Dans le combat entre toi et le monde…

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octobre 15, 2017 par Parallèles Potentiels

Franz a dit… « Dans le combat entre toi et le monde, seconde le monde. »

La tâche est ardue, la plupart du temps.  On s’y met avec Bas Van Ader, artiste de radeau final et la saga du Kon-Tiki. En ébauche de mon futur texte sur les sorts les plus cons – voici l’indispensable liste des personnalités disparues lors d’accidents de transports depuis 1909.

« Dans le combat entre toi et le monde, seconde le monde. » a dit père Kafka. Tâche ardue. Entre autres si l’on songe qu’un « jus de fruits rouges bio » portant haut l’étendard des espoirs de réenchantement du monde. Pourtant estampillé haut de gamme, le monde comme le jus, en termes de promesse marketing en tout cas, contient en fait 85% de pommes. Y a comme de l’abus entre moi et le monde.

Bien sûr, il existe des injustices plus criardes que les purs jus de fruits rouges qui ne le sont pas.

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Le truc est que c’est moins cher, la pomme…

Donc à l’arrivée, on a 7% de fruits rouges seulement dans ce jus haut-de gagamme. Et encore, en forçant le trait, à la façon d’un éditorialiste de quotidien, sur la purée de fraise ratatinée et le doigt de gousse de vanille épuisée.

Et aussi pour faire passer les crèmes dessert au lait de vache. Dont chacun sait qu’il n’est bon que pour l’imagerie enchanteresse de la naissance de la bonne vache d’antan.

« Dans le combat entre toi et le monde, seconde le monde. »

Et crache-lui dessus sitôt qu’il a le dos tourné : il le mérite au centuple, lui ses économies d’échelle incessantes, ses riches incessant de s’enrichir tandis que je m’agite à la souris du bout des doigts (en)gourdis par l’hiver.
Seconder le monde ?

Dans la revue XXI, « Ennemi intérieur » est une suite de récits dont l’un décrit des destins professionnels duels – de grands écarts idéologiques. Des gens écartelés comme Lucile Hébert, qui fait dans l’optimisation fiscale tout en étant proche de la LCR. Il s’agit donc pour elle de spolier l’Etat et « de bloquer son cerveau afin de ne pas réfléchir aux conséquences de vos actes. »

L’adversaire d’un autre est la finance et il défend les banques. Elle rêve d’une société plus juste et encourage l’évasion fiscale. De plus en plus de femmes et d’hommes sont écartelés entre leur métier et leurs idées… Mais les fiscalistes et traders adorent aussi s’amuser en faisant bien leur travail, un sens du jeu performatif prévalant  sur toute morale .

C’est qu’il faut pour seconder le monde être bon à la manœuvre. Il y a grand intérêt à le seconder, dit-on. Tant de gens s’y perdent en pensant y gagner. Moi, j’y perds en pensant me regagner.

Une amie souligne judicieusement que Kafka est ici déformé dans sa pensée originelle d’homme cloué à un bureau professionnel qui fantasmait sa double vie.

Je dirais plutôt que Franz se trouve ainsi étendu, et je citerai à l’appui le blog Parole des Jours de Stéphane Zag‘danski, lointain ami d’une bande de genèse (des ex de Sciences Po)…

« De l’extérieur, on triomphera toujours du monde en le creusant au moyen de théories qui, aussitôt, nous ferons tomber avec elles dans la fosse. Ce n’est que de l’intérieur que l’on peut se maintenir et maintenir le monde dans le silence et la vérité. » Franz Kafka, Journal

« Roberto Calasso, écrit Zag’danski, a eu l’idée originale et intéressante de republier, sous le titre Les Aphorismes de Zürau 1 , les célèbres Méditations sur le péché, la souffrance, l’espoir et le vrai chemin de Kafka. Il est vrai que ce beau titre n’est pas de Kafka mais de Max Brod, lorsqu’il les intégra dans le recueil Préparatifs de noce à la campagne paru à Francfort en 1953. Conformément à un arrangement de Kafka – qui recopia sur 103 feuillets à part ces fragments tirés de ses cahiers où ils s’éparpillaient parmi d’autres notes intimes –, le parti-pris de Calasso consiste à les reproduire isolés chacun sur une page, « sous la forme dans laquelle Kafka les avait disposés, comme autant d’éclats de météores tombés dans des lieux désertiques ».

