel point cet idéal de fuite de l’urbain est idéalisable et vivable par les néo- ruraux. En tout cas, bonne chance à eux, et bravo !


Le très inspiré Arnaud, de l’association « Les artisans de la randonnée« , lors d’une ballade littéraire impulsée par le centre Jean Giono. Arnaud vit à Banon, sur la route Giono : un de ces villages qui ont su se renouveller, revivre. Un Regain, après l’exode rural… La librairie le Bleuet, reprise et ranimée depuis 2016, semble être un emblème de cette vitalité.

La Provence de Jean G n’est pas celle des « Pagnolades » de Marcel P

C’est une Provence plus rude, sa « Provence noire ». Un paradis relatif, inventé bien sûr, de l’aveu de l’auteur. Soigneusement recomposé par la magie précise d’une écriture. Un petit paradis récemment mis en scène naturelle par la « Route Giono » inaugurée fin 2020, à la faveur du cinquantenaire de la disparition du Manosquin.

152 kilomètres autour de Manosque,en 25 haltes littéraires

Parcourables en voiture, à pied, en vélo, voire à ski, en raquette, en hiver… Puisque la montagne de Lure (1850 mètres) comprend un mini domaine skiable…

Le tour de Lure

Il avait donc sa Montagne magique à une petite heure de Manosque : la montagne de Lure, dans le pays de Forcalquier.

Un ancien professeur, spécialiste depuis 30 ans de l’écrivain, Jean-Louis Carribou, en rend bien compte, dans son récent « Guide pratique et littéraire de la Route Giono« . Un itinéraire ceinturant la Lure avec grâce jusqu’à Manosque, etc.

Cette Lure dont le dos ( montagneux) dodeline, disait Aline. La fille aînée de Giono (disparue en 1985). Sa cadette, Sylvie, a en quelque sorte pris le relais d’une transmission vivante de l’œuvre paternelle…

Jean-Louis Carribou et son récent Guide pratique et littéraire de la Route Giono. Dans un » bistrot de pays » à Ongles.

La Lure de Giono, c’est « la montagne libre et neuve qui vient à peine d’émerger du déluge », l’Olympe de sa Provence, qui a su préserver ses « vraies richesses »

En route vers le Contadour, où il réunissait l’été amis et adeptes.

Il fut parfois critiqué pour une certaine vision suridéalisant la rude vie des paysans. Pourtant, lui, de sa Provence ne faisait pas des caisses, des Pagnolades, c’est-à-dire un folklore amusant, un chapelet de clichés plus ou moins sympathiques, un peu réducteurs aux yeux des puristes.

À Gréoux-les-Bains, troisième station thermale, il y a aussi des curistes, qui apprécient le sens du bien-être de ce « pays » pour d’autres raisons…

Quoi qu’il en soit, qui n’idéalise pas sa réalité et ses cadres de vie ? Qui n’a pas ce besoin de parfaire son chemin en le magnifiant quelquefois, de chauffer sa vie en l’enchantant (pas trop faux, si possible), de réchauffer cœur et corps ? Ce « Je » vous le demande…

En bon voyageur immobile, adepte de la rando, Giono l’a magnifié, son cadre de vie, l’a désencadré. L’a fait résonner, luire dans la caverne d’un imaginaire remarquable. Platon n’est jamais bien loin de là, pas plus que Pan ou Virgile… Oui, la Provence de Giono était son Olympe… Pour en savoir plus, consultez ce document sur France culture.

Cette Provence était son Sud inventé, comme celui d’un autre inventeur à plume de talent, qu’il admirait : William Faulkner, chantre d’un Deep South américain, celui du Tennessee, dont il assumait aussi l’invention littéraire.

Son écriture est parfois filmique, il était aussi bon scénariste, adaptant ses oeuvres, après que les adaptations de Pagnol l’ait déçues.

on va au cinéma en le lisant, d’ailleurs la fin du « Pierrot le Fou » de Godard est un hommage au « Roi sans divertissement » de Giono, qui fume un bâton de dynamite. « Bebel », lui se fait sauter avec à la fin du film…Pagnol adorait Giono, qui ne le lui rendait pas…
Tous ses sens ouverts , Jean marchait seul, comme à la recherche de « ces personnages dont je ne connais pas le secret« . Il disait qu’il ne les comprenait pas toujours. Il est si aisé de les tuer sur le papier…

Ce Sud, à l’Est du Sud, celui des Alpes-de-Haute-Provence (département 04), est aussi un Sud profond : un culte de l’originel,une variété paysagère rare, une ode un peu sauvage à la puissance mature de la Nature ; marginalisée, fragilisée, mise à sac (en plastique) par l’homme. Ce que Jean Giono (adepte du point virgule plus que du point dans son écriture) pressentait, comme d’autres (René Dumont, le Romain Gary des Racines du ciel, René Barjavel…).

