Expo : Novera, pionnière Bengali

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janvier 22, 2014 par Parallèles Potentiels

Novera Ahmed, comète imprévisible

(For Novera Ahmeds’ english text, please go below, at the end of the post)

Artiste née au Bangladesh, en 1939, elle est la première artiste-sculpteur moderne du Bengale-Oriental (1). Elle fut sans doute une des seules femmes qui a pu s’exprimer la-bas pleinement dans les années 1950, puis ailleurs et ici à partir des années 70. Car elle part en Europe et sur d’autres continents pour forger son expérience qui aboutira à des oeuvres marquantes du début des années soixante dix, ici remises en perspective, en contexte dans le texte ci-dessous et à l’honneur : le temps de l’hommage à elle rendu. 5T7B9757

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Et où est-ce ? Au  » Salon d’Exposition »  2, rue Pierre Le Grand (75008, Métro Ternes ou Courcelles, L 2). Galerie ouverte du mercredi au samedi de 14 a 18 h et sur RV.

Prolongation jusqu’au 26 avril 2014 – Tél : 0977482296

C’est un espace rare, normalement fermé au public. Une survivance des Russes Blancs, comme le nom de la rue l’indique. au bout de la rue, juste après la galerie, une majestueuse église orthodoxe russe aux clochers en bulbe d’oignon surprend le regard du visiteur. On la voit dès l’angle de l’avenue de Courcelles et de la rue Pierre Le Grand. Première invitation au voyage, premier tournant.

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le « Salon d’Exposition » au 2 devient un écrin à la mesure de la rétrospective consacrée à Novera la Bengali, une dame de 74 ans. Qui, contrairement au Tsar d’antan, n’aime pas jouer les artistes stars d’aujourd’hui, comme tant d’autres.

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C’est une comète, elle n’était pas au vernissage, préférant le retrait pour dévoiler l’essentiel : l’oeuvre, pas la vie, pour cela, sa belle bio 2014-01-17 17.29.15 2014-01-17 17.29.43 2014-01-17 17.33.00 2014-01-17 17.33.41 2014-01-17 17.34.57 2014-01-17 17.35.56 2014-01-17 17.50.09 suffit. Ci contre, quelques oeuvres in situ qui en donnent dimension dans cet espace blanc en rez de chaussée, qui se fait boisé si intime au sous-sol… A découvrir sans tarder.

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Patrick Amine, Commissaire :  » La vie de Novera Ahmed pourrait être un film. Elle naît au cours d’une chasse aux crocodiles marins, dans la plus grande Mangrove, dans le Delta du Gange et du Brahmapoutre. À l’âge de onze ans, issue d’une famille noble, son père voulait la marier. Il n’y arriva pas. Elle résista et lui répliqua tout de go qu’elle voulait faire de la sculpture et pas un autre métier. Son père l’envoie alors étudier le Droit à Londres, car sa sœur aînée y habitait. Elle découvrit la sculpture européenne et notamment les artistes anglais tel qu’Henry Moore, à la suite de son inscription à la Camberwell School of Arts and Crafts de Londres.

Elle réalisera sa première sculpture de son propre pouce. Dans le sillage de son professeur Karel Vogel, elle rencontre le sculpteur Epstein qui la prendra ensuite comme élève. Elle a tout juste quatorze ans. Elle restera quatre années à Londres. Novera vit en France depuis les années1970.

Nous avons pu accéder à des documents (expositions réalisées à l’étranger et en Europe :Rome, Paris, Asie) et à des éléments biographiques de l’artiste à partir de sources historiques, directes, notamment par M. Grégoire de Brouhns (2), son mari. Et nous avons consulté quelques textes écrits, plusieurs catalogues et des recensions dans les journaux étrangers, lors de ses expositions en France et en Asie aussi.

Dès l’âge de quatre ans, elle choisit de faire de la sculpture. C’est en regardant sa mère qui construisait des petites maisons en terre glaise et des poupées, que le déclic s’opéra pour elle.

Dans la culture indienne, de nombreux éléments traditionnels imprègnent l’imaginaire social et religieux. Les serpents, les najas/cobras indiens, les oiseaux, les hiboux et toutes sortes d’animaux abondent dans certaines représentations. Novera s’attache à ses débuts aux formes géométriques et anthropomorphes, établissant ainsi des rapports entre l’homme et l’animal.

