Les mots de la 7 bis

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juin 7, 2017 par Parallèles Potentiels

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« Métro 7 Bis »

Au pré la porte s’ouvre

Une autre à l’extrémité sonne le glas

A chaque fermeture Danube est sous terre

Botzaris, Buttes Chaumont… sentir

Un air de Rosa Bonheur

Du haut des sapins

Bisous de mon strapontin

A Bolivar

Pas envie de flâner

La rame s’ébranle

Aux suivants

Ballet de montés et descentes

La tension monte

On tourne en rond

Je me redresse

Me détend et

Regarde la ligne

Sur le bandeau oblique

Correspondances

La poésie rôde

Pour s’enfouir sous terre …

Oser entre rime et rame.

Anne Michèle Weinstich

C’était le premier poème reposant sur la contrainte « un ver entre deux stations . Un petit groupe de voyageurs de la 7 bis chargés d’écrire un ver entre chaque station lors d’un aller retour sur cette ligne naine. La 7 bis est cette lignuscule dérivée de la 7, allant de Louis Blanc au Pré Saint-Gervais.

Voici  Les poèmes des participants à la balade poétique dans le métro du 18 mars 2017 organisée par la bibliothèque Place des Fêtes.

Un hommage à la Pérec, à la Queneau, avec les petites choses du métro.

On continue avec ma contribution et celles des autres estimables lecteurs de ce comité dissous par le temps.

« Ballade Des Jenssus – Mes mots du métro- Balade des pendus »

Choses vues sur les quais du métro/ Se souvenir de François Villon, poète et bandit de fortune du Moyen-Age, qui fut pendu sur le gibet de Montfaucon, là où s’élèvent aujourd’hui le parc des Buttes chaumont. Bon, c’était en fait un peu plus bas,  vers Grange aux Belles, mais l’occasion était trop belle

Le Pré Saint-Gervais m’innervait, sentait pas l’odeur du pré

Da, nube, oh hé, do you speak Chiva ?!

Un régal incertain pour les yeux

Matricule 88 M.007, beau tzar,

qu’avez vous fait de votre iris ?

Mardi 21 mars, marche Répu pour les 511 morts dans la rue

Si mot bleu, livide en cet, écueil, netflix

Jaurès à cailloux blancs se les caillait bien du réel

L’odeur de la baguette de mon sac en plastique d’Arts et Métiers en or, Iron Fist

Joli coeur, toujours démêler des guêtres sans fil

Ici aussi, il y a des bouchons se tenant dans l’embrasure de leurs bras suspendus aux Buttes

Où j’ai vécu si longtemps sans but

Au bord du gouffre 7 bis

incident voyageur aggravé

3 pisse, 3 bis, je disais  bien qu’elle roulait vite !

Ah, ces odeurs qui métropolitanent le nez !

Pelleport, pelle à babord

sans désir d’attraction

Poinçonneur qu’avait cassé sa pipe sans trous

Christophe Riedel, Aka Faustus

 

(7 Bis Aller)

« ORTEM »

Quand t’écris, tu cris ?

Non, quand je cris, j’écris !

J’prends la ligne

J’largue le quai

J’correspondance avec l’infini

J’ai l’image qui déraille

Je cris j’écris

Metro c’est trop.

(7 Bis retour)

« TRANSPORT »

A voile, a vapeur

A cheval, a vélo

A dada, a métro

A dodo, à boulot

A venir, a demain

“ Tu verras y’f’ra beau

On s’aimera tout plein

J’t’emmènerais la haut ‘’

 

« UKIA »

J’aime bien les lignes ‘Bis’

Elles ont une manière de battre le rappel

Qui me transporte.

(3 Bis)

« 4 X 4 »

Dans la rame

D’à coté

Y’a l’affiche

Qui’m’fait de l’oeil

J’ai’l’ticket

Y’a’pas a dire

J’l’accroche

J’sens

Qu’on va vivre

A la colle !

Alain Toulmond

(Rue Jansen)

« Biblio »

J’y suis

Sous moi

Le sol

Juste au dessus

Un plafond

Il est juste 17 heure

Quelque aller et venu

Et le si particulier

Évanescent brouhaha

De ce lieu

Devant moi

Du rêve en rayon . . .

De soleil

D’espoir

De lumière

Des mots sans D.L.C.