Cela fait aussi de cet écrivain reconnu un écologiste avant l’heure, en particulier dans son court livre « L’homme qui plantait des arbres », traduit en 70 langues.

Il était pacifiste aussi, ayant vécu comme appelé le traumatisme de la guerre de 14. Ce qui lui valut quelques bibilles pendant la Libération, puis un éloignement à Marseille (où le Mucem lui a consacré une exposition jusqu’en février 2020). Il était innocent. Aucune charge ne fut retenue contre lui, qui avait d’ailleurs accueilli et caché juifs et résistants dans l’une de ses fermes…

Comme l’a commenté avec humour Jacques Meny, président de l’association des amis de Jean Giono : «  Mieux vaut être récupéré par les écologistes que par Pétain ! » Lequel avait dénaturé au profit du regime de Vichy le régionalisme de l’écrivain. Ainsi que celui du cinéma de Pagnol (ami et frère ennemi de Giono), évidemment !

Jacques Mény, Pdt de l’association des amis de Giono, Sylvie Giono (sa fille cadette), dans les locaux du Centre Jean Giono et des Correspondances de Manosque.

Enfin, voici deux bustes de l’écrivain, la vraie bibliothèque de sa maison, puis la variation d’une artiste, Clémentine Mélois. Il s’agit d’un travail de commande qui figurait dans une des salles de l’exposition Giono au musée Mucem, à Marseille. Et est actuellement exposé à la galerie Lara Vincy, rue de Seine, à Paris.

Lou Paraïs, la maison de Giono.
Le buste de Jean Giono de l’artiste Clémentine Mélois est pivotant, tournera jusqu’à la fin des temps. Ou presque. Galerie Lara Vincy, Paris.

La même artiste a d’ailleurs dessiné l’affiche de la 22ième édition du festival des Correspondances de Manosque, que voici


C’est moitié lectures moitié spectacles. La salle Jean le Bleu,  fief principal (plus grande scène) des « Correspondances de Manosque », fin septembre, nous a valu bien des plaisirs d’adaptations livresques d’auteurs et d’acteurs, en direct.
En tête, à mes yeux, Marianne Denicourt lisant Céleste Albaret (l’actrice a pour cela écouté et réduit à sa sauce 49 heures d’entretiens radiophoniques) parlant de son Proust. En bonus, un échange de lettres de Marcel avec André Gide, alors éditeur chez Gallimard, baptisé » Le faux curé » par la truculente Céleste…

La douce « sieste musicale » dominicale de Bastien Lallemand et ses amis (Lola Lafon, JP Nataf…) est si bien. On s’allonge,on écoute, on s’oublie…
Bien d’autres bonheurs de « seul en scène » étaient aussi de la partie…

Sans oublier les lectures et débats autour des parutions, à ciel et âme ouverts dans le cœur de la cité manosquine, évidemment… OOn est loin d’avoir tout vu, hélas : pour cela, le don d’ubiquité manque, n’est-ce-pas ?

En résumé, vous aurez comme moi plaisir à arpenter la route réelle et les chemins de traverse fictifs de l’écrivain qui a dit…

« Quand l’homme va trop loin dans l’arrogance, la nature le brise.« 

durance-luberon-verdon.com/le-chemins-de-l-oeuvre-focus-sur-le-hussard-sur-le-toit

À télécharger :
L’application gratuite « Le serpent d’étoiles  » du Centre Jean Giono. On serpente ainsi avec Giono…

Le serpent d’étoiles en tapis chez Jean, par Lucien Jacques, artiste et ami.

Tourisme-alpes-haute-provence

Nourritures terrestres : quelques adresses sur la Route Giono

Auberge de l’Abbaye
Le Village, 04230 Cruis
Tél : 04 92 76 59 88
www.hotel-restaurantcruis.fr

Á Manosque, 3 bons restaurants et un bistrot : « Le petit Lauragais »
6 Place du Terreau – 04 92 72 13 00

« Le petit provençal » –
6 Rue du Bon Repos, 04100 Manosque – 04 92 87 63 80

« Il Gusto » un bon italien en cuisine à fourneaux ouverts– 8 Place de l’Hôtel de ville – 04 92 77 54 14

Le café du coin, 20 rue du Soubeyran – 04 92 72 10 13

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