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Elle réalisera des fresques, à la fin des années 1950. La symbolique de cette œuvre – on le verra plus loin – repose sur des racines singulières et liées à la biographie de l’artiste.

Elle reçoit une commande pour le design du Shaheed Minar, grand monument historique pour les martyrs du Mouvement de la Langue maternelle, en 1957, situé à Dacca (Dhaka),
la capitale. Puis, elle commença à voyager et à étudier à la Camberwell School of Art de Londres où elle fut l’élève de Jacob Epstein, et suit aussi l’enseignement de Karel Vogel
(sculpteur tchèque), en 1955. Elle en sort diplômée. Plus tard, elle voyage en Italie (à Rome, elle s’intéresse aux fontaines), puis découvre Florence et les jardins de Boboli, parc historique
de la ville.

Elle se perfectionne avec l’artiste Venturi Venturino (sculpteur et peintre qui vécut aussi en France). Ce qui la conduisit à réaliser sa première œuvre publique, à Dacca, et la première fontaine moderne dans ce pays, agrémentés de parterres, – fruit d’une collaboration avec son assistant, Hamidur Rahman, formé à la peinture de fresque (en 1957).

Quand elle vint en France en 1963, elle avait déjà réalisé plus d’une centaine de sculptures. Et elle a commencé à peindre, en utilisant les bombes de peintures à l’aérosol, presque au
même moment que les artistes américains. Elle utilise les bombes/spray sur des carcasses d’avion U. S. abattus, au début des années 1964-1969. On pourrait dire qu’elle accompagna, inconsciemment, le mouvement Pop américain et anglais presque au même moment. Cette démarche évoque les débuts de la création des Combine Paintings de Robert Rauschenberg. En 1966, à Paris, elle rencontre Asger Jorn (1914-1973) l’artiste danois, proche des Situationnistes (3) et du mouvement Cobra, avec lequel elle aura quelques échanges.

Pendant son voyage en Italie et ses études, elle découvre la peinture de la Renaissance et la sculpture florentine. Puis elle rencontre le sculpteur et peintre, Venturi Venturino, et deviendra son unique élève en Italie. Elle séjournera à Florence, et suivra son enseignement.

Ensuite, sa soif de culture la conduira à Vienne, en Autriche, et se familiarise avec les grands peintres et dessinateurs viennois.

Sculpture & peinture

Dans les œuvres que l’on a pu réunir pour cette rétrospective, nous verrons un ensemble de sculptures, des peintures, des rouleaux chinois, des papiers réalisés à la bombe aérosol (color spray), etc. Les débris d’avions peints et modelés restent éparpillés en Asie, parfois ils ont été perdus dans des transports en France, – nous avons quelques images d’archives.

L’œuvre de Novera Ahmed, qui se compose de plus de deux cents sculptures (une centaine dans les musées au Bangladesh, en Asie du Sud-Est et dans les collections privées), avait, au commencement, une tonalité géométrique dont le matériau était la pierre, le béton. Elle utilisera le fer et l’acier, puis le bronze, quelques années plus tard. Les formes animales, lesfigurines de fleur de tournesol, les Lunatic totems, les figures d’Icare de 1969 ou des bas-reliefs en acier, cuivre et bronze ; la grenouille, Micromégas (1968), elle reprendra certaines de ses images au spray sur des rouleaux. La danse du soleil, sculpture en acier, montre le mouvement énergique insufflé par l’esprit de la danse (le Bharata Natyam). Les sculptures aux stries dessinées et concentriques forment un aspect tellurique. Ce style apparaît nettement dans une œuvre, (buste « étrange »), intitulée le Baron fou. Tête au regard inquiet tout comme cette figure de Djinn, ou les serpents.

Les peintures à la bombe sont d’une grande modernité par leur facture et par les lignes épurées, telle la série des perroquets. Les différentes séquences formées par les oiseaux témoignent de l’état spirituel de l’artiste et sa biographie jalonnée d’épreuves personnelles, et par ses voyages fréquents entre son pays d’origine et l’Europe. Après son accident, Novera éprouve une sorte d’apaisement en retrouvant des motifs à caractère méditatif. L’espace, l’île, les oiseaux dans le ciel, le Phénix, les fleurs, l’eau, le soleil et la lune, les paysages minimalistes ; les figures humaines tournées vers un horizon nouveau sont baignées par une poésie légère. Toutes les peintures des dernières années (après 1984) reflètent cette recherche de la sérénité à travers des instants de méditation. Novera s’est imprégnée des œuvres du poète, Rabindranath Tagore (1861-1941), notamment de L’Offrande lyrique ou du Jardinier d’amour, écrivain célébré et traduit par Gide et par W. B. Yeats.

