Alentejo, chronique du liège

Poster un commentaire

novembre 19, 2013 par Parallèles Potentiels

Mon histoire d’amour avec les forêts portugaises de chêne liège de l’Alentejo, une région vallonnée et aride (productrice aussi de vins intéressants) située au-delà du Tage, entre Lisbonne et l’Algarve, dure depuis longtemps. Quand j’étais enfant, ma mère m’y emmena à plusieurs reprises pour parler avec des paysans regroupés en coopérative.

DSCF4375

Après mon article ici paru en cet automne 2013 (dans Où ? Magazine), en voici restitution mémorielle :

Ou17_Liege_Page_1 Ou17_Liege_Page_2

Elle venait y suivre les progrès de la Réforme agraire entreprise après la fin de la dictature portugaise le 25 avril 1974. Que restitue bien le film d’une amie, l’actrice et réalisatrice Maria de Medeiros, Capitaines d’avril. Cet épisode s’appelait la Révolution des Oeillets, car elle fut menée de façon pacifique, fleur au bout des fusils, par quelques capitaines de l’armée portugaise.

Maria de Medeiros a déclaré : J’ai toujours imaginé la Révolution Portugaise comme un film d’aventures. Ayant longuement consulté ses véritables protagonistes, je sais qu’eux-mêmes se sont vus, ce jour-là, un peu comme des héros hollywoodiens. Le cinéma a beaucoup puisé ses sujets dans l’Histoire. Les Capitaines d’Avril étant si fortement marqués par la guerre, il m’a paru que c’était le « film de guerre » en tant que genre que je devais explorer, dans une perspective nécessairement différente, puisque féminine. »

images-1 images-2

En 1975, du haut de mes 11 ans, entre pins, eucalyptus et chêne-liège aux alentours, chaleur des paysans et du soleil local, je me contentais de courir autour d’un ballon dans les coopératives visitées avec d’autres enfants, pendant que ma mère est son ami intellectuel du moment discutait avec les responsables coopératifs. je retiens de tout cela, des engagements des adultes de ces années-là une bande-son de fond qui contribua de façon notable à mon éducation. Il faut dire que, simplement parce que ma mère, petite femme énergique et enthousiaste issue de l’immigration, allait facilement vers les autres, y compris inconnus, elle avait connu aussi les militaires  proches de ladite Révolution des œillets. Ainsi que le chanteur qui en avait été l’emblème et dont la radiodiffusion d’une chanson interdite, Grandola, servit de signal le matin du 25 avril au déclenchement du mouvement révolutionnaire sans effusion de sang : José Afonso, dit Zeca.

images Il vint d’ailleurs plusieurs fois chez elle, chez nous donc, à Paris, quand il était invité pour des concerts. Je l’ai d’ailleurs accompagné à un enregistrement à Radio-France, merveilleux souvenir d’une conscience veilleuse qui s’est trop tôt éteinte, selon lui victime d’un empoisonnement stomacal du à une huile espagnole frelatée, un gros scandale alimentaire de ces années là…

Plus tard, on connut ainsi aussi dans une rue lisboète la chanteuse, actrice et réalisatrice Maria de Medeiros qui devint connue du grand public pour son rôle de petite amie ingénue de Bruce Willis dans le film Pulp Fiction… puis pour son propre parcours d’actrice, de réalisatrice et, à un moindre titre, de chanteuse. Sa soeur Inès, elle aussi actrice, est d’ailleurs devenue députée à Lisbonne lors des dernières législatives…

Mais revenons en Alentejo, première région productrice de chêne-liège du Portugal, devant l’Algarve. Je ne savais pas que cette réforme agraire entreprise serait considérée plus tard comme un échec, une utopie coco-seventies d’engagement politique en forme de queue de poisson, qu’on dirait par la suite qu’ils étaient incapables de s‘autogérer, d’entretenir leur matériel agricole correctement, les petits paysans engagés. Je ne savais pas que les grands groupes d’exploitants agricoles chassés par les révolutionnaires reviendraient vite, et la préférence libérale avec eux aussi.