Cette petite centaine de méditations prodigieuses est suivie d’une stimulante étude de Calasso : « La splendeur voilée », où, sous prétexte d’émanciper Kafka de la « touche kitsch » de Brod, Calasso brode non moins que Max sur la notion kafkaïenne d’« indestructible », qu’il rattache à la notion d’ « impérissable » (aksara) dans la littérature védique et au polythéisme grec – sujets de prédilection de l’auteur de La ruine de Kash.

Et bien sûr, si cette lecture se justifie par son intelligence et sa minutie renseignée, elle extirpe Kafka hors de sa spirale intime, ce qu’il appelle « son cercle » dans l’aphorisme 94, cercle dont le hassidisme et, à la rentrée 2010 : Les aphorismes de Zürau, édition de Roberto Calasso, traduit de l’allemand par Hélène Thiérard, Gallimard. Ainsi que le taoïsme sont les spires les plus patentes.

Le « vrai chemin » kafkaïen est d’ailleurs bien une transposition de la « Voie » du Tao. http://parolesdesjours.free.fr/kafkakabbale.pdf

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Au lieu de cela

au lieu du Tao, en guise de Tao,

j’embrasse le ciel du bout des yeux en courant

j’embrasse les nuages du bout des sourcils (oublieux de tout, des aspects techniquement difficiles)

J’embrasse la lune du bout d’un cil (en une furtive caresse) en regardant les feuilles tomber dans la lumière revenue

Après l’averse 967 864.

En ne pensant pas aux 59 morts de la fusillade de Las Vegas la veille, entendus au petit-déjeuner tandis que j’épluche les fruits ajoutés à mes céréales aux fruits rouges déshydratés.

Soupoudrés de force germe de blé pour reconstituer mon stock de mémoire et faire des réserves de magnésium me donnant une idée de la puissance qu’il y à exister. Une fortitude dans le germe de blé : on aura tout entendu.

J’embrasse ce que je vois d’un ciel pur un chouilla floconneux. En évacuant l’information soigneusement – comme l’on se coupe les ongles avec soin – des deux jeunes filles poignardées sur les marches de la gare de Marseille- St Charles, l’avant-veille.

Je me contente d’embrasser le ciel du bout des yeux – en courant – puisqu’il m’est donné de le faire. Je l’embrasse du bout des lèvres et ce baiser microcosmique résonne en moi comme le vent sur mes semelles de grenouille tandis que mes jambes battent en métronome sans que j’ai à y penser.

En une sorte d’effet hypnotique propre au mouvement/paysage déroulant, j’oublie tout dans ce mouvement machinal qui m’emporte dans mes deux tours quotidiens des Buttes-Chaumont. Mes valses viennoises de peu…

Dans cette vie-ci, je suis né grenouille aux guibolles en tige, dans une autre un physique de buffle du Berry ou d’Arkansas à gros doigts, du Yunnan ou d’Ouganda à paume rugueuse, caractérisera celui qui ne sera plus tout à fait moi. Mais que je sais être moi aussi. Tant il est vrai qu’on recèle tous un sacré potentiel d’ADN plurivalent.

Et des tas de choses me traversent et me jouent dont je n’ai plus conscience quand j’explore pour la énième fois la même ruelle de Lisboa ou de Marseille (par exemple celle où j’ai découvert le petit musée dédié au fadisto : la Casa Mauricio Fernando, touchante galerie de souvenirs, avec toutes ses pochettes de disques depuis 1962. Qu’on peut voir et surtout écouter au casque, quelques heures de pur bonheur fadiste sur cette petite place perdue dans la Mouraria.

A quelques pas du Largo Sao Cristovao de la Mouraria (et du petit resto Zé da Mouraria qui marche du tonnerre où une bande d’amis faisait une fête un samedi) dont j’ai discuté ensuite avec un installateur : il est né là, précisément. Maintenant, il vit sur le Ribatejo, qui est l’opposé de l’Alen Tejo. Cela veut dire…

Avant le Tage/ Après le Tage

Avant qu’on fasse du monde un accès Wi-Fi aux fils sous-jacents de traçabilités sans limites. J’embrasse sans penser aux ondes le ciel en renouant sans cesse mes lacets cirés se défaisant tout le temps, enfin trois jours sur quatre. Et le quatrième jour, le premier laçage est le bon : ça ne bouge plus en bas de moi tandis que j’embrasse une fois de plus – jamais de trop – la promesse du ciel vu de la Terre.

