Le Windsor Nice : 32 chambres d’artistes (celle de Morellet franchit la ligne jaune)

 

On entre, on ressent dans le hall comme un flottement dans le temps. Des œuvres occupent l’espace, mi galerie, mi hôtel, la salle du restaurant semble sortie d’un mélange de « DDR » et de salon anglais cosy. Où un décor de tableau de Hopper…

Le petit bureau rétro de la réception, semble tout droit sorti d’un chromo design scandinave des années cinquante, avec ses lames de bois serties, comme un comptoir de bar disparu.

Propriété de la famille Redolfi depuis plus de soixante ans, l’hôtel offre une atmosphère empreinte d’exotisme et de poésie. Les chambres dsont toutes différentes, soit avec une fresque, soit décorée par un artiste d’art contemporain.

En remplissant les formalités d’usage à la réception, il suffit de se baisser un peu vers la droite. Pour regarder dans son présentoir une petite boîte- vidéo aux allures trompeuses de boîte à lettres pour cartes postales de clients.

On la doit à Pierrick Sorin, artiste vidéaste nantais depuis les années 80. Dans la boîte, l’artiste se met en scène pour une de ces petites scènes vidéo drôlatiques, inspirées par Méliès.

Au bar du restaurant, à trois mètres de là, très pince sans rire, le même artiste tourne sans fin sur un Vinyle, il y danse sur un 33 tours une petite ronde effrénée, celle de la vie, déguisé en monsieur Hulot en imperméable et chapeau.

Ou en professeur Tournesol, on ne sait trop. Et dans la cheminée du restaurant, un faux feu flambe sans fin, des livres brûlés sont posés. C’est encore une de ses œuvres : Autodafé.bencire une invitation au jeu. A se prêter au jeu, sans enjeu. La belle gratuité de l’art.

Ça c’est déjà un très bon point pour cet hôtel d’artistes aux chambres univers en solo. Et le jardin tropical en est un autre : le fondateur de l’hôtel avait voulu reproduire la forêt asiatique de ses voyages. Un grand ficus multiracinaire, noueux, un « banyan tree », trône au milieu, serti d’un temple doré.

Au fond, la jolie piscinette, avec une figure lunaire artistique brillant la nuit. Le jardin du Windsor est une des petites adresses discrètes niçoises qu’on murmure pour échapper à la chaleur de l’été…

Au crépuscule, un thé vert, un cocktail, ou un cocktail au thé vert !

Les 32 chambres d’artistes

Certaines sont bigarrées, pleines de vitalité colorée. D’autres zen, tranquilles, comme une invitation à un éther de nuitée. Celle de François Morellet arrive en tête dans cette catégorie. Elle s’appelle…

Un rayon de sommeil

Un gros bourdon nomade arrivant par le lierre à droite de la fenêtre. Il avait de nouveau envie. Hier soir déjà, il tournait autour de la fenêtre entrouverte au troisième étage, au-dessus du jardin dont la piscine serait maintenant inondée par la pluie d’avril revenue après une semaine de trêve des hostilités météo

Il tournait a l’orée de la chambre blanche traversée par une ligne jaune. Il se tâtait. Il entra. Il découvrit la traversante.

Que de lignes brisées !

Cette ligne jaune créée par l’artiste minimaliste François Morellet dans l’une des 32 chambres- œuvres de l’hôtel niçois « Le Windsor ». La plus reposante des chambres peut-être, toute blanche, du design blanc aussi. Un lignage jaune dont cet artiste des années soixante, apparenté au mouvement supports surface peut-être, partageait la recette avec le ligneux coloriste primitif Daniel Buren. Mais Morellet était plus discret que Buren. Moins lourdement institutionnel ?
La chambre était toute de blanc vêtue ( un blanc clinique, un blanc de cube blanc, de ceux qui se déploient dans les galeries d’art).

Au rayon jaune

Ce blanc, cette ligne jaune traversante divisant l’espace comme une installation un situ transformaient la chambre en espace de galerie. En une espèce d’espace géométrique superclean. Cette subtile répartition vous traversait la tête. C’était reposant. Un peu trop clean peut-être. Cela fleure bon ses années 80, ce sens du clean. C’est d’une certaine élégante post Mondrian aussi : diviser pour un meilleur découpage d’un réel spatial donné.

Cette trajectoire élégamment brisée (rythmée dehors par une brise plus que passagère, un rien tempêtueuse , en ce lundi de Pâques) était une très belle sensation géométrique divisant mes 2 nuits ici.

L’artiste l’avait d’ailleurs appelé  » Le rayon de sommeil ». Un rayon sans nuisances, disait-il alors, en 1998.
« Ce rayon doré ne vient pas mourir dans la chambre en passant par la fenêtre comme un voleur poursuivi. Il entre poliment par la porte. »

Contrairement au bourdon qui fit son repérage le matin pour tâter du terrain, un matin sans soleil.

François Morellet
« Le rayon de sommeil rebondit joyeusement du sol aux murs et au plafond, finit par aller se rafraîchir dans la salle de bain. »
Qui a été achevée dix ans après, raconte Odile Payen.