À cote de moi

De la vie qui vibre

Des lignes qui jettent l’Encre

Lèvent le voilent

Prennent le large

M’embarquent

Avec moi du sens qui s’agite

Dure de la feuille

Mais qui vous parle

Et tire la couverture à lui

17 heures toujours

Le temps m’ignore

D’entre les pages

Comme un souffle

Une voyelle s’échappe

Et derrière moi

Il y a la vie qu’on sonne

17 heures

PS ; ‘Tiens je viens de voir un lecteur

Prendre son envol’

Alain Toulmond

 

« Un samedi à la bibliothèque Janssen »

16H45 18 Mars 2057 Bibliothèque Janssen

Il y a beaucoup d’agitation.

Les « Comics » enterrent la vie de jeune fille d’une vieille B.D

La musique classique scande « Baroque ». Le vacarme est assourdissant.

D’autres C .D ont quitté leur bac et veulent lire des livres. Ils choisissent les titres en chantant.

Les mangas décident de porter des jupes et de ne plus être rangés par ordre alphabétique. Ils

s’infiltrent sous le parquet.

Les polars s’appuient les uns contre les autres et dégorgent tout leur sang d’encre.

Une lectrice se lève. Elle porte un pull, un pantalon, une robe, un gilet, une veste, un manteau.

Elle paraît absolument très maigre. Elle trouve les journaux trop quotidiens.

 

17H10 18 Mars 2057 Bibliothèque Janssen

Les secours sont arrivés.

Les C.D ont repris leur place avec dignité.

La revue des « Beaux Arts » a remis sa perruque et son dentier.

Les livres fantastiques redeviennent fantasques et condescendants.

J’ adresse à toutes les oeuvres un sourire timide.

– « L’Amour est enfant de Bohême » dit un livre

– « vive les paroles chantées en vibration » affirme un C.D

– « Tout ce plaisir est partagé » conclut un lecteur.

Danielle Berthaut

 

« La ballade de Simone »

En voiture Simone

Comme Jonas dans le ventre de la baleine

Tu demandes un câlin à ton voisin

Mais celui-ci a un noir dessein

Dans ton sein il plante son surin

Tu es morte Simone

Monte un marin à la guibole en bois

Il embrasse Simone qui revit

Simone lève sa jupe et danse

De stupeur le conducteur arrête son métro et danse

« Place des Fêtes » s’appelle désormais « Place des Orgies »

Baba à la Porte des Lilas

Frites à Saint Fargeau

Rôti de porc à Pelleport

Simone devient Menu

Danielle Berthaut

 

« Chez les tout-petits »

C’est la maison des nains

Suis bouche bée devant pingouin

Qui tourne les pages

Marqué par des doigts

J’oublie mon poids

Jusqu’au bruit tout autour

Casiers alignés

« Cerf, cerf, ouvre-moi »

J’ai faim d’histoires

Pas le temps de dormir

Jaune, rouge, jaune, bleu,

Le luna-park zinzibule

De l’oeuf à la poule

La ruche butineuse

Grimpe

Après les voyelles

Et le tout-petit

Ce construit un nid. »

Anne Michèle Weinstich

« Un grand merci à eux pour ce moment riche en création et en bonne humeur! Vous pouvez trouver les poèmes en intégralité, en version papier à la bibliothèque. »  Les bibliothécaires de la Place des Fêtes.

Et cette extension, due au Gibet de Monfaucon, un peu plus bas, à la Grande aux Belles, en dessous des buttes-Chaumont. Gibet (potence) s ur lequel le poète François Villon, un peu bandit malgré lui, histoire de survivre, fut probablement pendu….

Aujourd’hui, serait-il devenu un entrepreneur ou capitaine d’industrie, poète à ses heures ?

===============

* L’Epitaphe en forme de ballade que fit Villon pour lui et ses compagnons, s’attendant à être pendu avec eux :

LA BALLADE DES PENDUS

Frères humains, qui après nous vivez,

N’ayez les cœurs contre nous endurcis,

Car, si pitié de nous pauvres avez,

Dieu en aura plus tôt de vous mercis.

Vous nous voyez ci attachés cinq, six;

Quant à la chair, que trop avons nourrie,

Elle est piéça dévorée et pourrie,

Et nous, les os, devenons cendre et poudre.

De notre mal, personne ne s’en rie:

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

200px-Villon35

 

Si frères vous clamons, pas n’en devez

Avoir dédain, quoique fûmes occis

Par justice. Toutefois, vous savez

Que tous hommes n’ont pas bon sens rassis;

Excusez-nous, puisque sommes transis,

Envers le fils de la Vierge Marie,

Que sa Grâce ne soit pour nous tarie,

Nous préservant de l’infernale foudre.