Et celle de la Terre vue du ciel, sans Yann. Mais avec une montgolfière comme lui. Parce que c’est bon, les montgolfières.

Après le Mai Tai au rhum Chairman’s Reserve épicé des distilleries Saint Lucia (faut dire spiced rhum pour faire chic et c’est l’appellation) qui se boit comme du bonbon maquillé par un gros lit de glace pilée dans le décor post lupanar hawaïen de ce Kon-Tiki pigallien d’opérette qu’on aime tant à petite dose.

Le monde est moins cher et moi, plus ou moins chair.

La saga du Kon Tiki nous fera le plus grand bien. Je la maille avec celle de Bas Jan Ader, artiste néerlandais disparu sur son radeau, à dessein semble t’il, je n’en sais rien :

In Search of the Miraculous

1942, Winschoten, Pays-Bas – disparu en mer en 1975

Bas Jan Ader est un artiste conceptuel qui a travaillé durant une courte période à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Son œuvre est constituée principalement de photographies et de films dans lesquels il se met en scène, confrontant ironiquement la vie contemporaine à certains aspects du romantisme dont le voyage spirituel et initiatique. Il explore l’intensité émotionnelle de la quête d’un absolu, le danger, la chute, la disparition et l’échec.

Le projet In Search of the Miraculous (« À la recherche du miraculeux ») est composé de trois parties qui s’étendent de 1973 à 1975. La première est une série de dix-huit photographies prises de nuit, au cours d’errances dans les collines de Los Angeles et associées à des textes écrits à la main tels que « and I am searching ». La suite consiste en une traversée de l’Atlantique en solitaire, dans un des plus petits bateaux utilisé pour ce genre de performance.

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Au moment du départ de l’artiste de Cap Cod, un chœur entonne des chansons de marins dans son atelier à Los Angeles. Un chœur était prévu aussi pour son arrivée en Europe, mais Bas Jan Ader disparut en mer et son bateau fut retrouvé dix mois plus tard au large de l’Irlande. Son œuvre fut redécouverte dans les années 1990 et est depuis régulièrement exposée.

Ah, zut, je suis à 16 %. De vie. Non, 46, non, 6. La batterie, pas la vie.

Liste de personnalités mortes dans un accident de transport

Je crois quand même qu’Ernest Chausson y trouve le plus de grâce à mes yeux

Avion ou hélicoptère

Moto

Naufrage ou disparition en mer

Voiture

Chemin de fer

Autres

  • 1702Guillaume III, roi de Grande-Bretagne (mort probablement des suites d’une blessure après une chute de cheval)
  • 1850Robert Peel, politique et ex-premier ministre britannique (des suites d’une blessure après une chute de cheval)
  • 1899Ernest Chausson, compositeur français (accident de bicyclette)
  • 1906Pierre Curie, physicien français (écrasé par un fiacre)
  • 1916Émile Verhaeren, poète belge (il mourut accidentellement, ayant été poussé par la foule, sous les roues d’un train)
  • 1926Antoni Gaudí, architecte espagnol (renversé par un tramway)
  • 1927Isadora Duncan, danseuse américaine (morte étranglée par son écharpe qui s’est prise dans la roue de sa voiture)
  • 1944Arthur Quiller-Couch, écrivain anglais (heurté par une voiture)
  • 1980Roland Barthes, critique littéraire et sémiologue français (fauché par une camionnette d’une entreprise de blanchisserie)
  • 1989Lars-Erik Torph, pilote de rallye automobile suédois (percuté en tant que spectateur par un concurrent du Rallye de Monte-Carlo 1989)
  • 1991Michel d’Ornano, homme politique français (renversé par une camionnette de livraison à Saint-Cloud)
  • 1997Jean-Edern Hallier, écrivain français (accident de bicyclette)
  • 1997Jacqueline Delubac, actrice française (heurtée par un vélo)
  • 1998Patrice Alexsandre, acteur français (renversé par un motard)
  • 2000Louis Nucera, écrivain français (écrasé par une voiture)
  • 2000Kirsty McColl, chanteuse britannique (en plongée, heurtée par un bateau)
  • 2010Jean-Michel Baron, ex-pilote de motocross et de rallye-raid français (mort après 24 années de coma, des suites de sa chute au Rallye Paris-Dakar 1986)
  • 2012Theo Angelopoulos, cinéaste grec (renversé par un motard)
  • 2013Maria De Villota, pilote automobile espagnole (morte 15 mois après, certainement des causes de son terrible accident du 3 juillet 2012)
  • 2015Jules Bianchi, pilote automobile de Formule 1 (mort après 9 mois de coma, des suites de ses blessures au GP de Suzuka du 5 octobre 2014)

 

La saga du Kon-Tiki

 

L’Expédition du Kon-Tiki (Kon-Tiki ekspedisjonen) est le récit de l’expédition maritime que mena Thor Heyerdahlanthropologuearchéologue et navigateur norvégien, à bord du Kon-Tiki en 1947. Le livre, paru en 1948 dans sa version originale norvégienne, connaîtra un succès mondial, avec de nombreuses traductions, notamment en anglais en 1950 et en français en 1951.

