Visages du Cambodge

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novembre 9, 2017 par Parallèles Potentiels

D’un côté, un pays jeune, de l’autre, la splendeur millénaire des temples d’Angkor Vat à Siem Reap où les puissantes racines géantes de ficus aux troncs multiples repoussent les murs et le temps. Quasiment autant de trésors architecturaux (sculptures et bas reliefs) restitués par 3 pays (dont la France, présente jusqu’en 1953) sont visibles au Musée National de la capitale, Phnom Penh.

Il y a la mémoire post-traumatique des horreurs du régime génocidaire des Khmers rouges, qui décima une génération entière de 1975 à 1979. Mais 40 % des 15 millions d’habitants ont entre 15 et 25 ans.

Le Royaume du Cambodge est donc par la force des choses un pays jeune, renaissant, oublieux – oui et non – vraiment ouvert au tourisme depuis 2004. Même si l’on pouvait  y aller dès le début des années quatre-vingt-dix, par intermittence entretemps : quelques privilégiés du passé, au sens routard du terme, se promenèrent ainsi au sein de temples déserts…

On trouve encore des adresses de bouche à oreille, hors circuit, comme celle ci, près de Kampot, pas bien loin de Kep. Je m’y suis baigné le soir avec les lucioles, ce que je n’avais jamais fait depuis l’Amazonie. Une légère odeur de tout-à-l’égout venait perturber le paradis campagnard… Mais l’eau semblait propre. On était en terre Cham…

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La toile de fond sociétale ?

Les mythes et les survivances angkoriennes de la culture Khmer, qui se diluent dans une forme de Bouddhisme (dit du Petit Véhicule) où le présent compte plus que le passé. Gênant pour la transmission de la culture dans une Asie en transformation accélérée. Mais bon, cela , comme partout ! Et leurs enfants sont moins accros que nous et les nôtres aux portables et au web… quand ils n’en n’ont pas !

Et surtout les Khmers de tout âge sont adorables, adorent qu’on vienne les voir, qu’on s’arrête pour les regarder.

Comme une vache normande (regardant passer les trains humains) que je suis. Se plantant pour cela en quelque angle mort, à un petit carrefour ou un énorme… pour regarder passer les trains humains, les vélos, les brochettes familiales se partageant un scooter (jusqu’à 4 personnes, le plus petit devant).  Ils roulent lentement…

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L’on vous sourie dans la moindre ruelle de la capitale où je m’enfonce sans fin, faisant semblant de me perdre, craignant parfois de le faire vraiment…

De nombreuses ONG (entre autres françaises) tentent de compenser une forte augmentation des inégalités de revenus et de patrimoine dans tout le pays. Certaines ONG ont leur restaurant : c’est un levier de soutien, dont on ne dit pas que du bien.

On dit aussi que certaines ONG sont fantoches… Que l’argent de l’ONU est mal utilisé, que la corruption est générale, jusqu’aux demi-soeurs du roi, des mondaines qu’on voit le soir dans les boîtes chic à la mode. La même chose que partout… en particulier dans les oligarchies.

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3000 ONG et un sourire d’enfant

Le pays compte près de 3000 ONG et associations locales dont 300 internationales. Le Cambodge est le pays d’Asie où leur concentration est la plus forte et où les volontaires Français sont les plus nombreux. Les provinces de Phnom Penh, Siem Reap (où certaines sont au service la Conservation du site d’Angkor) et Battambang sont les plus couvertes par les ONG françaises : 45 (soit 70%) sont actives dans au moins l’une de ces trois provinces. Des organismes tentent de donner de l’espoir aux jeunes cambodgiens orphelins ou mutilés via une formation professionnelle : le travail des Artisans d’Angkor dans leurs ateliers à Siem Reap est jugé remarquable.

A Phnom Penh, « Pour un sourire d’enfant » prend en charge près de 7 000 enfants par jour depuis sa création en 1995. 28 métiers sont enseignés par 450 personnes (professeurs, médecins, assistants sociaux, formateurs) dans ses centres d’enseignement. PSE, qui a aidé des dizaines de milliers d’enfants à acquérir un métier, forme entre autres à la restauration.

Sous la direction pédagogique du chef français Alain Darc, leur restaurant, « Lotus Blanc », permet aux jeunes de l’Ecole Hôtelière de s’entraîner. Ils travailleront ensuite « dans les meilleurs établissements du pays ».

