Poé-ski sans bâtons à Flaine, la station « brute de décoffrage » Bauhaus

La légende de Flaine parle d’un géant exténué de franchir monts et vallées. Il serait venu se reposer, nichant sa tête au creux de ce vallon que les anciennes cartes dénomment «Flainoz» : oreiller en patois savoyard. Finalement, rien n’a changé !

Aujourd’hui, j ai enfin fait de mon art de skier une danse. En glissant sur deux noires et une rouge, les bien nommées Méphisto et Faust, ainsi nommées par Marcel Breuer et son équipe, qui ont aussi donné à de nombreuses pistes et immeubles de la station de Flaine le nom de constellations d’étoiles.

J ai compris que les bâtons ne me servaient a rien. Les bâtons ne servent jamais à rien. Il faut onduler sans, ressentir la pente en s’équilibrant avec jambes et mains. Les bâtons sont des marqueurs humains de bipède assez beta, somme toute. Je me suis mis au ski sans bâtons à Flaine, la station brute de décoffrage Bauhaus

Il faut retrouver l’animalité en descente glissante : juste être son corps sentant la pente. Juste être la pente descendant en soi. On pourrait presque fermer les yeux par séquences, ne les rouvrir qu’en cas d’instinct réagissant, pour mieux faire cela. Grâce à l’expérience du ski, cela n’est presque plus une utopie.

Je glisse plus vite que la plupart des jeunes chasseurs alpins m’entourant par hasard. Je ne skie plus, je danse, conforté par mon expérience des pistes. Sans bâtons, en tournant avec mes membres Mon corps s’inscrit dans le grand corps urbain, selon une partition chorégraphie dont les costumes auraient pu être créés par Oskar Schlemmer, le plus grand scénographe de l’esprit créatif du Bauhaus.

Le Totem hôtel était ton totem de nuit

De la tempête tu serais l’emblème

Avec encore du Mékong laotien de décembre et début janvier plein la tête

Flaine, la station en béton de Marcel Breuer prend dans ta tête le relais du dixième fleuve du monde, le Mékong, qui te permit sur lui de naviguer

Le lendemain, quand le Diamant Noir, la plus inspirante des noires, a rouvert après un paquet de neige et d’avalanches déclenchées (aux boums spectaculaires qui retentissaient dans la fin de nuit douillette de ma chambre du Terminal Neige Totem, béton brut de décoffrage et mobilier superbement rétro), j’ai ondulé sur la pente raide.

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Skies tel que tu penses devoir être :

Sans bâtons. Sois-y toi !

J’ai ondulé de haute en bas à corps joie

Deux fois j’ai ondulé dans le creuset central de la piste délicieusement abrupte.

Puis, revenu, j’ai opté pour le continent blanc du hors pistes. J’ai pris à droite en haut du télésiège me débarquant.

Mon corps était la pente

je ne faisais aucune erreur en la dévalant suavement

En multipliant les petits virages experts

Dans le merveilleux silence crissant

En sentant chaque bosse

chaque détail sous mon corps

en vibrant de freinage et d’accélération.

J’étais un elfe dansant

J’étais chaque mètre de la pente ressentie

Il m’a fallu 53 ans pour descendre une belle noire avec les hanches, les épaules, les bras, les poignets, comme seuls marqueurs de direction. Plus besoin de plantés de bâton virils dans la neige. Stupide, en tout cas dispensables, les bâtons.

Comme pour cette mode de la marche nordique : il suffit d’agiter les bras pour scander, si l’on tient à du mouvement en haut du corps. Alors que la marche n’en a aucun besoin. Il s’agit juste… de marcher !

Mais le planté de bâton appuie, souligne le contact avec la terre-mère, peut-être. Cela fait du bien à la plupart des adeptes, dirait-on.

Mon niveau (ou plutôt ma vélocité, vitesse, certainement pas le niveau, ajouta ma fille Lou), égalait ou dépassait celui d’un troupeau de chasseurs alpins à blouson blanc et pantalon treillis kaki. Un troupeau « divisé en deux groupes très inégaux », commente l’un de leurs deux meneurs. Je skiais au moins aussi vite qu’eux, mieux que la vanité de celui qui dit cela.

Grâce à mon enfance dans les 70’…

Qui m’envoya sur les planches à spatules pour la première fois vers 10 ans, grâce aux colonies de vacances des Fauvettes, grâce à ma maman enseignante qui se saignait pour pouvoir m’y envoyer. Apprentissage qui m’apprit à skier tôt, de sorte que cela s’imprégna une fois pour toutes, comme on fait du vélo.

A  Flaine, avec 4m 20 en haut des pistes en cette fin janvier, j ai dansé en yogi mobile, ponctuant sans bâtons mes tournants de mouvements de mains, de hanches et d’épaules.

De déroulés de mon être en fusion pure avec la pente

Ah, si j avais si bien dansé ma vie, je n’en serais pas là ! En fait, si. J’en serais là.

Je suis la pente naturelle, je me fonds dans le drôle de paysage urbain de la station en redescendant vers Flaine Forum, vers l’immeuble Bételgeuse (1968), l’hôtel Gradins Gris, incorporé à l’hôtel le Totem.

