Petites morts potentielles

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janvier 28, 2014 par Parallèles Potentiels

Il y avait déjà Un jour sans fin. Voici (avec ou sans aura),

Une mort sans fin, 365 fois l’an…

Cahier des charges : chaque jour publier une mort imaginée, scénario a minima de la disparition de ma dispensable personne pourtant bien-aimée (par moi, au moins, ne suis pas masochiste, quoi qu’étant doté d’un coeur en schiste).

Parfois, je l’hybriderai avec une mort du jour bien réelle, si le réel – ou plus modestement la réalité qu’il nous est un temps donné d’accroître -, se montre prodigue en parallèles potentiels. Fictions, frictions.

Il en sera ainsi jusqu’à ma disparition réelle, dusse t’-elle se produire dans 35 mois, ans, minutes. Et qu’on voudra bien notifier en temps voulu, en passation de vouloir. Non, ce n’est pas morbide, juste une petite f(r)iction vigoureuse : le luxe d’imaginer sa fin au lieu de la vivre platement le jour venu.

Non, ce n’est pas morbide, je n’ai pas eu le temps d’avoir du gras au bide, ni le loisir d’être gravide. On s’en chargea pour moi. Ne sus jamais ce que j’avais au juste dans le ventre. Commençons par janvier. Lugubre, janvier, 31 jours aussi interminables que ceux de décembre, mais ils viennent en cumul après les excès alimentaires rituels de fin décembre.

Et avant les 31 jours de mars, à peine moins vilains dans le frisquet. Mais teintés de la promesse du renouveau printanier à venir et en bonus, du changement d’heure lors du dernier weekend, qui vous donne une heure de vie diurne en plus. Commençons donc fin janvier, après 59 jours de cumul décembre janvier, et en mettant de côté les 30 de novembre sur lesquels je ne reviendrais pas, tant est grande la nausée qu’ils m’inspirent. Ce n’est pas pour rien que le suicidé est en pic en novembre, en record statistique mensuel, comme la pluviométrie. Bref, commençons sans plus attendre.

28 janvier :  je suis mort en roulant à vélo public en voulant remonter la côte du Quai de Valmy jusqu’à Jaurès comme d’habitude, c’est-à-dire d’une traite, sans m’arrêter depuis République. Au mépris des feux rouges.

Ou en les respectant scrupuleusement, ce sera selon l’âge de l’humeur du capitaine (ir)raisonné : Mort en roulant à vélo public

a) d’un arrêt du coeur, effort trop violent.

Commentaire non modéré : Le mec, un genre d »adulescent lascif et poseur, il’s’croyait encore ado, laisse les ans !

b) écrasé par un camion à l’angle de la rue de la Grange aux Belles et du Quai de Jemmapes. Le chauffeur a eu le temps de se dire (avant de plonger dans le canal pour avoir tenté de m’éviter) :

Pffffmmmmp ! Sont vraiment tarés, ces vélibs, se croient tout permis sans !

J’ai vu tout cela post mortem, 17 secondes à léviter au-dessus de la crime scene, avant – à jamais – de m’éviter.

J’hybride avec cela :  Hiroo Onoda sortant de la jungle philippine, le 11 mars 1974. « L’un des derniers soldats perdus japonais est mort le 17 janvier. Hiroo Onoda avait vécu caché dans la jungle philippine pendant près de trente ans, jusqu’en1974, pensant que la seconde guerre mondiale dans la jungle, côté japonais, n’était pas finie. «  Hiroo Onoda sortant de la jungle philippine, le 11 mars 1974.Qu’est ce qu’il m’aura fait rire de son vivant, au moins en potentiel d’imaginaire, ce petit mort là, j’y pense chaque soir en me brossant les dents, soit presque autant qu’à devenir Président  !

Et il aura eu 40 ans pour s’en remettre, ce soldat arborigène. Qui a fait un reportage sur lui en 74 et en 2004 ? Que pensait-il 11 jours plus tôt que sa mort ?

Hier, 27 janvier : Mort d’humiliation (ayant engendré un avc inexpliqué) à dos d’âne, car il n’y avait plus de chameau. Durant une méharée en Mauritanie (Mi-marche, mi dos de chameau), sans rupture de stock ou d’aorte. Un produit 7 jours/6 nuits all inclusive et all intrusive, y compris méchoui aux ménisques de chameau, servi après mon décès à ma compagne en pagne, lors du dernier soir de fête – un produit Club Afriques).

Demain, 29 janvier : mort durant une réunion de la cellule de crise de mon entreprise mal-aimée, de n’avoir pas digéré mon éviction annoncée.