 

KAPM : des musiciens reconstruits par leur art

La période des khmers rouges a laissé un nombre très important de mutilés à insérer dans la société. Près des temples d’Angkor Vat et Angkor Thom, près du lac Tonlé Sap (le plus grand du pays), là où les touristes prennent le bateau, la fine et lente musique de leurs instruments à cordes et à vent vous enveloppe. Ces musiciens victimes d’explosions de mine autour de la commune de Sior-Kram se sont regroupés en 2007 au sein de l’association KATM (Musique Traditionnelle Khmer). Objectif : améliorer la vie de leur communauté avec des actions au service des plus démunis et de l’alphabétisation. Passer un moment avec eux à la nuit tombant, entre souffle musical et chant, est très inspirant.

www.youtube.com/watch?v=WijmPEr56OI

 

 

Un produit : le poivre de Kampot et son IGP

Depuis le 13ème siècle, le poivre (famille des pipéracées, venu de Malabar, en Inde) poussait dans la région de Kampot. Abandonnée pendant la guerre civile des années 70, sa culture renait dans les années 2000 avec le retour sur leurs terres des familles de planteurs de poivre. Consommé vert, rouge ou blanc selon le degré de maturation, il se distingue par des parfums uniques, un piquant relativement doux, des arômes fruités et complexes appréciés par les grands Chefs de cuisine. En 2010, le poivre de Kampot obtient son IGP (indication géographique protégée) par le Ministère du Commerce et l’Agence Française du Développement. On le cultive selon les méthodes traditionnelles ancestrales et un cahier normatif strict.

 

Ces nouveaux débouchés commerciaux ont permis aux familles d’étendre leurs plantations. En 2016, la production était de 70 tonnes, elle devrait atteindre les 100 en 2017. Nathalie et Guy Porré sont les propriétaires de « La Plantation », qui compte 20 000 pieds de poivre plantés (sur 20 hectares) certifiés bio et commerce équitable. Nathalie : « En plus de notre mission sociale auprès des familles de fermiers, nous nous occupons d’une centaine d’élèves. Ils bénéficient d’équipement scolaire, de vélos, d’une nouvelle route d’accès à leur école. Nous reboisons nos collines. Et pour préserver l’architecture traditionnelle khmère, nous avons acheté des maisons poir les remonter dans notre propriété. ». 25 000 touristes y viendront en 2017.

Le site de « La Plantation » : http://kampotpepper.com/?lang=fr

 

En savoir plus

Capitale : Phnom Penh (1,5 millions d’habitants)

Villes principales : Sihanoukville (200 000), Battambang (180 000), Siem Reap (180 000 habitants)

Monnaie : Riel (KHR) et dollar (économie fortement dollarisée).

Fête nationale : 9 novembre (anniversaire de l’indépendance en 1953).

2 liens

http://ecolekhmereparis.fr

Ecouter des musiques khmères

Combien de francophones ?

Environ 2,7 % de la population. Le programme des classes bilingues accueille 4200 élèves dans 7 provinces (à travers 8 établissements primaires et 11 établissements secondaires). Les familles doivent les financer à hauteur de 15 ou 20 dollars par an. De leur côté, quelque 75 professeurs enseignent au Centre Culturel Français et ses deux annexes à Siem Reap et Battambang.

 

 

4 réflexions sur “Visages du Cambodge

  1. Christine L dit :

    Quand j’étais au Cambodge la deuxième fois en 1993, il y avait de grandes grèves des étudiants, ils réclamaient des cours en anglais et non en français et disaient que le français ne leur servirait à rien pour trouver du travail.

  2. Christine L dit :

    En fait on a toujours pu aller au Cambodge depuis le départ des Vietnamiens. C’était un peu compliqué à l’époque de l’URSS, il fallait être encadré, comme tout tourisme dans ce genre de pays, mais après, à la chute de l’URSS,
    On pouvait y aller sans problème, et cela d’autant plus que l’UNTAC était présente. En 1993 il y avait une équipe polonaise restaurant les temples d’Angkor. Mais réellement déjà beaucoup de touristes, je me souviens avoir alors déjà regretté les temples déserts de 1990… Je n’ose imaginer maintenant.

  3. Christine L dit :

    Et votre humble lectrice a eu à plusieurs reprises l’occasion de déplorer les coquilles qui défigurent un texte aussi soigneusement rédigé et documenté. Peut-être pourriez-vous lui fournir un espace de relecture, où elle vous signalerait discrètement les erreurs à réparer?

  4. En fait on a toujours pu aller au Cambodge depuis le départ des Vietnamiens. C’était un peu compliqué à l’époque de l’URSS, il fallait être encadré, comme tout tourisme dans ce genre de pays, mais après, à la chute de l’URSS, on pouvait y aller sans problème, et cela d’autant plus que l’UNTAC était présente. En 1993 il y avait une équipe polonaise restaurant les temples d’Angkor. Mais réellement déjà beaucoup de touristes, je me souviens avoir alors déjà regretté les temples déserts de 1990… Je n’ose imaginer maintenant.

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