Avec mes bras, je décris ensuite les angles insolites de la Chapelle oecuménique (sans signes extérieurs de religion afin de pouvoir accueillir toutes les monothéiques) classée aux Monuments historiques.

Je me confonds vers 1968 en 2018. Je glisse, en moi comme en dehors, le long de la pente intérieure de cinquante ans écoulés. Le temps coule en moi comme moi sur lui. La descente-remontée temporelle est rapide…

J’épouse chaque courbe de la pente et chaque angle du bâti de béton de l’équipe des constructeurs s’imprègne dans ma rétine.

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Le soir, je visite et tâte les six cheminées de béton de Marcel Breuer dans la station. Des pièces uniques, superbes, dont j’aspire la chaleur. Puis les tisons refroidissants, en seconde partie de soirée, dans celle du salon de l’hôtel Totem.

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Petit carnet d’adresses

A côté de l’hôtel Terminal Neige, sous la galerie marchande si rétro, le bistrot Sweet Smoke : petits plats délicats, ambiance cosy et très urbaine, finalement. Librairie et souvenirs pas mal du tout à côté des tables

Diner au Friendly Kitchen, le restaurant au RDC du Terminal Neige Totem, une grande salle meublée 50′, 60′ (et 70′ aux entournures, avec un hommage street art aux artistes de la station à chaque étage des escaliers… Et des citations du fameux film Les Bronzés font du ski aux toilettes du resto !). Unique, ce cadre. Formule buffet du soir, assez bonne, 35 euros. Service très sympa, cadre si vintage, près de la cheminée de Marcel… 

Le spa de l’hotel Totem est bien aussi, pour cuire à l’étuvée dans le hamam, puis dans le bassin extérieur chaud donnant sur la montagne.  Wild air, air pur ! Respire, oublie ce monde (et ton égoïsme ?) en flottant les yeux dans la montagne !

Détente à L’Espace Aquatique de la station (après le ski sur le Domaine du Grand Massif réservant quelques jolies surprises aux skieurs confirmés comme novices) : un beau bassin, hamam et saunas sentant bon l’huile essentielle… d’eucalyptus ou de sapin. Jacuzzi un peu serré : on y est à 8 en heure de pointe !

Diner au Restaurant Le Michet, au pied des pistes, dans un beau chalet boisé haut de plafond, deux ou trois plats originaux, service attentionné. En fait, c’est une vraie bergerie vieille d’un siècle mais on pourrait y mettre quelques girafes (qu’on appelait des caméopards avant 1600, d’ailleurs).

Et on peut découvrir les joies du pilotage et de la glisse sur Ice Quad Buggy sur un circuit glace de 700 mètres unique en France. Piste éclairée pour s’amuser le soir aussi. Couvrez-vous bien, c’est dans la cuvette en bas de la station qui concentre le froid, évidemment ! 

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Je suis une bulle, mille bulles (ou flocons)

Se disséminant aux quatre vents. Dans chacune de ces bulles, un mot écrit, une phrase, des milliers de phrases (un livre) écrites durant la veille, en lisière de tous les sommeils, au bord de tous les vivants.

Autant de bulles contiennent les mots non dits. Des non mots, des pensées non restituées, les embryons des textes qui furent, comme ceux qui ne furent que des furets dans la forêt des mots.

Balade en raquette au sommet des Grandes Platières

Aucun des mots que les rêves (et les réunions) ont formulés. Les introductions qui ne débouchèrent sur rien. Plutôt que l’habituel trop plein de tout, les digressions abandonnées (par aquoibonisme ou passage au moment d’après, à autre chose, dans le zapping permanent).

Toutes les bulles non procrastinées. Contenant de vrais morceaux de phrases et d’abouti.

Ces bulles éclatent d’égale façon dans quelque ciel. Les bulles de toutes les pensées et consciences. Les œuvres abouties. Les bulles plutôt que rien.

Pourquoi y a t’il les bulles plutôt que rien ?

Parce que la bibliothèque des bulles les archive toutes, en haut de la piste du Diamant Noir, à Flaine ?

 

Le site de Flaine a été découvert en 1959

par le géophysicien Éric Boissonnas et l’architecte suisse Gérard Chervaz, qui ont ensuite fait le pari de créer « un exemple d’urbanisme, d’architecture contemporaine et de design, pour lequel la rentabilité immédiate serait subordonnée aux choix esthétiques et au respect de l’environnement. » Vaste programme…
L’architecte… Marcel Breuer            Marcel Breuer - architecte de Flaine

Pour la conception, Éric et Sylvie Boissonnas se sont entourés du maître du Bauhaus Marcel Breuer, connu pour plusieurs réalisations : le Palais de l’Unesco à Paris, le Whitney Museum à New-York…
Flaine est aujourd’hui la seule station de sports d’hiver des années 1960 classée à l’inventaire des monuments historiques.