« Mon chant a dépouillé ses parures. Je n’y mets plus d’orgueil. Les ornements gêneraient notre union ; ils s’interposeraient entre nous, et le bruit de leur froissement viendrait à couvrir tes murmures. »

On retrouve l’esprit des œuvres crées à Chantemesle, dans la campagne sur la route de Giverny, telles que Humanité, Le pays d’Apu, Solitude, Paradis perdu… Novera est une grande coloriste. Ses couleurs parfois fauves se combinent à une palette plus douce et lumineuse. En regardant les œuvres de Novera, on ressent une sorte de bouillonnement « expressionniste » d’une artiste à la recherche du grand apaisement, après la traversée des épreuves physiques.

« Mes chants / Ce sont les mousses flottantes. Elles ne sont pas fixées. Sur leur lieu de naissance ; Elles n’ont point de racines – seulement des feuilles – seulement des fleurs. Elles boivent la lumière joyeuse Et dansent, dansent sur les vagues. Elles ne connaissent pas de port / N’ont point de moisson, Hôtes inconnues étranges ! incertaines en tous leurs mouvements. » Tagore.

La trajectoire de Novera apparaît comme une comète lumineuse qui a enchanté un monde de ruptures. L’expérience de cette artiste, tant dans son pays qu’en Europe et dans le monde, demande qu’on reconsidère cette œuvre originale, sa création de sculptures étonnantes à un moment donné (1957-1970), à nos jours, dans la perspective de l’histoire des arts modernes et contemporains, car elle est unique et sans équivalent plastique. »

1. Le Bangladesh est situé dans le sous-continent Indien. Il possède une petite frontière commune avec la Birmanie. Les frontières furent délimitées en 1947 pendant la répartition des Indes quand le pays devint la partie orientale du Pakistan, devenue en 1956 la République islamique du Pakistan. Les Bengalis du Pakistan oriental furent indépendants en 1971.

2. Grégoire De Brounhs, photographe d’art (d’origine russe blanche), qui a réalisé plusieurs livres, a rencontré l’artiste sculpteur Novera Ahmed, en1964. Les grands parents de Grégoire de Brouhns (des aristocrates russes) ont quitté la Russie en 1918 et se sont installés en France en 1920.

3. Le Centre Pompidou-Paris lui consacre une exposition de ses dessins en 2009 (11 février-11 mai). Asger Jorn fonde, en 1961, l’Institut scandinave du vandalisme comparé. Il publiera La langue verte et la Cuite, avec Noël Arnaud (1968), – un livre haut en couleurs ! Et Fin de Copenhague avec Guy Debord (1957).

Et où est-ce ?

Au « Salon d’Exposition »  2 de la rue Pierre Le Grand (75008, Métro Ternes ou Courcelles, ligne 2). La galerie est ouverte du mercredi au samedi de 14 h a 18 h, jusqu’au 26 avril et sur rendez vous. Téléphone : 0977482296