Avec cinq compagnons, Thor Heyerdahl effectua la traversée entre Callao (Pérou) en Amérique du Sud et l’archipel polynésien des Tuamotu sur un radeau, le Kon-Tiki. Il s’agissait de prouver que le peuplement de la Polynésie avait pu se faire depuis ce continent.

À cette fin, l’expédition utilisa les techniques de navigation qui pouvaient être connues à l’époque de la civilisation inca : le radeau était constitué de troncs de balsa abondants dans cette région de l’Amérique du Sud ; le radeau était propulsé par une voile mais le courant de Humboldt qui porte à l’ouest vers les îles polynésiennes joua un rôle majeur.

La traversée de 8 000 km dura trois mois et demi et fut un succès ; le moment le plus dangereux fut l’arrivée à bord de cette embarcation non manœuvrable sur une île inhabitée des Tuamotu, défendue par une barrière de corail battue par les vagues.

 

Mais on ne vend plus de balsa entier au Pérou…

Seulement des planches. Le seul endroit où il est encore possible d’en obtenir est dans la jungle, inaccessible à ce moment de l’année à cause de la saison des pluies, qui doit durer encore six mois. Tous les chemins sont inondés.

Ils décident de se rendre par avion à Quito, la capitale de l’Équateur, située sur les hauteurs non loin de Quevedo, la plantation de bois de balsa. Dans la capitale, ils rencontrent un militaire informé de leur expédition qui accepte de leur prêter une jeep. Conduit par un capitaine du génie, Agurto Alexis, le groupe arrive à destination après un périlleux voyage à travers jungle, boue et pluie. Ils coupent tous les troncs de balsa qu’ils trouvent en bordure des chemins, la plantation étant inaccessible.

Après avoir rassemblé leurs troncs, ils construisent deux petites barques sur lesquelles ils entassent du bambou ainsi que des feuilles de bananiers et des lianes. Ils avaient en effet décidé de ne construire leur radeau qu’avec des matériaux dont les anciens Incas disposaient, les clous et rivets étaient donc exclus. Les deux barques rudimentaires étant reliées, ils descendent la rivière pour rejoindre Guayaquil.

À Guayaquil, l’équipe se sépare. D’un côté, Heyerdahl part à Lima pour trouver un endroit propice à la construction du radeau près du port de Callao. Les autres embarquent sur un navire avec les rondins de balsa pour rejoindre, quelques heures plus tard, l’endroit choisi par Heyerdahl. Le choix de ce dernier se porte sur les entrepôts du chantier naval. Ils y seront à l’abri des éventuels curieux et pourront construire leur radeau en toute tranquillité. Au cours de la construction, ils sont contactés par Bengt Danielsson, un Suédois, qu’ils acceptent comme sixième membre de l’expédition.

Une fois la construction achevée, les personnes qui voient l’esquif sont impressionnées par son aspect vulnérable. Le ministre de la marine en personne fait signer à Thor une décharge qui exonère la Marine péruvienne de toute responsabilité quant au devenir de l’embarcation et de ses occupants. Les experts et diplomates étrangers venus voir le bateau ne se montrent guère plus encourageants. Nombre d’entre eux leur déconseillent d’effectuer la traversée. L’ambassadeur de Norvège leur offre une Bible pour le voyage.

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Malgré les restrictions sur la taille des bagages personnels, Hesselberg emporte une guitare, et son compagnon, Watzinger, un perroquet, présent d’adieu d’un habitant de Lima. Danielsson, lui, emporte de nombreux livres scientifiques.

Le 27 avril 1947, le pavillon norvégien est hissé sur le radeau ainsi que les drapeaux des autres nations ayant soutenu matériellement l’expédition (voir photo ci-dessus). Gerd Vold, la secrétaire de l’expédition, baptise le radeau avec du lait de noix de coco.