Dès sa conception, Éric Boissonnas et Marcel Breuer ont eu pour règle d’or le respect de la nature. Ils ont pris soin de ne pas perturber le site naturel et d’intégrer la station à la montagne qui l’accueille.
Fonctionnalité et intégration. Ainsi, le plan de masse épouse les lignes du relief environnant, et les différents balcons qui constituent la station ne sont pas visibles depuis les autres. »

Mais la station semble massive pour l’oeil non averti, habitué au style chalet, au plaqué bois des immeubles… C’est son charme particulier.

 

« L’architecture de Flaine est un exemple d’application du principe d’ombre et de lumière que j’ai adopté. Les façades des bâtiments sont taillées comme des pointes de diamant. Les rayons de soleil frappent leurs facettes sous des angles différents ; des éclairages contrastés résultent de leur réflexion. » Marcel Breuer

L’Hôtel « Le Flaine », emblème de Flaine avec sa terrasse solarium surplombant une falaise

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et l’immeuble « Bételgeuse », premiers bâtiments inaugurés en 1969, ont été classés à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1991.

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La chapelle oecuménique est classée au titre des Monuments Historiques depuis décembre 2014.

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Le Flaine historique de Marcel Breuer a reçu le label «Patrimoine Architectural du XXème siècle», décerné par le Ministère de la Culture en 2008.

 

Tête de Femme de Picasso- Flaine
Sculpture Tête de femme de Picasso

 

Un musée à ciel ouvert
Flaine propose un parcours d’art et d’architecture exceptionnel, que lui ont légué ses créateurs Éric et Sylvie Boissonnas. La station propose un parc de sculptures monumentales dont les principales sont « Le Boqueteau » de Jean Dubuffet, « La Tête de Femme » de Pablo Picasso et « Les Trois Hexagones  » de Victor Vasarely. L’Auditorium abrite une fontaine de glace Pol Bury.

Le Centre d’Art
Dès les premières années de la station, Sylvie Boissonnas va créer le « Centre d’Art de Flaine » et proposer des expositions d’art contemporain. Aujourd’hui, cet espace comprend :
– Un espace d’exposition présentant des artistes contemporains.
– Une bibliothèque bien fournie, un point vidéo avec projection de films à la demande sur l’histoire de Flaine, ses œuvres d’art, des rencontres avec des artistes…
Ouvert du dimanche au vendredi, de 16h à 19h

La visite guidée de la station
Le Centre d’Art de Flaine se propose de vous faire découvrir Flaine telle que vous ne l’avez peut-être jamais vue. Une balade pour dévoiler l’histoire de la station et de ses créateurs, Éric et Sylvie Boissonnas ; comprendre et apprécier l’architecture de Marcel Breuer ; aller à la rencontre des œuvres d’art moderne signées Picasso, Dubuffet, Vasarely ou Bury. Visite hebdomadaire gratuite le mardi à 14 h (sous réserve), inscription préalable et rendez-vous au Centre d’Art.

www.flaine.com

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Le bonus qui n’a rien à voir : un souvenir de la même semaine

=============== Bonus perso de chez perso ===================================

 

Ta mère, te voyant arriver (le dimanche d’avant ce départ)

Te dit :  tu me rappelles mon fils, tu as sa fine silhouette

En te précisant son âge

Elle t’appelle Moïse

Elle dit que tu es Moïse, un ami de Jean, qui est passé ce matin

Jean, son compagnon d’infortune, te dit,

consulté pour la vraisemblance de ce détail,

Qu’y a pas de Moïse

Que Moïse n’existe pas

Seul indice : ce matin-là, votre maman a entendu la messe à la télé (elle n’est pas pratiquante pour autant).

Mais Moïse, celui-là, ne le sait pas !

Une quarantaine de minutes de retard du TGV a l8h39 à l’arrivée a Bellegarde

Des cascades d’eau sous un tunnel précédant la gare

Le train est au ralenti, ruisselant

Deux managers causent coeur de business à la voiture bar 

« Quoi, tu comprends, dans les grands groupes, aucun manager ne veut prendre de décisions. Ils ne décident plus rien. Ils laissent faire leurs équipes, et quand il y a un clash avec l’un d’eux, disent : mais qui t’a demandé de faire ça ? Tu as pris un trop gros risque. »

 Bellegarde, prends garde à toi !

Il cessait enfin de pleuvoir en un 24 janvier après les bourrasques parisiennes de dix-jours d’affilée. La douche par la gouttière juste devant ta porte de chez toi. Le TGV vers les Alpes pour y échapper.

Au moins tu iras t’ébrouer encore comme un jeune vieux chien fou dans la neige. Que j’espère drue et incessante (durant la nuit, de préférence)

Le bleu de carte postale sera le lendemain au rendez-vous…

À mon retour de Flaine, station de béton volé au vent, qui est aussi l’un des 12 berceaux alpins du base Jump français, un train LGV franco suisse (Lyria) vole sur une image photoshopée sur un lit de nuages avec ce commentaire

« Lyria : pour ceux qui ne renoncent à rien. »  Message mégalo pour campagne de comm’…

Il m a fallu 53 ans pour ne renoncer à rien, sinon a une partie de moi-même. 53 ans pour réapprendre à (m’)aimer, tout en me détestant parfois. Comme nous tous.

 

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