En négatif de la pièce : avec une baignoire jaune où s’insère une fin de lignée blanche…

C’est son oncle qui en avait eu l’idée, de cet hôtel aux chambres d’artistes. Il en reste quelques-unes, des chambres à fresques murales témoignant du stade 1 de la carte blanche. Lors de mon précédent séjour, j’avais occupé celle aux pyramides égyptiennes. Qui me rappelait la grande Motte, par une association d’idée un peu incongrue.

Le bourdon entré inspectait le rideau gris de droite de la chambre- Morellet. Il paraissait si nonchalant. Faussement. Un baladeur.  Je projette, je suppose que je projette sur le bourdon un certain sens de la ballade existentielle…

Avait-il perçu la ligne jaune traversante ? Avait-elle eu quelque impression sur lui ? On en douta.

Après son oncle, Odile Rendolfi Payen continua à investir méthodiquement chaque chambre avec bien des artistes… 32 en tout, on l’a dit. Il y a la chambre de Ben, la star locale, dont les écrits prennent peut-être un peu trop d’espace intime.
Il y a la 58, qu’on doit à l’artiste Théo Mercier. Une adaptation de l’installation autour du couple d’Arnold Fini peint par van Eyck à  la biennale de Venise.
En février 2019, 
Dernière en date, la 55. Très apaisante aussi : Il y est doucement question de blanc et de jaune, ainsi que d’une nuit passée à batifoler. C’est écrit sur le mur, de façon plus allusive. Et discrète.

Batifoler. Comme une abeille de passage, faisant son miel de cet art hôtelier ?

Vous aussi, profitez de votre passage pour vous prêter au jeu des chambres ouvertes pendant le ménage… Vous y jetez un œil, voire plusieurs, vous dites pardon à la gouvernante en train de travailler. Ainsi vous découvrez ce qui se révèle si rarement, derrière ces portes fermées. On parle du décor, de l’inspiration artistique. N’allez point vous méprendre !

En savoir plus sur le site de Côte d’Azur Tourisme

Sur l’hôtel et le Festival ovni

Changer de chambre à minuit ?

L’écriture de Ben invite le long d’un bandeau jaune au troisième étage à changer de chambre à minuit. Et pour ce faire, à « ouvrir toutes les portes ». Vaste programme, qui dut bien être réalisé une fois. un grand soir de fièvre artistico-bohème microcosmique…

Le bourdon repartit lentement le long du rebord du battant droit de la fenêtre Après avoir éprouvé sa transparence. Il ne revint plus. Une sensation stockée dans son catalogue expérientiel…

Ce Windsor niçois fut pionnier des chambres d’artistes, de l’art en chambre, de l’art s’exposant en hôtel. Non réductible à de la décoration ou des « machins glamours sucrés » pour halle d’hôtels. De féconds partenariats entre galeries, institutions culturelles et hôtels ont ainsi germé, comme…

Les ovnis du Windsor

L’historique : En 2015, première édition de ovnis, puis déploiement dans la ville en 2016.
En 2017, le salon Caméra Caméras, dont la vidéo reste le fil rouge. Les galeristes font un projet avec une vidéo immersive, une ballade entre chambre claire et obscure dans 22 galeries. En 2018, fusion des deux projets et déplacement dans cinq autres hôtels. En 2019, ovnis en ville débutera le 22 novembre, ainsi que le festival ovni au Windsor.

« Des marches, Démarches 2019 »
Un projet du Frac azuréen. Il associe une cinquantaine de galeries autour de la marche, de la circulation des corps. La galerie de la fille de Ben, Eva, près de la gare de Nice, en fait partie. Au Windsor, l’expo « bucoliques ou presque » déclinera ce thème jusqu’au prochain festival ovni, fin octobre 2019.

Et voici les photos du Windsor

11 rue Dalpozzo – 06000 NICE
Tél. : +33(0)4 93 88 59 35
 www.hotelwindsornice.com
Restaurant de qualité.
Soins et massages, hammam & sauna, jardin tropical avec piscine.

 

Le bonus personnel qui n’a rien à voir

Une nuit, un rêve de ligne jaune à ne pas franchir

Oh non l’ami, oh non,
Jamais
Je ne partirai
Clopin collant
Vers quelque éther mité
Je vous le dis !

Oh non l’ami, non
Jamais
Je ne partirai de ce pain-là
Clopin clopant
Vers quelque éther nuité que ce soit
il n’en sera jamais question
Tu peux m’en croire !

Car même si vous n’avez rien mis
La Machine vous rendra la monnaie
C’est magique !
La pluie ne reprendra qu’à notre demande

Qu’est ce qui est  magique ?
Ce C de la Création (débarrassée du religieux, retrouvé dans la beauté) est légèrement magique.

Passer une nuit au Windsor est magique. Il faudrait y passer 32 nuits pour bien faire.

2 autres hôtels d’artistes : le Windsor a fait des petits
– La Reine Jane, entre mer et forêt, à Hyères (14 chambres de designers).  Avec bar-resto-chic-et-vintage, impulsé par la Villa Noailles, sur les hauteurs de la ville varoise.

-Puis le Drawing hotel à Paris, du côté de Richelieu-Drouot. Qui s’est voué (comme son nom l’indique en anglais) au dessin. c’est la commissaire du salon de dessin contemporain éponyme (le Drawing lab) qui l’a impulsé…

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