Pau, Jurançon, moelleuses flâneries

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mars 15, 2014 par Parallèles Potentiels

Henri IV, qui lança la première opération de communication en promettant « de mettre une poule au pot chaque dimanche chez tous les Français » (encore une promesse non tenue), chevauchait encore 10 heures par jour à cinquante ans passés. Avant de trépasser sous les coups du fanatique Ravaillac, assassin préfigurant peut-être un Lee Harvey Oswald, téléguidé lui aussi par on ne sait trop qui…

Le guide du château de Pau (qui fut aussi celui de Gaston Phébus) raconte bien tout cela, excluant néanmoins toute participation de la CIA, mais truffant chaque partie de ce parcours châtelain sur neuf siècles de substantielle et croustillante façon, avec caviar d’anecdotes.

Ainsi, cet Henri aurait été bercé dans un grand dos de tortue, carapace qu’on voit au deuxième étage, et qui plus tard ne put hélas rien pour lui…

Château de Pau Tour Phoebus ©CDT64

Royales et moelleuses flâneries

Installée en balcon face aux Pyrénées, Pau, capitale du Béarn, terre natale du bon Roy Henri IV, domine un pays de vertes collines moelleuses : celles des vins blancs doux du Jurançon (un peu moins sucrés que les Sauternes) qui y sont cultivés sur les 600 hectares de l’appellation.

Préfecture des Pyrénées Atlantiques, cette ville de 150 000 habitants (dont l’architecture rappelle un peu Vichy) est une fille prodigue en découvertes : ses 250 villas anglaises issues de la mode de la villégiature chic, son so british Pau Golf club de 1856, premier golf continental. Country club très prisé au déjeuner, musée aux tableaux golfiques fort émouvants en témoignent.

Son très beau château sus-nommé (à visiter avec guide privé, tant le parcours en sera enrichi), son haras de Gelos, son domaine de Sers (deuxième centre d’entraînement équestre national), son bucolique parc Beaumont… Tout cela pourrait être toile de fond d’un roman de Patrick Modiano. Car la force de description du passé y ravive si bien la flamme mémorielle de lieux au charme désuet peut-être, et certain.

Partons du boulevard des Pyrénées, la promenade favorite des Palois. Ce balcon long de 1800 mètres permet d’admirer les montagnes, des confins du Pays basque jusqu’aux Pyrénées centrales. Le Pic du Midi d’Ossau domine en son centre, le gave (torrent) de Pau roule à ses pieds. D’ailleurs, un stade de sports d’eaux vives y a été crée en 2009. Destiné à l’élite des champions olympiques de canoë-kayak (les frères Estanguet ont fait leurs armes dans ses eaux tumultueuses), il est ouvert au public.

Il y a pas loin un petit funiculaire dans son jus centenaire montant jusqu’au belvédère du boulevard, le long d’une palmeraie. En face du départ, le restaurant le Fin gourmet de Christian Ithurriargue est une bonne adresse, de même qu’en haut, en centre ville, Ze Bistrot, celui de Thierry Lassalla. Qui nous emmena faire son marché sous la Halle vieillotte pleine de bons produits et commerçants à l’accent béarnais roulant. Halles de Pau ©OTCPau-Guilhamasse

Tandis qu’on papotait fraise ou safran du pays avec des maraîchers peu pressés en cette heure matinale, le chef Thierry Lassalla acheta de quoi cuisiner à midi des travers de porc caramélisés dans leur jus d’épices dans  son non moins juteux bistrot.

De fil en aiguille, on passa dans la dernière boutique de parapluies de bergers faits main, aujourd’hui très prisés aussi par les photographes animaliers : ils les protègent durant leur longues séances aux aguets du vivant.

