Tisser Matisse et Chassenay d’Arce

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juillet 25, 2014 par Parallèles Potentiels

50 ans, à Troyes, c’est long et court, non ? Il me fut donné d’explorer le vieux Troyes au tissu urbain central préservé dans son lassis de rues en gelée médiévale à colombages jusqu’à le tisser avec Matisse (dont la série de papiers découpés Jazz m’a toujours enchanté). C’était au lendemain de l’anniversaire des 50 ans de Chassenay d’Arce. Maison de champagne située à 20 kilomètres de là, près de l’Arce, gentille rivière, et à côté du château de Chassenay: D’où le nom choisi par les fondateurs de la coopérative (qui envisagèrent depuis de faire l’emplette du château pour l’image de marque, puis y renoncèrent).

C’était en 1964, année qui vit aussi naître le ci-devant script blogeur, ce qui manqua pas de le toucher, entre progrès cosmonautes et conséquences d’un récent assassinat de président kennedyen en 1963, après le suicide de Marylin Monroe, si trouble ou clairement barbiturique, on n’a jamais trop su, et sans rapport de cause à effet entre le second et le premier non plus. Une Grosse maison coopérative auboise que Chassenay d’Arce, dotée de l’un des plus gros outils de production champenois (le troisième ou quatrième) de nobles bulles à vieillir en son site, puis chez vous. En tout cas, chez moi.
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Flash back de ce roman photo :

On parcourut fissa les travaux de cellier presque achevés pour porter la capacité de stockage de 2,5 à près de 5 millions de cols, si je ne m’abuse, dont une substantielle partie vendue au négoce, ce qui donne un indice de la capacité. Chastenay, acteur à dimension de premier plan, comme on dit, travaille plutôt bien. Et en particulier bien sûr quand il monte en gamme pour mieux les faire, ses gammes aromatiques, confidence pour Confidences :
la nouvelle cuvée de prestige incluant un rosé,
jouant un peu les passerellesavec ceux du Ricey
quoiqu’il n’en soit point un.

Un samedi gris de chaleur un peu étouffée, dans le laboratoire faisant face à la batisse au toit faussement ancien, récent, mais avec cahier des charges de l’ancien, donc faisant belle illusion (où 5000 visiteurs par an viennent acheter en direct) on dégusta rigoureusement, nonobstant mes lacunes certaines, voire sévères. D’abord en vins clairs, tranquilles, si bons pour juger du potentiel à venir, où se trouvèrent des notes minérales, voire chablisiennes (logique, on n’est pas bien loin, conclua le Directeur de la Maison) parmi bien d’autres, repérées par mes confrères plus avisés. De la truffe à l’humus de sous-bois en passant par des tas de fleurs et plantes rares dont le nom s’éxhale en senteur de printemps avant de croquer les fruits rouges bien présents, forcéments. Un peu de griotte, telle que perçue à ma droite, peut-être ? Non, mettez-moi plutôt :
Matisse Polynesie, le ciel, 1946
Matisse Polynesie, le ciel, 1946

Puis, à propos de fruits rouges, on passa aux suaves effervescents en verticale habilement labile, dont nombre devaient nous être resservis le soir au banquet des 50 ans, organisation et animations garanties en circuit court, musiciens et chanteuse lyrique compris, tout comme l’agence de communication de la marque, dont le directeur, habitant Epernay, fêtait aussi ses cinquante ans à ma table. En un lieu patrimonial troyen (l’ancienne gare devenue école) on remonta de nouveau en dégustation accord mets et vins de Champagne jusqu’au mitan des années quatre-vingt dix. Et c’est ainsi que, de fil en aiguille, le lendemain, on mouilla dans les eaux de la cathédrale au centre, sous des trombes d’eau purificatrices.
Porté par ses pas et les élans de la veille, il vient vous l’idée, pas si saugrenue ( en ce sens que la marque est bien sûr mécène d’un tas de bonnes choses culturelles régionales, andouillette non comprise), plutôt plaisante en vérité nous semble t’il, de mailler effervescence de circonstance et exposition Matisse tisse, pardon, Tisser Matisse. Uune fois parvenu, juste à côté, au Musée d’Art moderne de Troyes. Qui cache bien son jeu : un hôtel particulier à cachet d’antan, dans lequel on sèche un peu.

