Atelier et Institut Giacometti, Paris

Ouverture d’un lieu rare à Paris, consacré au sculpteur et peintre suisse Alberto Giacometti : Son atelier brut. Reconstruit dans un écrin Art Déco. À Montparnasse, l’Institut Giacometti permet d’être proche de l’artiste et de ses œuvres !

Célèbre pour ses sculptures de L’Homme qui marche et de femmes- filigranes, Alberto Giacometti a traversé le cubisme et le surréalisme avant de trouver sa voie.

Il trouve aussi depuis cet été 2018 un refuge au cœur du quartier de Montparnasse où il a vécu et travaillé pendant 40 ans, jusqu’à sa mort en 1966.

L’Institut Giacometti est proche de l’atelier mythique de l’artiste dans une rue qui longe le cimetière de Montparnasse : la rue Victor-Schoelcher. C’est là que Simone de Beauvoir a eu un appartement, Picasso un atelier.

Vous entrez au numéro 5 dans un hôtel particulier au style Art déco somptuaire, construit dans les années 1910 par l’artiste-décorateur Paul Follot.

Présent :

Passé

Au Passé présent…

Le passé recomposé. Une fois passé le seuil, vous êtes face à l’histoire : l’atelier de Giacometti reconstitué jusqu’au dernier pinceau, jusqu’aux murs, grâce à sa veuve Annette Giacometti qui a tout gardé : d’une version inachevée de L’homme qui marche jusqu’au cendrier rempli de mégots.

Elle a légué la totalité de ce trésor à la Fondation Giacometti qui possède le plus riche fonds d’œuvres de l’artiste au monde et qui est à l’origine de ce lieu atypique et émouvant.

« À travers la vision de l’atelier, on comprend vraiment la modestie d’un artiste qui, même très célèbre, reste dans un atelier de 24 mètres carrés, très rudimentaire, entièrement consacré à son travail précise Christian Alandete, responsable des expositions et des éditions.

La rudesse fait aussi partie de son processus de création. Et donc on rentre un peu dans l’intimité, quelque chose de beaucoup plus proche avec Giacometti. »

Intimité

L’idée force de ce musée d’une superficie relativement modeste, 350 mètres carrés : un accès limité à 40 personnes par demi-heure et des réservations en ligne. Le lieu l’impose avec ses couloirs labyrinthiques, ses niches et alcôves.

Après l’atelier où cohabitent quelques 70 sculptures en plâtre, bronze et terre, certaines jamais montrées au public, car trop fragiles pour circuler, on passe à un cabinet d’art graphique qui expose une partie des 5 000 dessins, carnets, bout de nappes – tout ce qui servait de support à ce dessinateur compulsif.

À l’étage, un grand espace lumineux entouré de verrières, trois salons élégants ornés de tapisseries art déco se marient avec le caractère brut, un peu rugueux des œuvres de Giacometti.

L’Institut Giacometti est un lieu hybride à la fois centre de recherche et d’éducation, avec notamment une bibliothèque de référence sur l’art moderne et une bourse de recherche, mais aussi un espace d’exposition. Le première revient sur la relation de l’artiste avec Jean Genet, qui écrivit un essai lumineux…

L’exposition sur L’Atelier d’Alberto Giacometti vu par Jean Genet inaugure les lieux. L’écrivain français a posé à plusieurs reprises pour Giacometti durant les années 1950, et dans des conditions pas toujours évidentes, comme il témoigne plus tard : « J’ai encore dans les fesses la paille de la chaise de cuisine sur laquelle il m’a fait assoir pendant quarante et quelques jours pour faire mon portrait. Il ne me permettait ni de bouger, ni de fumer, un peu tourner la tête, mais alors une conversation de sa part tellement belle. » Giacometti : « Si tu veux, toutes tes formes sont plus ou moins floues, très floues même. Mais le curieux c’est que si tu fais l’œil précis, tu risques d’abolir exactement ce que tu cherches, c’est-à-dire le regard. »

Giacometti réalise l’un des portraits les plus vivants et véridiques de son ami. Jean Genet : « Si tu posais pendant mille ans, je suis persuadé d’avance que dans mille ans je te dirais tout est faux, mais je m’approche un petit peu. »

L’occasion d’approcher des œuvres, les admirer trait par trait, de suivre ce dialogue très original entre deux génies qui se sont inspirés mutuellement.