Boutique Parapluie de Berger Pau 03 © CDT64

Puis cap sur  le mignon petit musée Bernadotte, aménagé dans sa maison béarnaise, qui revient sur l’irrésistible trajectoire  de Jean-Baptiste Bernadotte, simple soldat de Napoléon Ier, puis sergent « Belle jambe », devenu roi de Suède en 1810. Car il avait eu le nez de lâcher Bonaparte avant la désastreuse campagne de Russie pour faire des rencontres et nouer des alliances. Je regarde longuement sa paire de gants sous vitrine, j’imagine et emprunte fugacement, ce faisant, sa destinée, comme une personnalité d’emprunt, à laisser au grand vestiaire existentiel en sortant. Ou comme le jeu « Vis ma vie » ?

Il y a trois ans environ, l’actuel roi suédois Charles XVI Gustave (septième de la dynastie Bernadotte), peu amateur de protocole, passé incognito dans le musée de son ancêtre avec sa femme, et sans Suite, s’y vit refuser l’entrée pour cause d’heure de déjeuner, ce qui fit grand bruit dans la presse locale !

Puisqu’on est dans les gazettes, passons dans une jolie demeure anglaise qui est l’un des deux cinq étoiles de la ville (l’autre étant le moderne hôtel du parc Beaumont) : la Villa Navarre. Elle appartint au père de l’écrivain Frédéric Beigbeder (connu pour avoir épinglé les travers de la publicité dans son roman 99 francs), devenu ensuite éditeur et depuis peu rédacteur en chef du magazine Lui, relancé en septembre dernier. Il a repris l’hôtel avec deux associés en 2011, leur crémaillère a été écourtée pour cause de tapage nocturne. Peut-être y a t’il pour Lui des séances de pose à pulpeuses créatures dans les belles chambres et parties communes, voire au spa ou au restaurant ? Espérons-le.

Saveur pour saveur, on file vers le Jurançon à 15 kilomètres, terre de randonnées où l’on visite, puis déguste dans deux domaines de la route des vins, en passant par le Cœur de Béarn. D’abord à Monein et Saint-Girons, plus grande église gothique du Béarn.

Elle abrite une nef à charpente unique en double coque de navire renversé. Un son et lumière la magnifie et en conte la construction, qui dura 70 ans… Cap ensuite sur le village de Lacommande, son église romane du XIIème, ses tombes discoïdales et son relais pour pèlerins sur la voir d’Arles de la route de Compostelle. Puis, la récente Maison des vins du Jurançon nous tend les bras, avec modération…

Emblématique du baptême du bon roi Henri IV, ce vin blanc moelleux et lumineux,

Bouteilles Jurançon ©Didier Sorbé

doré grâce à l’effet de Foehn (vent sec et chaud venu d’Espagne, qui joue ici le même rôle que le champignon botrytis pour le Sauternes) assemble avec bonheur les cépages locaux Petit & Gros Manseng.

Le tout en vendanges tardives grâce à l’effet de Foehn venteux (pas au Botrytis de la vigne comme en Sauternes, mais le résultat est comparable). Comme nous l’expliquèrent un père et un fils en cours de passation de pouvoir en leur Domaine Castéra. Puis le lendemain en balade dans les vignes avec vue sur le Domaine Bellegarde, qui porte bien son nom : des vins riches, de bonne tenue au temps, comme ce cœur de région.

Quelques photos, puis mon article

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Thierry Lassala et ci-dessous, le gave de Pau impétueux…

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Lacommande, son église romane du XIIème, ses tombes discoïdales et son relais pour pèlerins sur la voie d’Arles de la Route de Compostelle.

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Table et tabouret recyclés (Roue de pressoir et siège de tracteur) par le vigneron du Domaine Castéra

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Esquisses de l’installation proche de cabanes, puisqu’elles ont le vent en poupe, dans une chambre d’hôte en haut d’une colline :

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Ci-dessus, à Monein, Saint-Girons, plus grande église gothique du Béarn. Elle abrite une nef à charpente unique en double coque de navire renversé. Un son et lumière la magnifie et en conte en 7 minute la construction, qui dura 70 ans…

Mon article ici :

Ou18_Pau

Pratique : www.pau-pyrenees.comcoeurdebearn.comvins-jurancon.frzebistrot.comhotel-parc-beaumont.compaugolfclub.com

Photos : tourisme64.com, C. Riedel

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