D’un jour les gens : jeter ses dévolus avec Denis Lavant, Woody et Fran

C’est Denis Lavant, l’homme de lave, ce matin-là croisé, sa tête de diablotin, ses yeux de lutin, sa mine de djinn, avec des amis. Accoudé par un bras liane à un comptoir aligrien.

Mon préféré, celui du Baron rouge, ses doux air de jazz permanent, diffusés sur son gramophone.

Midi

Le plus joli des comptoirs de café, en fait. Quasi désert à cette heure-ci. Des barriques partout à l’entrée, pas là pour un puttassier décor (de carte postale) de plus.

Elles témoignent du temps où moin achetait du vin au vrac partout dans les bistrots. Il y a des cubis ou des bouteilles pour cela ici. Les tonneaux vernis, comme cirés, sont beaux comme ces tombereaux de souvenirs…

On remplit le matin au tuyau d’arrosage les barriques, un tuyau ombilical tiré depuis la cave s’ouvrant par une trapette de bois. Comme on arroserait une verte pelouse, celle-ci est rouge. Un grand gaillard torse nu en salopette s’y attelle.

Il est moins grand que l’armoire à glaces (un colosse extra-barbu au visage fin allongé par ses lunettes) qui sert pendant les heures de pointe.

Si puissant que, fil de fer ou pas, il n’y a pas moyen de le croiser dans le couloir coudé menant à la cour et ses chiottes à la Turque effrayant mes Américaines, tandis qu’il prend ses boissons dans le frigo à vin.

Denis Lavant dit d’une bouche malicieuse, a côté de moi tandis que je commande : « J’ai jeté mes dévolus. »

Ce qui me fait sourire. Normalement, on jette son dévolu sur quelqu’un ou quelque chose. Une expression surannée que toujours j’ai adoré. Jeter son dévolu, cela évolue aussi…

À Denis, je demande si au moins, il les recycle, ses dévolus, après les avoir jetés. Les compacte-t’il avant ?

Nous jetons nos dévolus sur des mots innocentés par les circonstances vitales de nos avidités.

Je jette mon dévolu sur toi, tu le jettes sur moi !

Nous jetons, brettons, joutons pendant quelques phrases des jeux de sens, jusqu’à ce qu’ils feignent de perdre queue et tête. J’en chantonne quelques uns ensuite, improvisés comme l’on respire. Ce en quoi Denis excelle. Il commente en souriant :

 » Pas mal, faut travailler...  »

Mais je me trouve modérément convaincant. C’est que je n’ai pu m’échauffer avant. Je n’ai pas le temps de le faire, ni de continuer à jouer comme un acteur intérieur.

Ne suis pas là pour ça. Suis là par hasard de l’un de mes itinéraires parisiens, pour raconter l’une de mes deux ville-capitale (l’autre étant Lisbonne) à des personnes ne demandant que la lumière des histoires passant de mes yeux aux leurs.

Suis ici, au Baron rouge, en cerise 🍒 sur le gâteau d’un boulot.

Il rit de son rire de renard tendre, Denis, puis revient au discret anniversaire de comptoir, l’anniversaire debout qui réunit ses amis.

Je suis en fait juste venu commander du vin pour un de ces amis du jour. Cette fois-ci c’est Fran, qui vit à cinq miles de New-York.

Il est professeur d’université, sa femme est de Porto Rico, plus jeune, elle bosse dans l’immobilier. Leur fille est mignonne, elle a l’air portoricain à 100 pur sang. J’apprendrai qu’elle l’est. Elle n’est pas la fille de Fran.

Elle semble dans les vaps, elle a les yeux dans le vague de la Lune, celle du voyage et du décalage horaire. Elle a aussi les yeux de celle qui a goûté mon aligoté (Bourgogne) au jardin d’à côté juste avant.

Le café du Baron ferme ses stores pour la pose de 13 heures.

Nous parlons en sortant, je lance une balle facile a rattraper : ce bar dont on sort passe toujours du jazz subtil, il pourrait figurer dans un film façon Woody midnight in Paris.

Minuit

Fran se souvient alors qu’il a quelquefois vu Woody Allen jouer avec son band au Michael’s bar, sur la troisième rue, à New-York. C’était quand il bossait dans l’immeuble au-dessus (pas Woody, Fran).

On est maintenant au café d’après, à l’angle du faubourg Saint-Antoine, pour un Espresso vite avalé et une pause toilette demandée ( parce qu’au premier bar Jazzy, on en est encore aux chiottes à la turque sur le palier, de la loi de 48).

Ces dames vont aux toilettes, on cause. Fran dit que Woody a joué au Michael’s jusqu’à ce qu’il se fasse rattraper par les s(c)andales de mœurs dont on se souvient. Vous savez, la fille adoptive qu’il avait avec sa compagne, l’actrice Mia Farrow… et autres petites turpitudes de maître et élève, de beau-père abusif…

Tout ce « ça » qui se sait si vite maintenant. Les vies virales des gens connus qu’on traîne dans la poudre fastoche. Parce qu’ils l’ont mérité. Mais peu importe. Ce qui est amusant c’est la suite.

Quand je dis (pas à Woody, à Fran) : d’ailleurs, les professeurs d’université sortent souvent avec leurs étudiantes… il me coupe en souriante.  » Gosh yeah! Surtout ne le dites pas devant mon amie. C’est une de mes ex- étudiantes ! »

Ensuite, on s’enfonce dans le Marais y avec le délicieux prélude de l-ex Place Royale, devenue Place des Vosges car ce département fut le premier à payer l’impôt révolutionnaire…

DenisLavant : cultiver-un-comportement-poetiqueau… quotidien

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