« Le Balcon que Giacometti illustre se situe dans un bordel et Giacometti va être très marqué par les prostituées qu’il rencontre, dont il va faire un hommage dans l’après-guerre avec ces filles vues de loin. Cette vision de loin va lui donner cette idée de réaliser ces figures très fines, élancées », poursuit Christian Alandete.

Un Miro dans le placard

On en trouve également un exemple saisissant dans le musée : les Femmes de Venise que Giacometti a créé pour la Biennale en 1956 sont présentées pour la première fois en France dans cet écrin d’une beauté surréaliste.

Cet hôtel particulier a d’ailleurs été réhabilité grâce à la vente d’une toile d’un autre ami : une toile de Miro d’une valeur de près de neuf millions d’euros que Giacometti avait rangé dans un placard… Youpi !

L’Institut Giacometti dans le 14e arrondissement de Paris révèle bien d’autres secrets de la vie et de l’œuvre de l’artiste…

Du 14 septembre au 20 janvier 2019

Giacometti, entre tradition et avant-garde

Au musée Maillol. L’exposition confronte ici le travail de Giacometti avec les grands sculpteurs (classiques et modernes) de son époque – Maillol, Zadkine ou Brancusi – et met en évidence l’évolution de son style en fonction de ce dialogue entre artistes.

Ma sélection d’autres expositions parisiennes

Jusqu’au 28 octobre 2018 : l’Envol à Maison Rouge. Si ce n’est déjà fait, courez voir le dernier Envol de la fondation Antoine de Galbert. Lieu de découvertes et d’innovations durant 14 ans, Maison Rouge fermera définitivement ses portes à la fin de l’exposition. Un bel adieu tout en légèreté et rêves à travers une foule d’œuvres : peintures, photos, vidéos… Pour d’autres aventures ? Qui sait…

Du 12 septembre au 10 décembre 2018, Franz WEST (1947-2012) au centre Pompidou. Vaste rétrospective de l’artiste autrichien, dont l’œuvre mal connue est pourtant foisonnante dans tous les domaines : peintures, sculptures, œuvres-meubles… Et rend bien compte de son esthétique originale et de sa redéfinition du beau et du laid.

Du 17 septembre au 1er janvier 2019 : Madagascar au Musée du Quai Branly-Jacques Chirac. L’exposition se propose de nous faire découvrir la culture malgache à travers son architecture, ses créations artistiques (anciennes et contemporaines) ou encore ses cérémonies rituelles. Et le voyage, à travers ce continent miniature, melting-pot de populations et de croyances, s’annonce riche et passionnant.

Du 26 septembre au 21 janvier 2019 : « Éblouissante VENISE » au Grand Palais. Et c’est bien d’éblouissement dont on parle lorsqu’on évoque Venise au XVIIIe siècle, que ce soit à travers ses peintres (Canaletto ou Guardi), ses musiciens (Vivaldi) ou ses hommes de théâtre (Goldoni).

Du 3 octobre au 14 janvier 2019, la Fondation Vuitton à Paris met en scène Egon Schiele et Jean-Michel Basquiat. Deux figures majeures présentées dans deux expositions distinctes. S’ils vécurent dans des lieux éloignés et à des époques différentes – Vienne 1900 pour l’un et New York 1980 pour l’autre, ces artistes, morts tous deux à 28 ans en pleine ascension, nous ont laissé des œuvres à la fois radicales, sans concession et magistrales.

Et aussi…

11 septembre 2018 : ouverture de la Nouvelle Scala, au 13 boulevard de Strasbourg dans le 10e. Ce célèbre café-concert de la Belle-Epoque rouvre à nouveau et sera un théâtre d’art privé au service de la création. Au programme : éclectisme tous azimuts ! avec du théâtre, de la danse, des arts du cirque, des performances et même un restaurant. Affaire à suivre…

Les 6 et 7 octobre 2018 : Nuit Blanche dans la capitale : toujours festif et gratuit, l’événement met en avant des artistes émergents avec quatre points forts :
Invalides, Ile Saint-Louis, la Villette et la Porte Dorée.

Du 18 au 21 octobre 2018 : la FIAC. La grande messe de l’art contemporain, lieu de rencontre international entre galeristes, collectionneurs, spécialistes et amateurs d’art moderne, art contemporain et design… retrouve la Coupole du Grand Palais.

Au même moment, Outsider Art Fair ouvrira à l’Atelier Richelieu (60, rue de Richelieu) pour nous présenter des artistes dont le dénominateur commun est la recherche de la « créativité brute », chère à Jean Dubuffet.

 

 Lux !

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