Carte postale de Lisbonne, entre correspondances mémorielles et risque du syndrome de Barcelone

Vous avez reçu une Carte postale (hors format) de Lisbonne

Jamais ne saurai qui fut cette femme
Jamais elle ne saura qui tu seras

Oh… toi qui viendra
A tes yeux, ce moi est déjà l’ancien, le vieux
Celui qui sera bientôt sans yeux
Même ceux naissant sans yeux
Rêvent pourtant en image (de choses non vues, du sommeil paradoxal de ce qui fut)

Jamais ne saurai qui fut cette femme
Jamais elle ne saura qui tu seras28616569_1940511156262970_3709787879731284123_o

Une pierre ronde ramassée
chaude de soleil l’accompagne chez moi
La paume de ma main se souvient de sa chaleur
Un pavé lisboète à droite posé
Est lui aussi invisible du champ

@Julie I found those photos of her in a bag on the floor near a trash can
at a bus stop near Museo do Azulejo. That you should visit. It’s a nice old convent with that superb XVI’s church…

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Sur soundcloud, le poème de qui fut est encore plus vivant.

Il vit en tout cas de ma voix :

Correspondances mémorielles

Ma maman luso-descendante annula son rendez-vous chez le coiffeur, entre ville basse et Bairro Alto, dans le centre commercial du Chiado. Ouf ! Car c’était le jour de l’incendie qui le ravagea en 1988.

Il avait ce charme populaire un peu rance d’un passé bonhomme à dames en noir et couleurs passées des polaroids seventies de nos armoires.

Il fut repensé de A à Z par Alvaro Siza, le plus connu des architectes du pays, Pritzker Price et père du « régionalisme critique ».

Très chic mutation depuis, montée des marches sociales

Ici se joue aussi la partition élitaire de ce que j’ai nommé…

La premiumisation du monde.

Comme une marque de plus. Le culte des CSP+ comme nouvelle figure d’Epinal du moment, courtisé par toutes les marques. Les sempiternelles enseignes commerciales mondialisées proliférèrent dans les rues aux alentours.

Le superbe pavement de la rue du Chiado brille après la pluie en marchant vers le café de Fernando Pessoa, le poète de l’intranquillité :

A Brasileira do Chiado, juste à côté de la bouche de métro. Le quartier emblématise cette montée en gamme vers le prestige iconographique dont nos temps semblent friands…

La belle Lisbonne, par l’auteur arpentée depuis 1974, connaît à son tour un boom touristique sans précédent, ou bien en crescendo, on ne sait trop.

Pas un séisme comme celui de 1755 décrit par Voltaire dans le « Poème sur le désastre de Lisbonne ».

Non, une secousse statistique, un boum qui fait bien des heureux et des rotations aériennes. Ce qui n’ira pas sans un lot de déboires collatéraux… Du coup, depuis 2017, les services du Tourisme – et son Ministère de tutelle – consultent l’habitant, le commerçant en mode participatif.

Pour tenter de prévenir ce qui dérangerait, confiait récemment le directeur de l’OT du Portugal à Paris, Jean-Pierre Pinheiro, qu’on peut entendre en parler ici :

Le 27/4/18 sur RMC Bourdin Direct, émission Bureau de Vote.

Comment le Portugal gère les flux touristiques pour éviter la saturation et la tourismophobie : http://rmc.bfmtv.com/mediaplayer/audio/rmc-2704-bourdin-direct-bureau-de-vote-9h-10h-420764.html

C’est qu’il s’agit d’éviter le syndrome de Barcelone. Ou de tant d’autres villes avant…

On entend que le tissu urbain central change trop vite. Que les merceries et autres petits commerces de services et d’artisanat ont disparu. Au profit de « lounges » (et autres roof-tauperies pour gobobos happy lol) reproduisant des codes d’entresoi répétitifs.

Que les appartements se vendent trop chers, en partie en raison de l’ingénieuse politique d’incitation fiscale pour retraités étrangers du secteur privé (arguent des groupes pas contents de telles inégalités de traitement).

On en a discuté l’été dernier avec des jeunes idéalistes qui occupaient symboliquement un vieil immeuble d’Arreiro, avec force banderoles dénonçant le mal logement, AG fiévreuses et enfumées. Comme… il y a cinquante ans. Mais on ne va pas idéaliser le passé…

Votre cousin de Benfica, un critique musical rock qui interviewa John Lennon et David Bowie, dit : « Je ne mets pas les pieds dans le centre, l’été. Ce n’est plus possible ! ». Bon… mais on va pas cristalliser de trop.

Madonna, dernière conquête en date de cette coqueluche pour la ville, cherchait toujours aux dernières nouvelles sa maison idéale. Elle la trouvera. Et vous, où s’en va votre Lisbonne idéal ?

Il s’en va et revient, ils adore toujours ce que le soleil du souvenir dore et ce que la nouveauté adore.

Le charme agit plus que jamais

Entre beaux quartiers, gens si gentils, boutiques anciennes (parfois décaties avec grâce, parfois en disgrâce) et nouveau visage. Celui des quais refaits par exemple, le long du Tage, d’Alcantara jusqu’à Belèm…

Il suffit de quelque pas de côté, dans les innombrables ruelles de collines comme Alfama, pour retrouver le calme chaud, les odeurs de sardines grillées plutôt que celles des « MacCrado » et autres fast food de la pensée.