Après-demain, 30 janvier : dans les bras d’une péripapéticienne polynésienne, près de Pape’ete (en tahitien). Pas de bol, j’y avais enfin implanté à cent mètres de la mer un vieux rêve, trois mois plus tôt : un camion à victuailles chaudes en juste-à-temps pour restauration rapide (food truck en anglo-jargon du moment). Qui marchait du tonnerre (option b : d’ailleurs la foudre m’a eu un soir d’orage).

Ou bien mort égayé dans les bras d’une Judith, au demeurant fort respectable, et en ayant enfin tenu une promesse : celle d’avoir inversé la courbe.

Mais celle de l’âge de mes maîtresses…

Scanario a : Revenons aux bras d’une péripapéticienne, comme, avant moi :

– Un Résident de la République, Félix Faure, dans ceux d’une dame patentée qu’on surnomma ensuite la Veuve noire.

– Plus récemment,  Georges Frèche, Président polémique de Région Languedoc-Postillon. Eh oui, durant – ou des suites d’un voyage en Chine – du moins me le suis-je laissé dire, ce qui n’engage que moi. Episode très peu connu. Cet homme douteux, certes cultivé, cultiva donc, en corne d’abandance septimanique con et cul, à son corps (vieillissant) défendant. Sort enviable que le sien, aux frais du con-tribuable, qui plus est.

Bonus instructif  : « Réputé pour ses prises de position controversées et ses déclarations à l’emporte-pièce, Georges Frêche est aussi l’homme qui a développé la ville de Montpellier, au prix de la mise en place d’un système parfois décrié. »

Allusion très indirecte à son voyage en Chine ici (en version officielle, il décéda à Montpellier) : Louis Nicollin sur Georges Frêche: «Moi qui était un peu branleur à l’école, il a su parfaire mon éducation» (sic)

31 janvier : étouffé en OD de gel dentifrice Signal à rayures bleu fluo lors d’un brossage de dents à sec sous les étoiles du désert de l’Atacama. Avait voulu se gargariser la bouche après, oubliant l’absence d’eau dans sa bouche. Se taira enfin. J 27 de son arrogante randonnée solitaire. Ne jamais partir seul, Jack London l’avait déjà écrit pour un personnage finissant gelé en Arctique, il l’avait pourtant lu, ce livre, aurait du en prendre de la graine.

Hybridation du jour : cette narration auteuriste hilarante en diable, exhumée du site d’AR magazine: http://www.ar-mag.fr/bolivie-des-tropiques-a-laltiplano-j16/

15 février : gelé dans l’igloo, plus proche d’un terrier car souterrain, que j’ai modestement contribué à construire au coeur du Parc National du Mercantour. J’ai du y mettre 20 coupos de belle pour déblayer la neige, le reste étant fait par l’importante flotte de moniteurs nous accompagnant : 3 moniteurs pour 3 journalistes, qui parleraient ensuite de quête d’authenticité dans leurs articles. Etant insomniaque, il s’était abruti à la vodka génépi ( 8 shots, à la russe, comme un cornichon) pour trouver un sommeil lourd. Puis, étant sorti de son terrier pour uriner, il avait été victime d’un retour de bâton, s’écroula, fut pris par le gel en 12 minutes, en Arctique c’eut été en 8. Comme le dit le lendemain le responsable de communication du Parc du Mercantour avec son accent du Sud chantant: « Ouaaah, je vois, il il avait que la gueule, celui làaaaaaa ! ».

28 février : mort écrasé en traversant par distraction car, en les soupesant intérieurement,  il avait encore confondu année bissextile et non. En oraison funèbre, on lui lut donc le calendrier des années bissextiles à venir (comptant 366 jours au lieu de 365), c’est-à-dire comprenant un 29 février. La prochaine eut lieu deux ans plus tard, en 2016. Qu’il médite.

La boucle fut bouclée le 24 février d’une année où  Harold Ramis, réalisateur du fameux film culte de son adolescence, Un jour sans fin, rejoignit ses fantômes à Chicago, des suites d’une longue maladie. Il avait écrit et joué dans le méga succès “SOS Fantômes”, enfin Ghost busters et son inusable bande son. Mais c’est son inusable comédie avec Bill Murray de lui un homme comblé.

