Ardèche du Sud, de fond en comble

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mars 18, 2014 par Parallèles Potentiels

l’Ardèche méridionale serait un terroir arlequin à parcourir de bas en haut ? Oui. Une marqueterie où la vigne en surface, sur 3 appellations, côtoie murier, châtaignier, lavande, olivier. En dessous, deux espaces abyssaux : L’Aven d’Orgnac et la fabuleuse grotte Chauvet, découverte en 1994, qui espère être classée Unesco en juillet 2014. Au fait, une grotte a un accès horizontal, celui d’un aven est vertical. Entre cette abscisse et cette ordonnée, la terre offre de juteux itinéraires de randonnée…

l’Ardèche est  le pays natal d’Olivier de Serres, le premier agronome français, dont un ouvrage fameux, Le Théâtre d’Agriculture, est devenu référence. Précurseur de génie au XVIe siècle, il est à l’origine de l’implantation de techniques culturales modernes et de productions telles que mûrier, ver à soie, amandier, vigne… Pour restituer sa mémoire, les architectes paysagistes ont utilisé son oeuvre comme fil conducteur pour créer en 2010 les jardins Olivier de Serres, un espace dédié, à Mirabel.

Un jardin clos y contient un espace de mémoire minéral et végétal. Le jardin de la Bastide fait référence aux 3 jardins (potager, bouquetier et médicinal) où poussent une collection de plantes puisée dans l’oeuvre d’Olivier de Serres. Et un cépage rustique de son temps retrouvé, le Chatus. On y produit aussi de ronds petits chèvres fermiers bio fort bons, les Picodons, vendus depuis peu par trois dans de petites boîtes concept à l’effigie d’Olivier, comme l’air du temps en produit… Il y a aussi à l’épicerie des biscuits en farine et texture médiévale, une fabrique de lait pour les fromages et des tas d’autres bonnes choses à visiter/goûter. Au restaurant du domaine, on vous servira sur commande (en plus de bonnes caillettes bien ardéchoises) toutes sortes de délices dormants retrouvés… A la réflexion, l’accorte directeur des jardins qui nous a accueilli ressemble un peu à Olivier de Serres, en version mise à jour XXI… Je lui en avais fait part. En serait-il la réincarnation ou un moderne avatar ?  Allez savoir…

La suite, après une mise en bouche, ou plutôt mise en oeil : mon article dans Où ? Printemps 2014 :

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Sur cette terre caillouteuse et sèche, les vignerons ont réussi la reconversion vers la qualité entreprise depuis les années 60. 70 % du vignoble a été restructuré. On découvre les secrets et le travail du vigneron à Ruoms, dans l’espace oeno-pédagoqique Néovinum. D’abord à travers 3 grandes fenêtres ouvertes dans le sol montrant : les galets roulés pour les Côtes du Rhône, les grès cévenols pour les Coteaux de l’Ardèche et les sols argilo-calcaires pour les Côtes du Vivarais. Un espace est consacré à l’histoire mouvementée de la viticulture. La salle de vinification permet de découvrir les différentes techniques à travers de petits films et une amusante maquette son et lumière.

Plongée dans le temps. Parmi les plus grandes cavités du monde, l’Aven d’Orgnac est un espace exceptionnel de conservation. On descend à 121 mètres (la valeur quarante étages) le long de cristallisations édifiant des piliers de plusieurs dizaines de mètres de hauteur. Cierges, colonnes, buffets d’orgues, draperies, piles d’assiettes et palmiers minéraux ornent le circuit aménagé sur 500 mètres, avec de nombreux belvédères. Un guide passionné  fait découvrir ce monde fantastique où des spectacles sont aussi organisés. En plus du son et lumière vraiment  féerique qui clôt la visite en beauté. Sur réservation, une plus longue partie du réseau est accessible aux spéléologues amateurs, déjà confirmés me semble t’il, car l’itinéraire semble assez costaud et tentant. Vu sur le plan à l’entrée de la grotte, il a même l’air assez fabuleux.

On remonte en ascenseur, quel luxe anachronique, voire tricherie trop confortable, s’agissant d’un aven ! Cela réduit l’effort à néant, mais conforte l’accueil du public géronte et enfantin. On s’entretient en remontant avec un propriétaire de grotte de la même région, qui ouvrira prochainement. Il n’en finit plus d’investir dans ce projet pour le mettre aux normes. J’imagine un temps ce que cela représente, de rendre une grotte publique… Amen ! Mais après coup, c’est un placement bien durable aussi. J’apprends aussi qu’il y a 120 grottes et avens publics en France, réunis en un Club qui s’est réuni ici l’an passe, et dont je deviendrai bien Secrétaire perpétuel. Juste parce que cela sonne bien, Secrétaire perpétuel, en ce jour où l’existence des ondes gravitationnelles d’Einstein vient juste d’être validée, 99 ans après son postulat formulé de 1915. 14, 8 Milliards d’années après le Big Bang présumé, dont un télescope a perçu la lumière originelle qui me fait parfois cruellement défaut.

