555 ans et des poussières d’arbres (sans date limite de consommation)

A son passif ce jour-là, 55 printemps et automnes
À son actif, 558 textes tirés du feu de l’existant. *
Ainsi qu’une compote Andros glanée à l’hosto des armées. A consommer avant le 20/12/20 à 20:21.


La boîte de champignons de Paris exhumée du placard sous l’évier est valable jusqu’au 21/6/21. Elle le charme, cette date limite de consommation (dlc).

D’autant plus que cette boîte de champignons a demandé un congé sans solde, jusqu’au 22/12/22. Renouvelable via deux congés de maternité (en vertu de la convention spéciale des champignonnière franciliennes) jusqu’au 23/10/23. Elle partira en congé sabbatique de bout du monde jusqu’au
24/8/24.

Sa vadrouille s’avérera prorogeable jusqu’au 25/5/30. Une marque de petites aubergines au gingembre et échalottes cuisinées par Julie pour lui aura alors alors faut le tour de la planète. Sa notoriété assura aux petites boîtes de Julie une prodigieuse pérennité. Elles seront datées d’une dlc au 22/ 12/99.

Soit un siècle après les deux tempêtes d’un mois de décembre 1999 français plutôt impétueux. Ces tempêtes assurèrent le renouvellement forestier d’une partie non négligeable du parc forestier de l’ONF.

J’avais constaté l’écroulement des arbres anciens a partir de 2000, voyant peu à peu se pétrifier les troncs tombés sur les chemins forestiers d’adoption.

Nombre d’entre eux me barraient le chemin forestier. C’était impressionnant comme ce calme après la tempête.

Longtemps, en se promenant en forêt bourguignonne de la vallée de la Cure, on ressentait encore à l’oeuvre la beauté des souches mortes prises de mousses et roulées aux lichens.

Camaïeux de verts, rouges, bruns, jaunes, dans la pénombre des sous-bois… Dans la gadoue printanière où se prenaient les roues, les pieds. Quelques souvenirs d’amours là-dedans aussi. Et de branlettes solaires finies dans la rivière.

Ces mousses d’écorce fleurant bon le moisi léger. Riches du temps écoulé. Du temps coulé à se vider la tête dans l’art de la marche sans fin. En arpentant les lisières forestières le long de la rivière, la Cure.

La rivière disait :
Du temps, je n’ai cure…

Il a 555 ans et toujours ce goût des comptes ronds et dates à la symétrie parfaite.

Le 9/9/9, par exemple, l’avait comblé d’aise. Le 8/8/8 aussi : un beau jour du mois d’août dont il ne se donna pas la peine de chercher à se souvenir. Même la tempête du 9/12/1999 lui avait laissé un bon souvenir. Planqué qu’il était dans une chambre en ville. Il avait juste entendu que ça secouait sec dehors. Et vu les branches par terre le lendemain.

Une éclipse au-dessus d’un Paris grisâtre aussi, vue d’un balcon, dans la complicité d’être à deux qu’il n’avait du retenir. Un 8/8/2000 ou 2001, vue à travers les lunettes en carton noires filtrantes de rigueur.

La naissance de son fils le 19/5/90. Puis de ses filles jumelles, le 9/9/99 et 8/8/03

Il a 555 ans. Il lui reste 5555 ou 555 jours à vivre. 55 minutes peut-être ? Il ne le sait pas plus que quiconque.

* 558 textes traçables, consultables sur l’impérissable site parallelespotentiels.blog

2 réflexions sur “555 ans et des poussières d’arbres (sans date limite de consommation)

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