 Harold Ramis, sur le tournage de  L'An 1 : des débuts...
Harold Ramis, sur le tournage de L’An 1 : des débuts difficiles. © Prod DB

Au début des années 2000, on avait poussé jusqu’à Chicago : Harold Ramis sortait Endiablé, remake moyen d’une comédie de Stanley Donen. Certains collègues s’étaient émus : pourquoi donc faire des kilomètres pour cet obscur réalisateur de comédies ? Parce que c’était l’auteur d’Un jour sans fin, pardi… Quinze ans plus tard, alors qu’Harold Ramis vient de mourir, à 69 ans, on ne regrette décidément pas d’avoir fait le voyage. Parce qu’Un jour sans fin n’a pas quitté nos mémoires – il s’y réinstalle même plaisamment à chaque diffusion. Il annonçait peut-être inconsciemment le mouvement perpétuel des chaînes ciné de la télé d’aujourd’hui : c’est un film sans fin, un film qu’on ne cesse de revoir, plaçant le spectateur quasiment dans la peau de son héros.

Comme Phil, d’ailleurs, on aurait du mal à mettre au jour la première vision. Qui l’avait vu passer à sa sortie, à l’été 1993 ? Bill Murray n’était pas l’acteur-culte de Wes Anderson, Harold Ramis n’était que le scénariste et interprète (du docteur Egon Spengler !) de SOS Fantômes. Groundhog day, le jour de la marmotte, ça ne disait rien à personne. Et puis le film avait fait son office : géniale histoire d’un homme se réveillant chaque matin le même jour – au son progressivement horripilant de I got you babe, interprété par Sonny & Cher ; géniale histoire d’un misanthrope snob, assez goujat, piégé au trou du cul du monde, dans une petite bourgade peuplée de gens sortis d’une comédie de Capra – l’horreur de la gentillesse sans fin. Bill Murray endossait tour à tour l’arrogance, la rouerie, la résignation, puis la sagesse, tous les états que traversait son personnage. Une leçon de vie. Qu’est devenu Danny Rubin, inventeur de cette histoire, et coscénariste avec Harold Ramis ? Mystère.

Au début des années 2000, donc, on avait senti Harold Ramis un peu déprimé. Ce grand type bouclé avait fui Hollywood pour la banlieue de Chicago – une petite ville qui ressemblait à celle d’Un jour sans fin. En 1999, il avait eu un beau gros succès avec Mafia blues – Billy Crystal en psy, De Niro en mafieux névrosé. Mais le film n’était pas gracieux – et déjà, à l’époque, les plus éveillés (dont on n’était pas) disaient qu’une petite série baptisée Les Sopranos, c’était mieux… Sa suite, Mafia blues 2 – La rechute, en 2002, ne vaudrait pas tripette, ni esthétiquement, ni commercialement.

Ramis avait débuté à la fin des années 60 dans la troupe comique de Second city, aux côtés, notamment, de Bill Murray et John Belushi. Ce dernier avait emmené quelques-uns de ses compagnons de rire à New York pour les déclinaisons radio, puis télé, du mensuel parodique le National Lampoon. Ramis aimait écrire et jouer, c’est pourquoi il avait refusé les propositions du Saturday Night Live. « Je voyais comment ils travaillaient : tout le monde sous cocaïne, des tournages au milieu de la nuit. Désolé, j’avais envie de vivre un peu plus vieux. », nous avait-il raconté.

La troupe comique avait été happée par Hollywood, avec des fortunes diverses, sur des projets inégaux. Il y aura bien quelques cinéphiles fous pour réhabiliter par exemple Le Golf en folie !, le premier film de Ramis réalisateur, co-écrit avec le frère de Bill Murray – qui a d’ailleurs un petit rôle dans Un jour sans fin… Suivirent des années d’écriture, quelques rôles, un peu de mise en scène… et le méga-succès de S.O.S Fantômes, en 1984, co-écrit avec Dan Aykroyd et Rick Moranis. Les comiques, qu’ils soient cinéastes ou acteurs, ont souvent une date de péremption. Le dernier film d’Harold Ramis, L’an 1, en 2009, avec Michael Cera et Jack Black en hommes préhistoriques, a déçu. Le cinéaste avait ensuite signé quelques épisodes de The Office. Puis s’est tu. On l’avait vu comme acteur, en 2007, dans En cloque mode d’emploi (il joue le père de Seth Rogen), hommage d’une génération d’auteurs-interprètes de comédie (celle de Judd Apatow) à leur aîné. Juste hommage. Un regret : il devait tourner en 1982 une adaptation de La Conjuration des imbéciles, de John Kennedy Toole, avec John Belushi, mort en mars, tiens, quand je vous dis que mars c’est moche auss, mais bon, Belushi avait abusé, pas de la faute de mars, ça, plutôt Jupiter qui lui avait pété la tête. Le projet a capoté, et Harold Ramis est devenu quasiment le cinéaste d’un seul film. Mais quel film ! (Le 24/02/2014 à 19h38 Mis à jour le 25/02/2014 à 18h33
Aurélien Ferenczi)

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