Nous sommes morts, âme ne nous harie;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

pendaison2

La pluie nous a débués et lavés,

Et le soleil desséchés et noircis;

Pies, corbeaux, nous ont les yeux cavés

Et arraché la barbe et les sourcils

Jamais nul temps nous ne sommes assis;

Puis ça, puis, là, comme le vent varie,

A son plaisir sans cesser nous charrie,

Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.

Ne soyez donc de notre confrérie;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

 

Prince Jésus, qui sur tous a maîtrie,

Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie;

A lui n’avons que faire ni que soudre.

Hommes, ici n’a point de moquerie;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

FRANCOIS VILLON

Lire aussi  l’article de Jeannine Christophe dans Histoire et Vie du X°

Pour en savoir beaucoup plus , télécharger  sur la plateforme Gallica ( Bibliothèque Nationale de France) cette étude  (1863) sur les Gibets et autres potences parisiennes.

Capture d’écran 2015-08-07 à 07.45.07

1FK-113-P2-1844-8 (244689) 'GIBET DE MONTFAUCON' Hugo, Victor; franz. Dichter; 1802-1885. Werke: Notre-Dame de Paris (Roman, 1831,  dt. Der Glöckner von Notre Dame). - 'GIBET DE MONTFAUCON'. - (Galgen von Montfaucon). Holzstich von Laisné nach Zeichnung Daubigny. Aus: V.Hugo, Notre Dame de Paris, Paris (Perrotin) 1844. Paris, Musée Victor Hugo. E: 'GIBET DE MONTFAUCON' Hugo, Victor; French writer; 1802-1885. Works: Notre-Dame de Paris (novel, 1831,  Engl.The Hunchback of Notre Dame) - 'GIBET DE MONTFAUCON'. - (Gibbet of Montfaucon). Wood engraving by Laisné after drawing by Daubigny. Fr.: V.Hugo, Notre Dame de Paris, Paris (Perrotin) 1844. Paris, Musée Victor Hugo. F: 'GIBET DE MONTFAUCON' Hugo, Victor; écrivain français; Besançon 26.2.1802 - Paris 22.5.1885. OEuvre: Notre-Dame de Paris  (roman, 1831). - 'GIBET DE MONTFAUCON'. - Gravure sur bois de Laisné d'ap. un dessin de Daubigny. Tiré de: V. Hugo, Notre-Dame de Paris, Paris (Perrotin) 1844. Paris, Musée Victor Hugo.

Le métro, c’est bistre, sinistre, triste, mais pas que de cerises ! Une chambre d’écho de nos injustices, sans compensations…

11 réflexions sur “Les mots de la 7 bis

  1. Marianne Bignens dit :

    Merci Christophe .

    Les maux de la 7bis, la ligne verte, est une source d’inspiration pour tous ces poètes en herbe. A présent, quand je prendrai le métro, je le trouverai un peu plus veau, beau. Allez on se fait une ligne ?

    Envoyé de mon iPhone

    >

  2. Marianne Bignens dit :

    Est ce qu’une ligne 7bis vaut 2 lignes 7 ?

    Pourquoi l’a t on nommé 7bis ?

    On aurait dû la nommer 8, et renommer la 8 , ligne 9, la 9, ligne 10 etc… Hououou, ça me démange… Je remettrai bien de l’ordre dans tout ça. Si nous étions allés plus loin dans la numérotation et ainsi , nous aurions eu bien plus de couleurs. Parce que, entre le blanc et le noir des entrailles du métro , il y a toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

    Les questions existentielles de Marianne.

    Envoyé de mon iPhone

    >

  3. BG dit :

    Il me semble qu’avant de se piquer de faire de la poésie on devrait connaître non seulement le sens des mots mais aussi la manière de les employer! Vous me faites rire avec vos effets de manches, vos jeux langagiers, et votre autosatisfaction car je ne pense pas que ce qui me fait m’esclaffer et qui manifestement ne vous a pas effleuré soit un effet de style, au contraire c’est une preuve d’ignorance… Essayez toujours de pendre quelqu’un SUR un gibet… ou pour remettre les choses dans un contexte actuel, au cas où mon propos ne serait pas clair, de voyager SUR un avion….

  4. BG dit :

    Voilà une réponse qui annule le reproche ô combien innocent de votre impitoyable commentatrice… juste un problème de chronologie: ne vaudrait-il pas mieux chevaucher l’aéronef AVANT d’être pendu? Au moins, le résultat étant doublement certain, il y aura quelque chance de récolter des mandragores…

  5. lectrice assidue dit :

    un ver entre deux stations, comme c’est bien vu….. un ver approximatif, comme il se doit!

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