Le musée de la mode et du design, rua Augusta, à deux pas de la Place du Commerce, devait une partie de son charme à sa situation dans une ancienne banque aux comptoirs d’un cossu vieillot en marbre de l’Alentejo. On a jugé bon de tout casser pour mieux muter, s’adapter à la demnde du moment. il rouvrira en 2018.

Le Musée de l’Azulejo (ces carreaux de faïence si lusitaniens, de l’arabe azul : bleu) est lui toujours dans le vieux couvent de Madredeus. Dans le quartier populaire excentré, un peu craspette, de Beato. J’y vais à pied.

Si Lisboa n’est pas un chromo passéiste, elle m’est un ciel mémoriel (à la façon d’un Modiano, l’écrivain, mais sans son oeuvre). juste quelques gloses, images mouvments…

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Résonne encore la chaleur de la voix du chanteur José Afonso lié à la Révolution des œillets. Votre mère le connût, on alla chez lui, il vînt chez elle, à Paris.

Reviennent de vieux ou récents fil(m)s dont le personnage principal est la ville. Comme « Dans la ville blanche » ,du cinéaste suisse Alain Tanner. Une scène fut tournée dans une ruelle de l’ex quartier rouge, une brochette de bars copiés-collés a pris le relais, à côté d’un pont grimpant sec.

Nous sommes juste derrière la gare de Cais do Sodre aux décorations fleurant bon les années quarante dictatoriales. Superbement réhabilitée, la gare, jeux d’ombres et de lumières dans le hall. Au-dessus d’une de ces stations de métro aux proportions monumentales construites pour l’Expo Lisbonne 98.

On y prend le petit train de la ligne de Cascais. Les gamins ne s’accrochent plus entre les wagons depuis longtemps.

On descend rituellement à Sao Pedro de Estoril pour marcher jusqu’à Cascais le long de la mer fouettant les rochers entre les plages comme les souvenirs sous un crâne. Ou l’inverse.

On s’arrêterait une autre fois à la gare de Belém, sans forcément passer par la case de la Pastelaria éponyme. Fabrica propria (fabrique sur place) un peu industrieuse, à côté du monastère de Belèm.

On irait au Musée de la Fondation Oriente, remémorant le colonial passé asiatique du pays, raffinement des porcelaines et miniatures d’ivoire dans un bâtiment très trente.

Ou au récent Maat (Musée de l’art, de l’architecture et de la technologie). Son toit terrasse ondule comme un boa dunaire. Plein de gens y marchent.

On voit ce toit onduler du train, émerveillé par ce énième changement dans le paysage périurbain.

Lisbonne m’est un miroir sans tain

Tourné vers l’avenir du passé – l’envie d’en sourire et d’avancer – d’un Portugal entreprenant, résilient, à l’enthousiasme légèrement effervescent. Teinté si l’on veut de cette fameuse variation autochtone sur la nostalgie : la saudade.

Brassons sans scrupules quelques clichés

Autour d’un verre de vin vert (vinho verde) dans quelque joli cadre crépusculaire. Sous le pont métallique rouge du 25 avril (copie du Golden Gate de San Francisco) ponctué par les vibrations des voitures et trains y passant.

Ou sur un bac (comme du temps de vos grands-parents) traversant le Tage vers Cacilhas, Trafaria ou Caparica, l’autre littoral lisboète. 35 plages, desservies par un petit train, celles des naturistes vers la fin. Votre mère appréciait leur liberté de ton (et de teinte).

Laissons tout cela reposer

avec l’art consommé de la mémoire. Et deux scènes de street art honorant le capitaine Maia, l’un des deux militaires héros de la révolution pacifique de 1974.*

Ces deux scènes montrent… Maia jeune, au moment des faits.

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Puis âgé, ici avec sa femme, dans la cité d’Ajuda, près du Palais national, où il habita jusqu’à sa fin. Discuté avec des habitants près d’un camion à nourriture de rue. Pas forcément besoin de dire #stretfood. Comida de rua.

Le texte en légende carré noir pour paquet de clopes met en garde sur les problèmes de logement, présents ici comme ailleurs.

* « Capitaines d’Avril », un film de l’amie Maria de Medeiros, a bien retracé cette saga révolue, ici comme ailleurs.

Maintenant, l’époque ferait plutôt place aux contre-utopies. Le format du flux principal serait au respect de la norme et de la punition. Au besoin de se conformer et sintégrer dans un monde désintégré. Sans faire de vagues.

Le retour de la censure, le consensus. Mis à part quelques groupuscules à banderoles come mes occupants de Lisbonne ou ceux de Barcelone. Restent quelque esprits transgressifs à poil et à crin. Sympathiques zadistes de derrière les fagots et brulots. Microcosmiques.

Qui se conforment très bien aussi, la plupart du temps, à leur façon, dans le grand vestiaire social. Mais faudrait voir à pas généraliser, mon bon monsieur…

Allez, un petit cycle de cinquante ans (2018-68) puis un autre ? Qui les vivra verra…

Le monde devient une marque, qu’on décline sans fin.

Le monde n’est pas une marque de plus

The world is not a brand

O mundo não é mais uma marca

Le monde n’est pas un centre commercial

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#Parallelespotentiels #Lisbonne #christopheriedel #Portugal

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Tenez, la revoilà, la femme inconnue. Dans la lumière encore... Le pavé dans la mémoire n'est plus hors champ.

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#balancetonsouvenir

O mundo não é mais uma marca ! Le monde n'est pas une marque de plus pour centre commercial de la pensée...


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