Le voyage

Sur l’océan Pacifique

Le 28 avril, le jour suivant le baptême du Kon-Tiki, de nombreux spectateurs sont présents sur le quai. Le Guardian Rios, le remorqueur qui doit emmener le Kon-Tiki au large afin que celui-ci soit à l’abri des autres navires, arrive à quai et son équipage prend le radeau en remorque avec un solide câble. Mais Heyerdahl est seul sur le bateau, pendant que ses compagnons effectuent leurs derniers achats avant le départ. Le remorqueur démarre et prend le large, emmenant le Kon-Tiki avec lui. Après maints efforts, Heyerdahl réussit à faire comprendre à l’équipage du remorqueur qu’il est seul sur le radeau. Le remorqueur doit retourner au port pour chercher les compagnons qui attendent sur le quai. La foule est déjà partie lorsque le vrai départ a lieu.

Après une nuit et une journée de remorquage, Heyerdahl, Hesselberg et Danielsson prennent place sur le dinghy, un simple canot pneumatique, seule embarcation de secours que possède le radeau. Ils rejoignent à la rame le remorqueur pour se faire indiquer exactement leur position. Ils se trouvent à 50 milles de la terre, au nord-ouest de Callao.

Leur première tâche consiste à calculer la vitesse à laquelle navigue le radeau. Celui-ci n’avance pas vite, malgré des tentatives d’avancer à la godille. Le vent finit toutefois par arriver, calme et régulier, venant du sud-ouest, et le Kon-Tiki commence à mieux avancer. Ils utilisent une longue perche en bois de manguier comme avironpour tenter de garder le cap.

Le premier soir est difficile, les vagues déferlent de plus en plus vite et avec de plus en plus de vigueur. On désigne un homme de quart, qui doit s’attacher avec des cordes car le Kon-Tiki ne possède pas de bastingage. Une boussole a été fixée dans une caisse à l’arrière pour qu’Hesselberg puisse calculer la vitesse et la position du radeau. Le ciel est couvert et ils n’ont aucun point de repère. La ligne d’horizon n’est pas visible à cause des vagues et du ciel nuageux.

La troisième nuit, la mer se calme un peu, bien que le vent souffle toujours. Vers quatre heures, une lame inattendue fait faire un tour complet au radeau sur lui-même. Tout le monde doit sortir sur le pont pour sauver la cargaison et tenter de remettre le radeau sur sa route.

Le lendemain, le radeau pointe finalement dans la bonne direction. Hesselberg relève leur position et remarque qu’ils ont fortement dévié vers le nord.

Les troncs s’imprègnent de plus en plus d’eau et chacun en coupe un morceau pour le lancer à l’eau. Le résultat les inquiète alors : les morceaux de bois s’enfoncent lentement dans l’eau et disparaissant dans les profondeurs. Les cordes sont également une source d’inquiétude pour eux, car celles-ci ne cessent de grincer, râpant le bois. Mais leurs inquiétudes sont dissipées après quelques jours car ils remarquent que le balsa est un bois si tendre que les cordes s’y enfoncent, étant ainsi protégées.

Après une semaine, la mer s’apaise.

Quelques rencontres peu attendues : comme la notre ?

 

Plus les compagnons se rapprochent de l’équateur et s’éloignent de la côte, plus ils rencontrent de poissons volants. Ceux-ci s’échouent souvent sur le pont du radeau, après avoir heurté les caisses de matériel. Ces petits poissons leur sont très utiles, aussi bien comme nourriture que comme appâts pour pêcher d’autres espèces plus grosses comme les coryphènes ou les bonites. Le premier devoir du cuisinier, le matin, est d’aller ramasser ces poissons qui se sont échoués sur le pont pendant la nuit.

Une nuit, ils trouvent un escolier serpent dans leur petite cabane aménagée sur le pont. Plus tard, ils apprendront qu’ils ont été les premiers à avoir vu un poisson de cette espèce vivant. Il s’agit d’un poisson que les ichtyologues appelaient Gempylus serpens, mais dont ils n’avaient encore eu l’occasion de trouver que de rares spécimens à l’état de squelette.

Le 24 mai, ils font la rencontre d’un requin-baleine, le plus grand poisson connu, également très rare. Celui-ci est attiré par l’appât vivant qu’ils ont justement attaché à l’arrière du bateau à l’intention des requins, pour les étudier de près. D’après les zoologistes, ce requin pouvait peser environ quinze tonnes.