Une fois dehors, on visite le nouveau Musée de la Préhistoire qui a ouvert en février 2014. Ou bien, non loin, on déguste chez un producteur des Côtes du Vivarais, (du nom de l’ancienne de ce territoire après la Révolution). Il s’agit de la plus récente (1999) et confidentielle des 3 appellations, d’où besoin de se faire un carnet d’adresse et de notoriété chez le consommateur pour les nectars de ses 500 hectares.

A 20 kilomètres, rendez-vous avec la réplique de la Grotte Chauvet (10 fois plus grande que celle de Lascaux II) prévue pour le printemps 2015. Des visites et rencontres de chantier sont déjà organisées avec les artistes reproduisant les 420 peintures pariétales.

Après, que faire pour parfaire ce va-et-vient paysager vaguement initiatique ? Les grandioses Gorges de l’Ardèche, à pied ou en rafting, puis celles beaucoup plus petites, intimes de Labeaume, où j’ai dormi. Promenade au crépuscule, puis à l’aube dans les gorges, crescendo de lumière sur les falaises calcaires, merveilleuse impressions. Il y a là un petit hôtel restaurant où l’on dort au calme, fenêtres ouvertes, à 50 mètres des eaux de Labeaume où le temps ruisselle gentiment, comme suspendu, du moins en cette fin septembre où son cours semble sinon tari, du moins ralenti, comme le doux coulis d’une de ces fontaines zen avec cailloux japonais en kit, achtées par l’urbain en mal de nature symbolique et réelle chez Matures et Découvertes et autres enseignes vendant de l’harmonie et du développement personnel au kilo et en mètre.

Ne pas oublier le récent site archéologique d’Alba La Romaine. Puis Bourg Saint Andéol pour une rareté : le Palais des Évêques. Cet ancien castrum dominant le Rhône, résidence des Évêques durant plusieurs siècles, est simplement magnifique. Et témoigne d’un coup de cœur : celui d’un ancien médecin de la ville qui, l’ayant visité lors de journées du Patrimoine au début du XXIe , l’a racheté et le retape sans fin, l’embellit sans fin, au bonheur des visiteurs.

Qui parfois viennent aussi y déguster des vins des trois appellations citées plus haut. Exemple :  celui du domaine Mas de Libian. Un Côtes du Rhône bio Khayyam 2012. En hommage à  Omar Khayyam, mathématicien poète perse qui a écrit au XIe siècle un recueil de rubaiyats (vers) que je recommande : « Le Vin, le vent, la vie ».

Donc, en accord avec lui, une vinification respectueuse, une robe rouge violet sombre. Et un « nez aromatique, fin et frais, fruité, réglisse, minéral. En bouche, très fruité, charnu, équilibré, long, discrètement tannique. » Comme l’Ardèche du Sud, à voir de fond en comble…

Tourisme : ardeche-guide.com

Institut Olivier de Serres : olivier-de-serres.org

Vins, cépages et terroirs : http://lesvinsdardeche.com

La diversité des terroirs de l’Ardèche Méridionale a permis à la multitude de cépages issus des principales régions viticoles de s’implanter avec succès. Ici dominent les cépages nobles de la vallée du Rhône : Grenache, Syrah qui couvrent presque la moitié de l’encépagement. Le cabernet-sauvignon et le merlot, devancent le Gamay, cultivé sur la bande gréseuse qui longe les Cévennes. Le pinot se développe progressivement. Sans oublier le Chatus, cépage local  » Vitis Vinifera  » oublié, ressurgi depuis quelques années.
En blanc, le chardonnay s’est formidablement acclimaté sur les contreforts du Coiron. Il y trouve le soleil de sa maturation… et une fraîcheur nocturne qui lui évite de surmûrir et lui permet de tirer la quintessence de son sol ardéchois. Le viognier, donne en Sud Ardèche un vin blanc très aromatique. Le duo est principalement complété par le sauvignon et le grenache blanc. On trouve également  la Roussanne, la clairette,  la Marsanne et l’Ugni blanc.

Photos : Vins d’Ardèche –Aven d’Orgnac – C. Riedel

Bonus ==================================== en Cerise sur l’écriture

Et maintenant, ma version unplugged d’auto inspiration tisse son fil abyssal :

Bienvenue à 120 mètres sous terre à l’Aven d’Orgnac, découvert en 1935, étendu en 1965. On a descendu 40 étages en 10 minutes sans y penser, happé par une symphonie muette de concrétions parlantes.  Et on ne pénètre que deux des 40 hectares de cet immense réseau utérin. Je crois que cette caverne est la plus majestueuse exposition de sculptures ex nihilo qu’il m’a été donné de traverser… Il y eut aussi, parmi mes plus sublimes méandres mémoriels, façon Proust Marcel, le gouffre de Padirac :

L’on y descend  par nacelle, avant de canoter dans l’obscur sur un lac… Vision tout droit surgie d’un film de Bunuel ou Raoul Ruiz.
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Difficile d’échapper aux sempiternels commentaires phalliques de mâles présents en descendant dans l’Aven d’Orgnac chevauchant en lumières séquencées, dirigées par les guides au fil des visites, depuis la réhabilitation en Grand site en 2003. Tout au long, des visions suscitent d’arrache-pied à  certains hallucinations vaguement orgiaques.