All about Novera in english

A life
The artist Novera Ahmed was born in Bangladesh in 1939,
She was the first modern sculptress in East Bengal. She was
certainly the only woman artist in Bangladesh to have had
the opportunity to express herself In the 50’s. Before she
discovered Europe and other continents to study European
artistic heritage.
Flashback
Novera’s life could be a film. She was born during a crocodile
hunting expedition in the world’s biggest Mangrove reserve
located between the Ganges and Brahmapoutra.
Born of a noble family, her dad wanted to marry her off when
she was only 11 years old, but he failed. Novera revolted and her
only answer was that she wanted to become a sculptress.
Instead, her father sent her to study law in London as her
older sister was living there. When Novera arrived in London,
she studied European sculpture in Camberwell School of Arts
and Crafts and was sensitive to Henry Moore’s work.
She sculpted for the first time there. Her Professor Karel
Vogel introduced her to the Sculptor Epstein. Later she
became his only student.She stayed in London for 4 years.
Novera has lived in France since the 1970’s. We had access
to documents, extracts of her biography and historical
archives from Mr Grégoire de Brounhs 2 her husband. We
gathered different catalogs including foreign news papers
from her different exhibitions in France and in Asia.
Novera was inspired by her mother to became a sculptor.
Her mother created little houses and little dolls in “terra
cotta”. In Indian culture, lot of traditional ingredients are
part of the social and religious imaginary : snakes, Najas,
Indian cobra, birds, owls…
Novera’s early works resembled geometrical, anthropomorphic
forms, she would mix the human figure and animals.
In the late 50’s, she created the Shaheed Minar in collaboration
with painter Hamidur Rahman in Dhaka, the capital of
Bangladesh, a monumental historical monument in homage
to the martyrs of the bengali language movement of 1957.
After that, she started travelling to Italy (Rome and its fountains,
Florence and the Boboli Garden).

She improved her art with the help of Venturi Venturino (Painter and Sculptor
who had also lived in France). At her arrival in France in 1963, she had already created
more than a hundred sculptures.
Novera began sprays paintings, using plane crash remains
from the US army (1964-1969) We can say that, Novera unconsciously
was related to the American Pop Art movement. It was
around the same time as Rauschenberg’s “Combine Paintings”
period. In 1966 she met Asger Jorn (1914-1973) Danish artist, in
Paris. He was close to the International Situationist 3 and Cobra
movement. Her infinite thirst for culture brought her to Vienna
Austria, where she became close to the Vienna art platform.
Paintings and Sculptures
This retrospective has collected sculptures, paintings, Chinese
scrolls, colour, spray paintings etc.
Her plane clash remains work is still in Asia. Novera
Ahmed’s oeuvre counts more than two hundred sculptors
(100 pieces in Bangladesh museums, Eastern South-Asia and
private collections). In the beginning she worked with geometrical forms made
by stones and concrete, then she used iron and steel and later
bronze. Animal forms, sun-flower figures “Lunatic Totem”
figures of Icare in 1969 or “bas-relief” in steel, copper and
bronze: the frog, Micromegas (1968) the same piece was
drawn later in spray painting.
“Dance of Sun” sculpture in steel shows energetic movement
inspired by the Bharata Natyam dance. This style of
focusing on earth concentric forms is clearly visible in one
particular piece (torso called “Strange”) “The Mad Barron”
an anxious looking head, such as a Djinn or snake.
Spray paintings show a great modernity in her work, due to
her innovative quality and accurate lines, such as the “Parrot”
series. Other series portraying birds, witnesses the spiritual
state of mind of the artist and how her biography is characterized
by personal hardships, and by her frequent trips between
her country of origin and Europe.
After her bad accident, Novera found peace by drawing
shapes and figures of a meditative character: space, island,
birds in the sky, phoenix, flowers, water, sunshine and the
moon, minimalist landscapes, human figures turned toward
a new horizon, are bathed by poetic light.
All Novera’s paintings in this last years (after 1984) are a
reflexion of the quest for serenity through moments of meditation.
Novera filled her work with the influence of the poet,
Rabindranath Tagore (1861-1941), including his poems Gitanjali
and The Gardener, this celebrated writer and poet was translated
by André Gide and by W.B. Yeats.

My song has put off her adornments. She has no pride of dress and decoration. Ornaments
would mar our union; they would come between thee and me; their jingling would drown thy whispers.” Gitanjali, Tagore.
We find works in the spirit of Chantesmesle, which is on
the way to Giverny (Monet’s home for a while and his now our days museum) : Humanity, Apu’s World, Solitude, Lost Paradise… As we look at Novera’s work, we can feel a sort of
expressionist bubbling of an artist seeking peace and tranquility following her physical hardships.

My song will be like a pair of wings to your dreams, it will transport your heart to the verge of unknow. Il will be like the faithful star overhead when dark night is over head.” My Song, Tagore
Novera’s trajectory appears to be as a bright comet which
enchanted a fragmented world. The experience of the artist,
in Bangladesh, in Europe and in the world, brings us to reconsider
her original work, from the creation of surprising sculptures
(1957 – 1970) until today, in the light of the history of
modern and contemporary art, because she is a unique artist…

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