Matisse. Natif du Cataus-Cambrésis, déjà son nom tisse, ses parents étaient tisserands, lui passa par la Polynésie et… la tapisserie. Le musée d’Art moderne de Troyes s’intéresse à l’oeuvre textile et décorative du chef de file du fauvisme. On avait repéré cela goûlument (avec la saveur de savoir) avant de venir…

Avant de devenir le peintre que l’on sait (1869-1954), né dans une famille de tisserands du Cateau-Cambrésis, il grandit au milieu des fleurs brodées et des arabesques imprimées. Le soyeux des matières, la profusion des couleurs bercent son enfance. Même son patronyme le rattache au textile. Plus tard, il ne voyage jamais sans sa collection de tentures et de tapis, dont il orne ses toiles de formes toujours décoratives, jamais anecdotiques. Matisse emporte-t-il ses malles de velours et de taffetas jusqu’à Tahiti, où il passe quelques mois en 1930 pour se ressourcer ? Il y découvre les tapas, ces étoffes polynésiennes au motif en damier, pas des croquettes hispanisantes. Il s’immerge dans un paysage où le bleu du ciel et le vert absinthe du lagon se confondent, où volent les poissons, où nagent les oiseaux.
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Ici, la vue sur le vieux Troyes qu’on a de la fenêtre du musée d’Art moderne, remontant presque en droite ligne vers le Moyen-Age, oh saveur des contrastes !
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Seize ans plus tard, un éditeur de foulards signe avec l’artiste un contrat pour trente exemplaires d’un panneau de lin sérigraphié, baptisé Océanie. Au même moment, le Mobilier national lui commande deux magistraux cartons de tapisserie. Il les appelle Polynésie, et l’on y retrouve cette lumière bleutée qui l’a tant séduit. Il ajoute à sa composition une bordure d’écume, des coraux, quelques étoiles. Il ne les dessine pas, mais applique sa technique des papiers découpés que lui a inspirée son séjour à Papeete.

Tout l’art des liciers des Gobelins et de Beauvais sera de retranscrire par la laine et le lin la superposition des formes blanches jaillies d’un coup de ciseaux. Chaque oeuvre étant éditée en huit exemplaires, la dernière version, « tombée de métier » (terminée) en 1975, accuse une dérive par rapport au modèle d’origine. Le dessin est plus sec, le fil plus épais. L’industriel Pierre Lévy (1907-2002), qui confectionne à Troyes les vêtements Lacoste, acquiert un spécimen. On retrouve celui-ci et ses projets de variantes dans l’exposition du musée d’Art moderne de la ville champenoise, auquel le couple Lévy a légué sa collection de peinture.
Ce petit, mais formidable parcours, réussit donc le tour de force de nous en apprendre beaucoup sur Matisse, sur la tapisserie et sur la Polynésie. Courez-y, c’est une superbe suprise. Et on pourrait envisager en cheval de Troyes un crochet à travers vignes jusque chez Chassenay d’Arce, à 10 kilomètres de Bar-Sur-Aube, et dans d’autres maisons. Car en Champagne, on est partageur jusqu’à l’Aube.

Jusqu’au 19 octobre
Musée d’Art moderne de Troyes
(10)
Catalogue : éd. Snoeck, 157 p., 25 €

Source article Matisse : Télérama,
Le critique, — Xavier de Jarcy, aussi spécialisé que mes confrères de la presse vins, a écrit cela mieux que moi. Pour Lacoste, je ne savais pas, par exemple !
Les photos home made sont de moi…

* les 50 ans de la marque ; Sandrine Girardot, Présidente (eh oui, une femme, c’est pas mal) et petite fille du Président fondateur, conte l’histoire de la Marque :

« Nous sommes en 1964… l’évènement pour les vignerons fondateurs de la Coopérative des Coteaux de l’Arce, c’est la sortie d’une nouvelle cuvée. Elle est prête, elle a parfait son vieillissement dans les caves qu’ils ont creusé de leurs mains mais elle n’a pas encore de nom. A l’époque, pas de marketing pour aider à choisir un nom porteur d’une image. C’est au bistrot, chez Bébette et Gaston que se réunissent les Jean, Henri, Maurice, etc… Et là c’est l’unanimité : Chassenay d’Arce est un nom original, rassembleur, prestigieux et audacieux, tout ce qui caractérise l’ambition de nos jeunes vignerons pour leur coopérative, l’Arce étant la rivière qui longe leurs coteaux couverts de vignes. »

Bis repetitat, un tantinet surenchéri : « Oui, Chassenay d‘Arce, cela sonne bien ! Au fil du temps, cela devient une marque conquérante, ouverte sur le monde avec un seul objectif : La Qualité ! ».

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