Le Président portugais de la Commission Européenne, José Manoel Barroso, en est devenu un pragmatique, donc durable mais triste emblème sur pieds, eu égard à l’absence de grand dessein collectif qu’on stigmatise dans l’Europe d’aujourd’hui. il fut d’ailleurs avant Maoiste pendant sa jeunesse des années soixante-dix, ce qui constitue un paradoxe apparent toujours amusant, quoi qu’assez fréquent dans cette génération. Et pour la petite histoire travailla en tant qu’étudiant saisonnier de travaux agricoles en Alentejo. Ce que m’a appris l’animateur de l’association lusophone et lusophile de Montpellier, Casa Amadis car il y avait travaillé en même temps que lui…

J’ignorais aussi qu’il faut attendre vingt-trois ans pour le premier écorçage d’un chêne, et que le liège serait de bonne qualité seulement au troisième écorçage, donc après quarante et un ans d’existence de l’arbre. Car il lui faut neuf ans pour faire sa mue, ce qui est un cas d’auto regénération arboricole unique. C’est pour cela que le liège est un investissement durable, on plante, on attend quarante ans, les exploitants disent que ce sera bien pour leurs enfants. Il vit deux cents ou trois cents ans, comme le plus vieux portugais connu, qu’on appelle le Whistler, une sorte de chamane naturel. Et monsieur chêne-liège ne brûle pas, ce qui en fait un rempart contre les feux de forêts.
A une grosse heure de Lisbonne, dans la forêt alentejane de Coruche, on dit que comme dans le cochon, dans le liège, à l’emploi tout est bon. DSCF4389

Et recyclable, donc très durable, allant de pair avec forêt certifiée FSC. J’ai assisté à l’écorçage (de juin à juillet). Quand on a le bon coup de main et de machette, ça se détache facilement, dix minutes par arbre, en un craquement mat étouffé par la sèche chaleur estivale, ça sent bon le liège frais, c’est un écosytème complet. J’ai parlé avec l’une des quatre femmes ecorçeuses de l’exploitation (ils sont une quinzaine de saisonniers).

2013-07-08 08.21.59 2013-07-08 10.33.43 2013-07-08 10.33.58 2013-07-08 10.34.02 2013-07-08 10.57.02 2013-07-08 10.57.24 2013-07-08 10.57.39 2013-07-08 10.58.10 2013-07-08 10.58.32 2013-07-08 10.59.37 2013-07-08 11.00.13

Selon ses promoteurs, l’écorçage est le travail agricole le mieux rémunéré du monde (100 à 120 euros par jour, plus que les vendanges en Californie).

Allez, assez de mots, continuons en chronique photo de la chaîne du liège, après mon article dans Où ? Magazine (automne-hiver 2013) :

DSCF4400 DSCF4407

Cherchez l’intrus : il est beau, c’est Porto…

DSCF4421 DSCF4428 DSCF4433 DSCF4445

Johanna durant la visite de l’usine de Coruche, puis dans celle de Amorim Cork Composites de produits conçus en matériaux composites, nous explique les défauts et crus de liège :

wpid-IMG_20130708_121433.jpg

Retour à Lisbonne, dans le métro, dont j’aime tant les azulejos…  Je vais voir à Benfica, en proche banlieue, le couple de designers lisboètes du studio Pedrita et leurs trois tambours à sonorité variable selon la densité du liège choisie, conçus avec l’industriel liégeur Amorim, et testés par leur fils de 3 ans :   Raquel Castro, designeuse intégrée à l’usine Amorim Cork Composites près de Porto, a conçu un service à thé qu’elle me présente un peu plus bas dans le show room de l’usine de produits composites voués à divers secteurs applicatifs :

DSCF4451

Ci-dessus, la sympathique Raquel Castro, designeuse intégrée à l’usine Amorim Cork Composites près de Porto, avec en main son service à thé porcelaine/liège.

Ci-dessous, le couple de designers lisboètes du studio Pedrita et leurs trois tambours à sonorité variable selon la densité du liège choisie :

DSCF4458 DSCF4460

Pour finir, quelques volumes de liège portugais glanės a l’usine visitée pour me faire mon micromusée perso… Et deux bols rouge de la serie « Alma gemeia » (Ames soeurs) de Raquel Castro achetés a la boutique Cork & Co de Lisbonne, dans le Bairro Alto, rua da Atalaia.

2013-11-18 11.17.27 2013-11-18 11.18.15

Quelques objets conçus avec des designers pour la gamme Materia coproduite par Amorim :

EXD_317FURO_fernandoBrizio EXD_379RUFO_StudioPedrita. EXD_464Pinha_RawEdges EXD_595_Lasca_MarcoSousaSanto joana_vasconcelos_venice_02

2013-07-09 10.56.45 2013-07-09 11.07.43

2013-07-09 11.08.20 2013-07-09 13.55.18

Ci-dessus : Juxtaposition incongrue de la chaine de fabrication des bouchons haut de gamme en liège naturel d’une pièce et du déjeuner avec le PDG d’Amorim à la Casa do Fundador (Maison du fondateur) du Groupe. Ci-dessous, cherchez l’intrus : l’hôtel Yeatman à Porto, Vila nova de Gaia, piscine en forme de carafe à vin Decanter…

2013-07-09 16.49.16 2013-07-10 10.14.22

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Enter your email to follow that flow/Pour suivre ce blog

Rejoignez 2 059 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :