Magritte ou la trahison des images

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mars 30, 2014 par Parallèles Potentiels

André Breton fut pape des Surréalistes, René Magritte en fut la pipe. Et ceci est un musée à Bruxelles. Cétait 42 ans après sa mort, Magritte eut enfin son musée au centre de sa ville, Place Royale. Il n‘était pourtant sensible ni aux honneurs ni aux prix astronomiques de ses tableaux…

Chef de file des tenants belges du mouvement, favori de ma mère qui me le fit connaître en fant, il est avec Matisse, Picasso et Warhol, l’un des 4 artistes les plus connus dans le monde. Son œuvre compte 1200 toiles, dont 40 % appartiennent à des collections privées. Depuis le 2 juin 2009, l’homme au chapeau melon sans bottes de cuir voit 150 de ses œuvres, dont 75 peintures, réunies au centre de Bruxelles, juste à côté du Musée des Beaux Arts.

Dans le cadre de l’hôtel Altenhoh, rénové grâce au mécénat de compétences de Suez. Bon exemple de « PPP » (partenariat public privé) surfant sur la tendance des années 2000 : Etats et collectivités fauchés cherchent sociétés cotées pour partenariats culturels d’envergure. Celui-ci a été bien orchestré par la fondation Magritte et les Musées Royaux des Beaux Arts de Belgique, où le peintre était jusqu’alors exposé.

Ecrin magrittien, écran de rien, plein de bons documents visuels

Le résultat ? Un écrin magrittien sur cinq niveaux descendant, des débuts jusqu’aux tableaux les plus connus. Le tout avec un parti pris d’éclairage sombre renvoyant au mystère de l’univers onirique où ce diable d’homme puisait son inspiration. Avec la nuance de bleu foncé utilisée pour peindre ses chapeaux. Subtil et sobre.

Trop au goût de certains critiques, qui auraient souhaité plus de fantaisie. Mais la muséographie ne souhaitait pas se faire mousser sur le dos de l’œuvre, juste la montrer sans effets de manches. À voir aussi, les films de grand enfant réalisés par le bruxellois et ses complices de jeux… A l’image d’un homme qui avait mis son extravagance dans sa seule création :

« Je déteste les arts décoratifs, le folklore, la publicité, les voix des speakers, les boys scouts, l’odeur du naphte, l’actualité et les gens saouls. J’aime l’humour subversif, les taches de rousseur, les genoux, les longs cheveux de femme, le rêve des jeux d’enfants en liberté (…). Je redoute de connaître exactement mes limites. ».

Il a traversé le miroir de ses limites comme l’Alice de Lewis Carol, les transformant en poème visible.

La trahison des images

Pour ce faire, il commençait par inventer un titre avec ce sens de l’image littéraire qu’il cultivait . Peignant ensuite un tableau qui n’avait rien à voir avec ce titre. Parfois, c’était le procédé inverse. Il demandait à son groupe d’amis de proposer après coup des titres énigmatiques et hop, le tour était joué !

Ceci pour mieux restituer La trahison des images, titre du fameux tableau d’une pipe affirmant « ceci n’est pas une pipe ». Façon de remettre en question l’identité des choses et d’affirmer la distance qui sépare un objet réel de sa représentation. Sans parler de La trahison des images d’aujourd »hui, faite de leur omnipotence en flux quotidiens sans fin, sans fins valables non plus le plus souvent…

Ce Bruxelleir en costume noir, que sa femme Georgette (modèle de La Magie noire ci-contre) forçait à peindre dans un « placard » (parce que ça faisait des taches) de sa maison atelier du quartier populaire de Jette fait pleinement partie d’une certaine « belgitude ».  Notion revendiquée par certains, rejetée par d’autres. Qui se définirait aujourd’hui, à l’aune des luttes communautaires entre Flamands et Wallons, par cette question identitaire lancinante : qu’est-ce qu’être belge ?

Le jour et la nuit

En tout cas, les contraires,le peintre adorait en utiliser dans ses toiles : le jour et la nuit, par exemple, dans l’Empire des Lumières. Tableau dont il peint 17 versions à la demande d’amis marchands et collectionneurs : Très warholien, cet esprit Factory de reproduction de l’œuvre d’art. Mais René joue les ingénus en les donnant : « Tiens, peut-être qu’un jour ça vaudra de l’argent. ». Quelle idée ! Juste retour, en 2010 une exposition a réuni toutes ses versions dans son nouveau temple.

J’ai toujours adoré de double au dos, souhaitant le voir en mon miroir quelquefois pour me tourner le dos de temps en temps, cela fit du bien pour se retrouver.

Depuis, ca ronronne, ça roule… au Musée. La faute à la  trahison des images, on vous dit, celle de la muséographie sacralisante peut-être aussi, mais un beau panthéon bruxellois à la hauteur du monsieur , flegmatique pardessus noir, historique, jamais hystérique comme le compère Dali…

Lien : www.musee-magritte-museum.be

Multidisciplinaire, cette collection est la plus riche au monde et comporte plus de 200 oeuvres composées d’huiles sur toile, de gouaches, de dessins, de sculptures et d’objets peints mais aussi d’affiches publicitaires, de partitions de musique, de photos vintage et de films réalisés par Magritte lui-même.

Le Musée Magritte Museum est dans son domaine le centre de référence mondial pour la connaissance de l’artiste. Grâce à une collaboration avec INEO media system, a été mis au point pour les internautes un centre de recherches on-line qui rend accessible les archives liées à la vie et à l’oeuvre du peintre.

 Source : Mon article Paru dans TGV Mag 07/ 2009, Evénement Europe, Bruxelles

Bonus : Bon sang, un Magritte dans mon grenier ! Hélas, non, mais une pomme verte en sucre contenant sorbet fondant au dessert du dîner se disant surréaliste, qui dure surtout trop longtemps, comme toujours les banquets de célébrations.

Plats bien  agencés par un Chef en toque blanche, dont René aurait pu croquer le couvre-chef… Et un joli petit cadeau : un pot de peinture d’une de ses coloris préférés, un bleu profond si magrittien… J’ai laissé le mien dans son sac traîner 15 minutes pendant le vernissage presse dans le salon dédié, on me l’a vite piqué. De bonne guerre peut-être, mais je l’eus mauvaise…

Bonus bis : Souvenir d’une rumeur conte de fées : L’actuel légateur universel et héritier de la veuve de Magritte, qui n’avait pas de descendant, est le livreur de chocolat ou de linge d’une teinturerie (les versions diffèrent) qui se rendait au domicile de veuve Georgette. Il est devenu son bon ami (platonicien, hein), s’appelle Charly, s’occupe bien sûr aussi de la Fondation, est très distingué, sans préciosité ni col empesé. Amusant destin que le sien…

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