Ce n’est pas grave car, de cristallisation en forme suggestive,

on voit bien que l’âge de la retraite a ici été reculé à 75 000 ans. Voire 120 millions d’années :  le temps de leur gestation géologique.

Du coup, tout cela gagnerait à être traité au Calgon, on en a pas sous la main du temps, tant pis pour l’anti calcaire ! Cela me rappelle avec bonheur un idéal de tours sans fin d’un Brancusi naturel se reproduisant lui aussi sans fin. Au doux rythme d’un centimètre cube de stalactite par siècle.

Trois couches, 3 strates en Ardèche disais-je.

Nous sommes a 20 km de la grotte Chauvet dont le clone/reproduction visitable ( sur le modèle de « Lascaux 2 », mais en plus innovant) ouvrira en 2015.

Remontons à la surface, en ascenseur, ce qui est forcément immoral, on devrait le faire à genoux, jusqu’à la seconde strate en surface, à terre.

En AOP Coteaux d’Ardèche
On a dégusté une cinquantaine de vins de 2009 à 2012 en 24 heures, de trois appellations au bon rapport qualité prix. Outre la sus-nommée, on tâta des Côtes du Vivarais (ancien nom de l’Ardèche jusqu’en 1790) sorties de leur cuisses en 1999, année d’obtention de l’Aop . Elles peinent forcément à se faire un nom, cela viendra peut-être, car ce nom de Vivarais , vif & bon vivant,  résonne bien, non ?

Il y eut aussi ces bons vieux Côtes du Rhône.

Les vendanges commencent, avec 3 semaines de retard cette année, comme partout.
Peu importe dans l’absolu, sauf qu’on se plaint ici et la de pertes de 30 % sur quelques cépages.

La suite en strate trois vers les cieux refermés d’un lieu rare racheté en 2000 par un médecin retraité, a une congrégation de religieuses allogènes de Bourg Saint-Andėol :
le Palais des évêques (ouvert lors des JP et sur RV sur son site).

On y dégusta moult Côtes du Rhône, dont certains estoient de qualité, après transfert diligent de Montélimar.

Il faut visiter ce lieu dont les cuisines seraient aussi l’une des trois plus belles a cheminées du XViėme siècle. Le propriétaire montre comment il a du les dégager d’une horrible couche de ciment blanc..

J’oubliais de citer les gorges de La Baume ci-dessous où je dormis en coulis a l’hôtel de la Garenne du village désert, tout de vielle pierre brossée de près, de Labaume. Et encore en dessous les superbes et récents jardins pédagogiques Olivier de Serres, du nom du botaniste émérite contemporain de Montaigne : on ne sait s’ils se rencontrèrent, en tout cas leurs petits chèvres Picodon Maison à son effigie sont excellents :

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et m’en fus pérégriner au petit matin clair, à lumière d’été retrouvée.

Les gorges en strate en sous-couche de conscience intermédiaire : celle du réveil, celles qui me saisiraient par relents immortels dans les vignes sans pâmoison.

Vins d’Ardèche en chiffres

10 500 hectares autour des Gorges de l’Ardèche, des Cévennes à la Vallée du Rhône.

IGP Ardèche – IGP Ardèche mention coteaux de l’Ardèche 7500 hectares
AOP Côtes du Rhône 1400 hectares
AOP Côtes du Vivarais   500 hectares
Sans IG – Ex Vin de Table 1100 hectares
  • 1700 viticulteurs organisés en 16 caves coopératives – dont 13 regroupées au sein d’UVICA – Vignerons Ardéchois
  • et son tout nouveau tout beau navire muséal NeoVinum inauguré en juin 2013
  • 70 caves particulières.
  • Récolte totale (IGP Ardèche – Vin de Pays des Coteaux de l’Ardèche, AOC et Sans IG) 550 000 hectolitres dans les bonnes années, soit 21 % de la production de la région Rhône-Alpes.
  • 15 millions de bouteilles commercialisées, dont 20 % à l’export.
  • 30 pays  consomment des vins de l’Ardèche du sud.
  • Premier producteur de Vins de Pays de la Région Rhône-Alpes, 4ème vignoble national producteur de vins de cépage en IGP.

Une réflexion sur “Ardèche du Sud, de fond en comble

  1. Regardez ici dit :

    Merci, j’ai aimé te lire ! belle plume 😉

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