Grand bien lui en fasse. Je voudrais en croiser – ou plutôt en être un. Brièvement.

 

Bis : Quant à moi, comme Stéphane Zagdanski,

 » je tombai sur l’aphorisme du combat et du monde qui m’habite depuis mes vingt ans. Et, le relisant pour la millième fois, une signification à laquelle je n’avais encore jamais songé m’apparut. Comme par magie… « 

 

 

 

9 réflexions sur “Dans le combat entre toi et le monde…

  1. Christine L dit :

    Pourquoi utiliser une telle citation pour écrire le contraire de ce qu’elle induit? Pour briller? Pour faire référence à un grand nom? Car je pense que cette citation, sortie de son contexte, est un total contresens de la pensée de Kafka, désolée d’être aussi brutale après vous avoir lu. Du même livre voilà une autre citation qui donne un autre éclairage « « – Je t’en prie, père, laisse donc dormir l’avenir comme il le mérite. Si on le réveille avant le temps, c’est un présent somnolent qui vous échoit. », et une autre qui explique bien ladite citation, en raison de la vie matérielle de Kafka:  » De plus, ma santé et mon caractère m’empêchent également de me résoudre à une vie qui ne pourrait qu’être incertaine dans le meilleur des cas. Voilà pourquoi je suis devenu fonctionnaire dans une compagnie d’Assurances sociales. Or, ces deux professions ne pourront jamais se tolérer l’une l’autre, ni admettre un bonheur en commun.  » Donc cher auteur pour pouvoir récupérer cette citation comme point de départ de vos écrits, il aurait fallu connaître et citer cette autre partie: cette vie de bureau. Et là seulement on comprend l’opposition entre Kafka et le monde. Sinon, la citation n’est qu’une posture, attitude bien répandue à notre époque, à votre décharge. Car en fait, ce que cherchait, ou du moins pratiquait Kafka, c’est l’autodénigrement… ne pas oublier qu’il est allé jusqu’à l’automutilation.

  2. Christine L dit :

    autrement éclairant pour comprendre la citation « « De l’extérieur, on triomphera toujours du monde en le creusant au moyen de théories qui, aussitôt, nous ferons tomber avec elles dans la fosse. Ce n’est que de l’intérieur que l’on peut se maintenir et maintenir le monde dans le silence et la vérité. » Kafka, Journal

  3. Christine L dit :

    et encore  » «Il est deux péchés capitaux humains dont découlent tous les autres : l’impatience et la paresse. À cause de leur impatience, ils ont été chassés du Paradis. À cause de leur paresse, il n’y retournent pas. Peut-être n’y a-t-il qu’un péché capital, l’impatience. À cause de l’impatience, ils ont été chassés, à cause de l’impatience, il n’y retournent pas».

    F. KAFKA, Considérations sur le péché, la souffrance, l’espérance et la vraie voie

  4. ChristineL dit :

    Et un peu de justice pour une amatrice de tango, à Medellin sont mortes, en 1935, 14 personnes, évidemment notre Carlos né à Toulouse, merveilleux musicien, mais aussi son parolier, qui était bien plus que cela, un poète, Alfredo Le Pera, merci de les ajouter « Le lundi 24 juin 1935, dans l’après-midi, un drame s’est joué sur le vieil aérodrome de Medellín, aujourd’hui désaffecté et transformé en lieu de mémoire consacré à Carlos Gardel. Quatre artistes ont trouvé la mort : Carlos Gardel, son partenaire de création, le poète et scénariste Alfredo Le Pera, les guitaristes Guillermo Barbieri, à qui on doit entre autres la partition du merveilleux tango Anclao en París, et Angel Domingo Riverol. Sont morts aussi d’autres collaborateurs de Gardel, dont son secrétaire francophone. Le troisième guitariste, José María Aguilar, fut grièvement blessé. Soigné dans un hôpital colombien, il vécut jusqu’en 1951 continuant même sa carrière de musicien, avec deux doigts en moins et des souvenirs très confus de l’accident qui avait coûté la vie à Gardel et en fit un interviewé très recherché par la presse à sensation. »

  5. ChristineL dit :

    et oublié Raoul de Godeswardevelde, suicidé lui aussi « quand la mer monte »

  6. Christine L dit :

    je n’avais pas lu vos commentaires à mes commentaires: merci de me remercier d’exister, à vous de même! Merci pour Gardel, regrets pour Raoul.

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